L’AMBASSADE AMÉRICAINE DÉMENT FORMELLEMENT

« Pas de soldats US dans le Sud algérien»

L'Expression, 14 juillet 2004

Notre pays demeure un atout capital pouvant permettre de contrer le redéploiement des troupes d’Al Qaîda.


Contrairement à leurs habitudes, consistant le plus souvent à bien ou mal faire en laissant dire, les autorités américaines ont jugé utile, cette fois-ci, de mettre le holà aux rumeurs faisant état de la présence de troupes d’élites américaines dans le Sud algérien, disposant de matériel de pointe, permettant de localiser, puis de traquer les éléments du Gspc connus pour être très proches d’Al Qaîda d’Oussama Ben Laden. Dans un laconique communiqué, rendu public hier par l’ambassade US à Alger, il est clairement indiqué que «les Etats-Unis n’ont aucune base militaire en Algérie et ne cherchent pas à en avoir». Il y est ajouté qu’«il n’y a aucune présence de troupes américaines en Algérie». Le communiqué se justifie ainsi par le fait que la prolifération des «rapports parus dans la presse, (et qui ont eu tendance à s’amplifier de plus en plus) pour faire état de présence de bases et troupes militaires dans le Sud algérien». Le démenti en lui-même n’est pas étonnant, partant du constat que notre pays, qui ne fait encore partie d’aucune alliance stratégique et qui était une des chevilles ouvrières des pays non-alignés, continue d’afficher son autonomie intérieure, même s’il n’a eu de cesse d’en appeler à une coopération internationale tous azimuts en matière de lutte contre le terrorisme. Depuis le fameux colloque planétaire sur la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, auquel avaient pris part d’éminents experts américains et membres de l’Otan, la nécessité de s’aligner sur les visions algériennes partant du constat que la traque aux éléments d’Al Qaîda, depuis le bombardement de leurs bases au Soudan et la chute du régime des talibans devait se faire dans les régions sahéliennes avec l’aide précieuse du Gspc, dont des phalanges, très bien connues des ser-vices secrets occidentaux, activaient en toute impunité dans le Vieux Continent ainsi qu’aux USA. La mise hors d’état de nuire par les services de renseignement algériens d’un Yéménite, envoyé spécial de Ben Laden dans la région, puis la prise d’otages des touristes européens dans le sud de notre pays, a fini par convaincre les plus sceptiques sur la nécessité d’aller vers une action concertée, afin de rendre les frontières entre ces pays, (Niger, Tchad, Libye, Soudan, Maroc...) moins perméables. C’est à cette obligation majeure que répond le fameux plan Pan Sahel, en partie financé par les Américains et qui regroupe l’ensemble de ces pays, exception faite du Maroc, qui semble avoir fort à faire avec ses terroristes à lui, du temps où il les encourageait afin que l’Algérie ne sorte pas de sa crise sécuritaire. Une rencontre de coordination avait même eu lieu en présence du chef d’état-major algérien, Mohamed Lamari, afin de définir les voies et moyens et de mettre en commun les atouts de chacun dans la lutte contre ce fléau qui n’épargne rien ni personne. Dans le même temps, Alger, qui n’a plus rien à prouver dans ce domaine, a également été choisie pour abriter le siège africain de l’instance en charge de la lutte contre le terrorisme. S’il n’existe donc pas de troupes américaines en Algérie, cela n’a rien d’étonnant en soi. Il est permis de se demander, toutefois, pourquoi ce pays continue de refuser de vendre à notre pays certains armements spécifiques, qui auraient permis à nos troupes, déjà très performantes, d’être autrement plus efficaces et plus rapides dans la traque de ces criminels. Toujours est-il que la visite d’Alliot-Marie en Algérie, la première d’un ministre français de la Défense, ne peut que refléter un plus grand rapprochement avec l’Otan et partant, le «déblocage» des contrats d’armement dont les plus grands restent toujours du seul fait de Moscou, ancienne capitale du bloc de l’Est.


Mohamed ABDOUN

 

   
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