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La nouvelle vision américaine au Maghreb Un équilibre en faveur de Washington par M.T , Le Jeune Indépendant, 4 février 2004 Le président Bush s’apprête à recevoir à la Maison-Blanche le Tunisien Benali, déjà précédé en cela par Bouteflika et Mohamed VI. La Libye a accepté d’abandonner tout programme de développement d’armes de destruction massive. La signature d’un accord de libre-échange est pour bientôt avec le Maroc, pays sur lequel Washington exercerait de discrètes pressions pour un règlement rapide de la question du Sahara occidental. La Tunisie négocie un accord similaire. La coopération antiterroriste avec les trois pays du Maghreb est qualifiée par les Américains d’excellente et sans faille. Voilà autant de faits et d’indices qui ne trompent aucunement sur les intentions Américaines en Afrique du Nord, particulièrement après le 11 septembre, et qui renseignent si besoin est sur sa nouvelle vision de la région. S’il est indéniable qu’un redéploiement en force des Etats-Unis au Maghreb était inscrit depuis toujours au menu du commandement politique et militaire américain, il n’en est pas moins indéniable que les événements du 11 septembre ont accéléré le cours des choses. Considérée comme zone stratégique, l’Afrique du Nord recelant d’importantes ressources énergétiques suscite donc tout naturellement l’intérêt croissant des Etats-Unis qui se montrent soucieux d’y consolider leur présence, au risque d’hypothéquer ses relations avec l’Europe, la France en tête. Les multiples déplacements de responsables politiques et militaires américains dans cette région depuis le 11 septembre, ainsi que le défilé à Washington des dirigeants maghrébins témoignent amplement de l’intérêt américain. Le dernier événement d’importance inscrit à l’actif des Etats-Unis et de leurs alliés britanniques dans la région reste incontestablement le retour de la Libye dans le giron international, ce pays étant avec l’Algérie l’un des piliers énergétiques du Maghreb, avec des réserves prouvées de pétrole de plus de 5 milliards de tonnes, sans compter les ressources en gaz estimées à 5 000 milliards de m3. Pas du tout intimidés par les dernières tentatives diplomatiques et économiques françaises destinées à atténuer quelque peu les effets de ce redéploiement, et bien qu’écartés formellement du processus de Barcelone, les Etats-Unis, qui contrôlent le commandement de l’Europe du Sud de l’OTAN plaident depuis quelques années l’intégration économique des pays du Maghreb, par le biais de l’initiative dite Eizenstat, notamment. Historiquement tournés vers l’Europe toute proche, les pays maghrébins effectuent 80 % de leurs échanges avec l’Union européenne, un fait que les Etats-Unis semblent déterminés à retourner en leur faveur, ou du moins à équilibrer. En témoigne encore l’installation récente par Washington à Tunis d’un bureau régional pour la mise en œuvre de l’initiative du partenariat politique et économique entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient. La décision n’est pas dénuée de symbole, la Tunisie étant le premier pays signataire d’un accord de partenariat et de libre-échange avec l’UE en 1995. L’intérêt de Washington pour le Maghreb, estime-t-on, traduit un souci de présence dans cette zone vulnérable, mais hautement stratégique, outre la recherche de débouchés pour ses produits. Les pays maghrébins sont également considérés comme une porte d’entrée en Afrique, d’où l’intention prêtée à Washington de créer des bases militaires dans cette région où elle dispose déjà de facilités militaires, ce qui risque de renforcer davantage la rivalité d’intérêts avec l’Europe. M. T.
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