| |
|
Initiative
du "grand Moyen-Orient"
Quel
rôle pour l'Algérie ?
Par Mourad AÏt Oufella , Liberté, 12 décembre
2004
Le
Sommet d'Alger, qui se tiendra en mars prochain, sera celui des ultimes
retouches pour ce projet qui vise à redessiner
la carte de la région.
La
position de l'Algérie sur l'initiative américaine
dénommée "Grand Moyen-Orient", plusieurs fois remaniée
et retouchée pour réaliser un consensus entre les différents
acteurs internationaux, a été clairement réaffirmée
hier par le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz
Belkhadem, au cours de la rencontre consacrée à l'avenir
du Mena.
S'inspirant certainement du discours du chef de l'État, prononcé lors
du Sommet du G8 qui s'est tenu le 9 juin dernier en Sea Island (Géorgie)
aux États-Unis d'Amérique, Belkhadem a déclaré dans
son intervention que "l'Algérie, qui a entamé, depuis longtemps
déjà, de profondes réformes politiques, économiques
et institutionnelles, soutient depuis la tenue du G8 à Sea Island, cette
initiative et accompagnera les efforts qui seront déployés pour
la mise en ouvre des réformes dans la région". Cette déclaration
montre tout l'intérêt qu'accorde notre pays au projet du président
Bush, réélu le 2 novembre dernier, notamment dans ses volets
politique et économique.
Au cours de la rencontre d'hier, marquée essentiellement par une guerre
feutrée entre les Américains et les Français, venus défendre
la position de l'UE, l'Algérie n'a pas raté l'occasion pour remettre
sur le tapis ses réserves sur le document que tend de vendre l'administration
de Bush via le très influent groupe des huit plus riches du monde, le
G8 en l'occurrence.
Parmi les principales réserves émises figurent la nécessaire
: "Reconnaissance des spécificités de chacun, avec le respect
de la légalité internationale pour le retour de la paix, de la
stabilité et la sécurité dans la région proche-orientale,
notamment en Irak, la fin de la tension entre Israël et la Syrie et la
résolution du problème palestinien", a tenu a affirmer hier Belkhadem
devant les participants à la conférence de Rabat. Le chef de
la diplomatie ne fait que rappeler la remarque soulevée par le
président de la République, en juin dernier, lorsqu'il a déclaré que "les
initiatives européennes et américaines semblent ignorer les origines
véritables de l'instabilité et des tensions au Moyen-Orient,
les expliquant essentiellement par une dégradation de la situation socioéconomique
et par un déficit démocratique. En tout état de cause,
un plan standard de réformes pour l'ensemble du monde arabe ne me paraît
guère pertinent en raison de la diversité et des caractéristiques
propres à chaque pays".
L'Algérie, dont la position est claire, est aujourd'hui appelée à jouer
un rôle important, dans l'aboutissement de cette initiative et ce, en
raison de sa position géostratégique. La première rencontre,
consacrée à l'avenir du projet cher au président des États-Unis,
tenue hier au Maroc, intervient à la veille du sommet très attendu
de la Ligue arabe prévu en mars 2005 en Algérie.
La réforme, la démocratisation et la modernisation seront les
trois axes sur lesquels plancheront les participants pour concrétiser
les engagements signés par les chefs des pays arabes lors du dernier
sommet de la ligue qui s'est tenu il y a quelques mois à Tunis. L'initiative
américaine "Grand Moyen-Orient" sera rediscutée à la lumière
des évènements survenus sur la scène internationale et
particulièrement dans la région.
Il est attendu que les réserves des pays arabes concernés par
l'initiative soient consignées dans une résolution qui sera adoptée
lors du sommet d'Alger, étape décisive dans l'application des
réformes dans la région, estiment des observateurs qui suivent
avec attention l'évolution et les turbulences que connaissent le Moyen-Orient
et l'Afrique du Nord, ces dernières années...
Aussi, il est important de signaler que la rencontre de Rabat intervient à la
veille de deux élections importantes voire déterminantes pour
l'avenir de l'initiative américaine dans la région : il s'agit
de l'élection présidentielle en Palestine, le 9 janvier, et du
scrutin législatif le 30 du même mois en Irak.
En attendant, Washington agit avec prudence pour éviter tout dérapage
qui causerait un retard dans l'avancement de son projet. L'équipe de
Bush a réadapté sa stratégie en diversifiant moyens, méthodes
et interlocuteurs dans la région.
|
|
|