La « feuille de route» américaine pour l’entreprenariat au Maghreb

Abdelkader Zahar, Maghreb Emergent, 01 Décembre 2010

Le Secrétaire d'État américain adjoint aux affaires économiques, de l'Energie et du Commerce, Jose W. Fernandez a dévoilé aujourd’hui à Alger la feuille de route américaine sur la nouvelle initiative américaine en direction du Maghreb. Une démarche souple mais ambitieuse qui semble parier sur le facteur jeune. Officiellement Alger approuve la démarche…

L’Algérie a exprimé sa pleine satisfaction du caractère économique de la Conférence USA-Maghreb sur l’entreprenariat qui se tient depuis aujourd’hui à l’hôtel Hilton d’Alger. « L’objectif économique assigné à cette initiative répond amplement aux préoccupations de notre région et nous convient parfaitement », a déclaré hier le ministre de l’Industrie, de l’Investissement et de la PME, Mohamed Benmeradi, dans son allocution d’ouverture de la Conférence. Le ministre a également exprimé au Secrétaire d'État américain adjoint aux affaires économiques, de l'Energie et du Commerce, Jose W. Fernandez, l’engagement de l’Algérie « à apporter tout le soutient voulu afin de contribuer à une parfaite réussite de cette Conférence ». Le ministre américain a expliqué qu’une rencontre sur l’entreprenariat au Maghreb figure dans l’agenda américain depuis plusieurs années déjà. « Il y a une dizaine d'années, les États-Unis avaient annoncé leur intérêt à approfondir leur engagement économique dans la région du Maghreb », a-t-il précisé. Les partenariats envisagés ne s’étant pas déroulés « comme nous l’avions souhaité », la nouvelle administration américaine s’est donc « inspirée des initiatives précédentes » et «a examiné de près les bonnes idées et les défis de cette expérience dans le but d’aller de l'avant avec quelque chose de plus fort ».Dans un long discours prononcé hier devant des dizaines d’hommes d’affaires maghrébins et américains, le Secrétaire d'État américain adjoint aux affaires économiques, de l'Energie et du Commerce, a esquissé des contours assez précis de cette initiative. Il insistera d’abord sur le choix du Maghreb, expliquant que dans cette région, les Etats-Unis veulent approfondir leurs relations « sur la base de nos intérêts mutuels et sur le respect mutuel ». « Nous nous sommes engagés dans cette région, non seulement parce qu'elle est l'une des plus importantes au monde, mais aussi parce que dans un monde globalisé nos destins économiques sont inextricablement liés », a-t-il souligné. Il a justifié le choix de l’entreprenariat comme « pilier de dialogue avec d'autres pays » car il « constitue un véritable partenariat, un partage d'idées et une façon de construire la sécurité et les opportunités à travers le monde ».

Les jeunes, la science et le partenariat

Mettre l’accent sur « les jeunes entrepreneurs », la « promotion de la science et la technologie », et « la création de partenariats significatifs » adaptés à la région du Maghreb, sont les trois composantes de cette initiative économique, explique M. Fernandez. La prédominance de la composante jeune de la population maghrébine milite en faveur d’un encouragement particulier à cette catégorie. « Il s'agit d'un défi auquel nous devons faire face ensemble à la fois aux États-Unis et dans cette région du Maghreb », a-t-il déclaré à ce propos, citant le lancement du programme « Junior Achievement-Injaz Al Arab ». Celui-ci s’étale sur 7 ans et bénéficie d’une enveloppe financière de 2,4 millions de dollars. Il est déjà en cours au Maroc et en Tunisie et va se développer dans les années à venir en Algérie et en Libye. Dans le chapitre « innovation et technologie », Jose W. Fernandez annonce la création d’une « Librairie des Sciences Numérique pour le Maghreb ». Cette bibliothèque numérique « va permettre de soutenir le développement en science et en technologie, accroître l'accès aux données numériques scientifiques et à la recherche, encourager le partenariat et les relations à travers des réseaux sociaux, la création des licences de technologie et d'échanges ». Son lancement effectif est prévu au printemps prochain. Pour le 3e volet, il s’agit de lancer « The North Africa Partnership for Economic opportunities (NAPEO) » (Partenariat nord-africain pour les opportunités économiques). « Nous croyons que les Etats-Unis peuvent faire mieux en Afrique du Nord. Le fait d’accroitre des relations transfrontalières en Afrique du Nord entre les entrepreneurs, les associations professionnelles et les entreprises, les jeunes et les chefs d'entreprises, est la clef essentielle à la prospérité économique à long terme, la stabilité et la sécurité dans la région et à travers le globe », a déclaré le responsable américain. Le tout sera géré par Aspen Institute, qui se chargera de gérer le plan privé de ce partenariat. L’institut Aspen est un « organisme indépendant qui travaillera » avec les intervenants dans chaque pays pour « créer des conseils consultatifs locaux et une régie régionale de conseillers composée des États-Unis, de la diaspora, et des chefs d'entreprises du Maghreb pour assurer l'engagement à long terme ».

Les cinq piliers du NAPEO

Le Partenariat nord-africain pour les opportunités économiques sera basé sur cinq piliers. Le premier concerne la mise en place d’un « Réseau des Jeunes Entrepreneurs et Leaders d’Affaires en Afrique du Nord » dont la mission est de « faciliter les relations transfrontalières à travers l’élaboration d’un réseau régional social en ligne et fermé, qui va relier les jeunes chefs d'entreprises et les entrepreneurs, et les investisseurs potentiels, y compris ceux aux Etats-Unis ». Une seconde institution verra aussi le jour, « l’Incubateur de la Technologie et de l’innovation en Afrique du Nord » qui vise à « soutenir les premiers pas d'un secteur de capital-risque au Maghreb » et « encourager le démarrage de la technologie et de nouveaux secteurs innovants ». En troisième lieu, le « Leadership en Afrique du Nord et la Formation Académique » consistera à travailler pour « renforcer le leadership à travers des partenaires locaux et ceux des États-Unis, et renforcer la gestion, l'entrepreneuriat, l'éducation pour accéder à l'emploi pour les jeunes âgés de 16 à 35 et aussi de nouveaux entrepreneurs de tout âge ». Le quatrième pilier sera « l’Incubateur des Industries Créative d’Afrique du Nord » destiné à « exploiter le potentiel des artistes de la région, y compris les artistes contemporains, musiciens, cinéastes, écrivains, artistes des medias numériques, pour contribuer à la création d'emplois et le développement local » dans le secteur culturel. Une formation est prévue pour « aider les artistes et les artisans à créer et à soutenir des entreprises dans ce secteur ». La cinquième et dernière étape consiste à créer un « Centre d’Excellence de l’Entrepreneuriat d'Afrique du Nord » dans chacun des pays du Maghreb. Ces centres d’excellence NAPEO ne seront pas financés par le gouvernement américain, mais par les « business leaders » de ces pays à qui il revient aussi de travailler à leur lancement. « Ainsi, nous appelons des entrepreneurs tels que vous et tous les membres de vos communautés d'affaires à se mobiliser avec nous autour de la promotion de l'entrepreneuriat et à se joindre à nous et à l’Aspen Institute pour faire de cette vision une réalité. Notre espoir est que ces centres d'excellence constitueraient un réseau, et travailleraient de concert avec l’Aspen Institute pour que le partenariat entre les États-Unis et l’Afrique du Nord soit un véritable succès ».

 
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