Mouvements des groupes terroristes dans le Sahara

Les Américains contrôlent les frontières malienne et nigérienne

par Aït-Chaâlal Mouloud , Le jeune Indépendant, 17 février 2004

Les récentes opérations menées par les forces de sécurité contre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) au sud d’In Salah et la coopération entre experts militaires américains et l’armée malienne au nord du Mali démontre si besoin est que le plan baptisé Initiative pan-Sahel (PSI) de lutte contre le terrorisme, élaboré par les Etats-Unis, a franchi le cap théorique.

En deux opérations séparées, annoncées le 31 janvier par l’état-major de l’ANP, puis avant-hier par le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni, ce sont 16 terroristes qui ont été éliminés par les forces de l’ANP. Cette opération qui s’est soldée par la récupération d’un important arsenal de guerre que convoyait vers l’Algérie ce groupe conduit par l’émir de l’Est du GSPC Abderrazak Amari dit «le para», s’est déroulée alors que des experts militaires américains forment depuis le 20 janvier dernier et jusqu’au 26 mars, quelque 300 soldats maliens aux techniques de lutte contre le terrorisme et le trafic d’armes.

Les instructeurs américains sont notamment présents au nord du Mali dans la ville de Gao, frontalière avec l’Algérie. L’Algérie, considérée par les Etats-Unis comme un partenaire privilégié dans la lutte contre le terrorisme international, semble de plus en plus engagée à nettoyer cette vaste partie de l’Afrique commune à plusieurs pays depuis la prise d’otages de touristes européens par le GSPC entre février et août dernier.

Des sources affirmaient que l’opération d’In Salah aurait bénéficié d’un appui des renseignements américains. Un no man’s land Dénonçant ce qu’ils qualifient de «laxisme» des autorités maliennes, des experts sécuritaires algériens considèrent cette région comme un «no man’s land» au portes de l’Algérie, la Libye ou le Soudan, de surcroît, devenue, selon eux, une véritable «zone franche» ouverte à toutes sortes de trafics, notamment d’armes et de véhicules volés.

L’absence de l’Etat dans cette région s’est, par conséquent, transformée, soutenaient de leur côté des responsables de renseignements cités par la presse américaine, en un sanctuaire pour les rescapés d’El-Qaïda chassés d’Afghanistan et du Pakistan.

Se basant sur des renseignements des services algériens, des responsables du Pentagone de la lutte contre le terrorisme évoquaient la présence dans cette région d’un groupe armé qui serait dirigé par Mokhtar Belmokhtar, un ancien combattant d’Afghanistan.

Ce groupe qui serait directement lié au réseau terroriste d’Oussama ben Laden, écume le désert entre le Sud algérien, le nord du Mali et une partie de la Mauritanie. Soupçonné de liens avec le GSPC, il est depuis plus de deux ans dans le collimateur des forces de sécurité algériennes.

L’élimination en septembre 2002 par les services de sécurité à Batna d’Abdelwahid Ahmed Alwan, un responsable de la région du sous-Sahel pour le compte d’El-Qaïda est venue confirmer les accointances du GSPC avec le l’organisation de Ben Laden.

La hantise des Etats-Unis La région du Sahel est perçue comme pouvant servir, après l’Algérie, de rampe de lancement, par des groupes armés, de frappes contre les intérêts occidentaux. Telle est désormais la hantise des Etats-Unis qui justifient, à la fois, la gigantesque traque qu’ils mènent contre les éléments d’El-Qaïda et la mise en œuvre d’un plan spécial pour la région du Sahel.

L’affaire de la prise des otages européens à Illizi a vraisemblablement accéléré la mise en œuvre de ce plan, conçu par le département d’Etat et exécuté par celui de la Défense et par des civils sous contrat. Initiative pan-Sahel (PSI) est destiné à aider la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad «à protéger leurs frontières et à contrôler les mouvements de personnes», selon Vincent Kern, assistant spécial auprès du vice-ministre adjoint de la Défense chargé des opérations de stabilisation.

M. Kern s’exprimait à ce propos devant plus de 120 Africains - officiers supérieurs et responsables civils de la défense - réunis du 8 au 12 février au Centre africain d’études stratégiques (ACSS) à Washington. Le vice-ministre de la Défense des Etats-Unis, M. Paul Wolfowitz, que d’aucuns considèrent comme l’architecte de la nouvelle politique américaine de l’»engagement préventif», affirmait que le PSI et l’initiative antiterroriste en Afrique de l’Est sont des éléments clés des efforts que mènent les Etats-Unis dans ce domaine sur le continent africain.

Le PSI est un partenariat prévoyant 60 jours de formation pour des unités triées au volet dans les pays, qui bénéficieront d’un équipement assez complet : camionnettes tout-terrain, uniformes et casques, groupes électrogènes, citernes à carburant, matériel de communication et fournitures médicales.

L’objectif de ce programme, selon M. Kern, est de prévenir des attentats terroristes semblables à ceux de 1998 au Kenya et en Tanzanie et de Casablanca en 2003. Mais pour ce faire, les Etats-Unis auraient besoin de l’appui des pays rompus à la lutte contre le terrorisme tel que l’Algérie, un partenaire vital pour la réussite de ce programme dans la région.

C’est ainsi que des sources ont évoqué le souhait des Etats-Unis d’installer des bases militaires en Afrique, y compris en Algérie, servant à sécuriser tout le grand Sahara, allant du Soudan à la Mauritanie dans la perspective de resserrer l’étau contre les groupes terroristes dont le GSPC, l’une des 36 organisations terroristes sur la liste du département d’Etat américain.

A.-C. M.

 

 
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