Le sous-secrétaire d'Etat adjoint pour les Affaires du Moyen-Orient

L'OMC, les Algériens de Guantanamo et le Sahara Occidental

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 7 mai 2008

«Il est important pour l'Algérie de connaître une croissance économique durable et que le gouvernement prenne les décisions nécessaires en matière de réforme de certaines réglementations économiques et commerciales pour qu'elle puisse adhérer à l'OMC», a déclaré, hier, Gordon Gray, le sous-secrétaire d'Etat adjoint pour les Affaires du Moyen-Orient.

L'ambassade américaine à Alger a convié, hier, des professeurs d'universités et des journalistes algériens à une vidéo-conférence animée à partir de Washington par Gordon Gray, le sous-secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires du Moyen-Orient.

A la question qui lui a été posée sur le manque d'investissements américains en Algérie, Gray estimera que «c'est un peu frustrant pour nous, nous essayons d'encourager les investissements qui sont bons pour les deux populations américaine et algérienne». Mais précisera-t-il «nous ne pouvons pas forcer ou obliger les Américains à le faire, il faut qu'ils se rendent compte d'eux-mêmes qu'il y a, en Algérie, un climat favorable pour les affaires, donc des possibilités de faire des bénéfices». Le responsable américain apportera, par ailleurs, les éléments qui expliquent la difficulté de l'Algérie à adhérer à l'OMC. «Il est important pour l'Algérie de connaître une croissance économique durable et que le gouvernement prenne les décisions nécessaires en matière de réforme de certaines réglementations économiques et commerciales pour qu'elle puisse adhérer à l'OMC», a-t-il souligné.

Par ces propos, Gray confirme la position américaine à propos de l'adhésion de l'Algérie à l'Organisation mondiale du Commerce. Position loin d'être positive puisque des sources diplomatiques américaines ont toujours soutenu, à partir de Genève que le gouvernement algérien n'a toujours pas réussi à adapter sa législation économique et commerciale aux normes universelles. Les Etats-Unis ont été, d'ailleurs, le pays qui a toujours posé le plus grand nombre de questions à nos négociateurs. «Nous continuerons à poser des questions jusqu'à ce que nous nous assurions que les réformes que l'Algérie a entreprises, en matière de réglementation, répondent aux exigences de l'OMC», nous a dit, il y a quelques jours, un diplomate américain. Gordon Gray estime que ce genre de réformes garantit la protection des droits des investisseurs et favorise le climat des affaires du pays.

«Une fois que l'Algérie aura procédé aux changements nécessaires, elle deviendra plus attrayante pour l'investissement», a-t-il dit hier.

Détails logistiques à régler pour les Algériens de Guantanamo

«Ce n'est pas nous qui avons exagéré ou grossi les capacités d'action des groupes terroristes», a dit le responsable américain en réponse à l'image sécuritaire défavorable que l'Amérique de Bush a entretenu sur la région et particulièrement sur l'Algérie. «Cela dit, il faut considérer que le terrorisme est un phénomène mondial qui touche votre pays et le nôtre. Notre coopération dans la lutte antiterroriste est efficace, sans publicité, nous travaillons très bien ensemble», a-t-il ajouté.

Interrogé sur le sort des détenus algériens à Guantanamo, il rappellera qu'en 2005, «le Président Bush s'est engagé à fermer Guantanamo, engagement que nous continuons d'honorer puisque le nombre de détenus a déjà diminué de deux tiers et que nous continuons à travailler pour le transfert de ceux qui restent». Autre rappel «il y a, à peu près, un an, nous avons envoyé une équipe d'experts en Algérie pour s'enquérir du droit et des procédures en vigueur pour pouvoir procéder au transfert des détenus algériens. J'ai eu moi-même l'occasion de rencontrer cette équipe d'experts». Cependant, Gray indiquera qu'«une fois tous les arrangements et détails logistiques réglés, nous espérons que toutes les dispositions pour leur transfert seraient prises le plus tôt possible».

«Je ne pense pas qu'il y ait une intention intrinsèque à lier ces deux politiques», dira-t-il à propos du soutien des Etats-Unis à des régimes autoritaires mais stables tout en faisant la promotion de la démocratie. Pour Gray, «si un gouvernement élargit la démocratie à la population, cela assure sa stabilité».

«Une autonomie considérable pour le Sahara Occidental»

Sa réponse à une question sur le Sahara Occidental vient, elle aussi, confirmer la position des Etats-Unis au sujet de ce conflit à savoir leur choix pour une autonomie telle que le propose le Maroc dans son plan. Position qui, faut-il le préciser, rejoint largement celle exprimée, il y a quelques jours, par l'envoyé spécial de l'ONU au Sahara Occidental et au Maroc. «Le conflit du Sahara Occidental a porté atteinte à la croissance économique dans le Maghreb et le point de concordance entre tout le monde, c'est que le dossier traîne depuis trop longtemps», a souligné le sous-secrétaire. Il rappelle que «le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution qui appelle le Maroc et le Polisario à négocier sur une base réaliste et instructive». La négociation signifie pour le responsable américain: «il faut trouver une solution qui donne une autonomie considérable au Sahara Occidental». Les Etats-Unis refusent ainsi de parler d'indépendance ou d'autodétermination pour le peuple sahraoui.

«Le plan Baker est révolu, c'était une époque», nous avait dit un diplomate américain qui a expliqué les raisons du rejet de l'autodétermination par Washington par ces propos: «pensez-vous que la création d'un Etat sahraoui pourrait être rentable pour la région? Nous sommes persuadés qu'un Etat sahraoui dans une région qui vit de grands problèmes sécuritaires et d'instabilité nécessite beaucoup d'argent et les Sahraouis n'ont pas les moyens de créer les institutions qu'il faut pour participer à sa protection».

Gordon Gray note, pour sa part, que «les Marocains ont présenté un plan d'autonomie, nous avons dit publiquement que c'est un plan crédible». Il ajoute «si le Polisario veut présenter son propre plan, nous l'encourageons à le faire et nous pouvons avoir une discussion directe avec lui». Bien que assez précis, le plan que les Sahraouis ont rendu public, il y a quelques mois de cela, n'a donc pas été du goût des Américains.

A propos des droits de l'Homme dans les territoires occupés, Gray fait savoir «nous estimons que la question sahraouie est trop importante, nous continuons à en discuter avec le Polisario et le Maroc. Au plan multilatéral, nous espérons que le dossier soit traité au mieux par la commission des droits de l'Homme à Genève». Et pour clore la discussion sur ce sujet, Gray dit très clairement «notre position est très équilibrée basée sur les événements du terrain, sur les observations de l'envoyé spécial des Nations unies et sur le résultat du vote du Conseil de sécurité».

Ce que les Etats-Unis pensent de l'Union pour la Méditerranée, Gray le résume ainsi «nous suivons, bien sûr, cette évolution avec beaucoup d'intérêt, nous pensons que cette initiative a la possibilité d'appuyer nos buts de coopération et d'intégration régionales. Elle relève d'une acceptation de nous tous, que les problèmes sont transnationaux, ils doivent donc être réglés sur un plan transnational».

 

  Offensive américaine en Algérie  
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