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EXCLUSIF
RELATIONS
ALGÉRO-AMÉRICAINES, G8 ET GMO
Ce
que Bouteflika dira à Bush L'Expression,
8 juin 2004
L’expérience démocratique de notre pays doit servir
d’exemple aux autres Etats, désormais au pied du mur.
C’est à partir d’aujourd’hui, et durant trois
jours, que doit se tenir le sommet du G8, composé des Etats les
plus puissants du monde, avec la présence exceptionnelle de certains
Etats spécialement invités dans le cadre de la mise en
forme du fameux GMO américain, mais aussi le Nepad.
Notre pays, qui se déclare résolument «non concerné» par
le plan américain dont l’extension va de Marrakech au Bangladesh,
accepte quand même de participer à ce sommet dont les pays
membres sont les USA, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie,
le Canada, le Japon et la Russie. Notre représentation se fera
au plus haut niveau puisque le président Bouteflika est attendu
aujourd’hui à Sea Island en compagnie de son chef de la
diplomatie et d’une délégation étoffée.
Notre pays, très à l’aise face aux puissants de ce
monde, présenterait une communication relative à son expérience
démocratique, qualifiée d’«unique» et
d’«avant-gardiste» dans le monde arabe et musulman.
Paniqué par une démarche qui leur est imposée sans
qu’ils ne puissent rien y faire, les Etats arabes se défendent
avec une touchante maladresse, comme en témoigne le semi-échec
de leur sommet de Tunis suivi par le refus de l’Arabie Saoudite,
le Koweït, le Maroc, l’Egypte et le Pakistan de donner suite à l’invitation
de Bush.
Bouteflika, rompu aux manoeuvres diplomatiques les plus délicates,
qui a joué un grand rôle dans les quelques avancées
constatées au sein de la Ligue arabe en attendant la grande révolution
d’Alger lors du 60e anniversaire de cette structure, sera amené à présenter
une communication relative à notre expérience démocratique,
mais aussi en matière de lutte contre le terrorisme.
Pas de paix sans justice
Alger, qui donne l’air de jouer sur du velours cette partie tellement
serrée pour d’autres Etats très en retard en matière
d’ouverture démocratique, ne croit quand même pas «à la
démocratie aéroportée». Notre pays estime
que «chaque Etat doit se démocratiser à son rythme
et avec ses propres ressources, sans la moindre contrainte extérieure»,
comme cela semble être le cas présentement.
Il semble que les démarches diplomatiques algériennes aient été fructueuses
en ce sens que les Américains ont revu à la baisse leurs
prétentions. Il ne fait aucun doute, en effet, comme l’estiment
des sources diplomatiques, que le fait de classer sous le même
label le Nord-Africain et une bonne partie de l’Asie revient à chercher à confondre
le peuple israélien avec les Arabes et les musulmans, ce qui est
totalement proscrit tant que les Palestiniens ne recouvrent pas l’intégralité de
leurs droits et de leurs territoires et que la Syrie et le Liban cessent
d’être occupés par Tsahal. Les grandes visées
stratégiques, pour ne pas dire les non-dits de ce plan étaient
précisément cachés dans ce genre de petits vocables
qui auraient pu passer inaperçus pour d’autres. Or, aux
yeux de nos sources, rompues à ce genre de tractations, «un
mot, un seul, peut changer le visage et l’avenir du monde».
Les Etats arabes, pour la plupart, très gênés par
le GMO US (Grand Moyen-Orient) en sont d’autant plus déroutés
qu’ils ont pris connaissance du document préliminaire au
mois de février dernier par voie de presse et non diplomatique,
ce qui constitue une terrible atteinte à leur souveraineté respective.
Washington, dont la poussée impérialiste ne fait de doute
pour personne, et qui profite à fond des attentats du 11 septembre,
est en train de mener son extension géostratégique à travers
le monde. Les guerres d’Afghanistan et d’Irak n’étaient
que le prélude au fameux GMO. Un plan tellement «inquiétant»,
y compris pour les alliés traditionnels des Américains,
que les Allemands, pour ne citer qu’eux, ont fait valoir le côté « expansionniste» de
cette démarche pour amener les Américains, déjà en
train de dire que leur plan était au stade de «brouillon», à réviser
l’intitulé pour le dénommer désormais «initiative
du Moyen-Orient élargi et de l’Afrique du Nord».
Cela étant, il a été convenu, lors du sommet de
Tunis, que l’Algérie ne s’exprimera pas au nom des
Etats arabes, même si elle donne un son de cloche qui n’est
pas loin de rappeler celui de beaucoup de ses voisins. Il en va ainsi,
dans le document de référence, qui doit être présenté,
relatif à l’expérience pluraliste algérienne.
Notre pays soutient que chaque Etat doit aller à son rythme et
avec les moyens qui lui sont propres vers le pluralisme démocratique
sans qu’il lui soit imposé. De toute façon, la démarche
est obligatoire pour tous à la faveur des mutations importantes
que vit toute la planète. Ces réformes, qui ne peuvent
qu’aller de pair avec la lutte contre le terrorisme, impliquent
que l’hégémonie US se fasse moins présente
et moins pressante sur les Etats arabes et musulmans puisqu’elles
ont grandement favorisé la prolifération des réseaux
plus ou moins liés à Al-Qaîda. La mauvaise répartition
des richesses, l’injustice sociale et les disparités entre
le Nord et le Sud en sont également des terreaux devant obligatoirement être
traités convenablement. Ce sont là des thèses que
notre pays n’a eu de cesse de défendre, et que Bouteflika
compte réitérer devant les chefs d’Etat les plus
puissants de ce monde.
Jamais de soldats
algériens
en Irak
C’est dans ce cadre, au reste, que s’inscrit la seconde casquette
de Bouteflika, un des principaux initiateurs du Nepad, aux côtés
des chefs d’Etat du Nigeria et de l’Afrique du Sud. Nous
apprenons que les Américains, qui comptent consacrer tout juste
250 millions de dollars à ce projet continental, pour les trois
années à venir, avaient carrément l’intention
de s’en détourner afin de se consacrer à l’Amérique
du Sud. D’où l’absence de Colin Powell à ce
sommet, puisqu’il sera présent, lui, à la rencontre
des Etats latino-américains en Equateur. Il a fallu déployer
un arsenal diplomatique hors du commun, auquel notre pays est loin d’être étranger,
pour que Washington revienne sur cette décision et continue de
soutenir et de financer le Nepad.
L’autre sujet phare du sommet du G8, qui promet pas mal d’étincelles,
est bien celui de l’Irak. La rencontre, qui aura lieu en présence
du tout nouveau président « irakien », servira à notre
pays de développer la vision arabe puis, qu’Alger a été désignée
au sein d’une troïka (outre Damas et le Caire) pour présenter
la vision arabe. S’il ne fait déjà plus de doute
que Bagdad sera de nouveau admise au sein de la Ligue arabe et le retour
de la sécurité et de la stabilité une priorité pour
tous, notre pays refusera d’envoyer des troupes quelles que soient
les circonstances, mais aussi le contenu de la résolution que
prendre à ce sujet le Conseil de sécurité de l’ONU,
dont notre pays est membre non-permanent. Cette décision, toutefois,
ne semble pas faire l’unanimité au sein de la Ligue arabe
puisque Amr Moussa, qui s’exprimait hier à partir du Caire,
n’avait pas exclu l’idée de l’envoi de troupes
arabes pour le maintien de l’ordre en Irak sous l’égide
de l’ONU.
Bush, qui consacrera ces trois journées d’intenses tractations à de
nombreux tête-à-tête, devrait également consacrer
une rencontre bilatérale au chef d’Etat algérien
dans le but de passer en revue les relations, désormais « importantes » entre
les deux pays.
Les échanges commerciaux, qui sont de l’ordre de pas moins
de quatre milliards de dollars entre Alger et Washington, pourraient être
revus à la hausse dans le cadre de nouveaux investissements. Ces
derniers, qui sont encore au stade de l’étude, ne toucheront
pas seulement le domaine des hydrocarbures. Le retour de la stabilité en
Algérie, suivi d’une exceptionnelle embellie financière,
a fait découvrir aux Etats riches de la planète toutes
les potentialités économiques et commerciales que recèle
l’Algérie.
Mohamed ABDOUN
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