GEORGE W. PERKINS, PORTE-PAROLE DE NORTHROP GRUMMAN, AU QUOTIDIEN D'ORAN

«Une conscience politique américaine favorable à l'Algérie»

 

Entretien Réalisé Par Noureddine Azzouz, Le Quotidien d'Oran, 15 janvier 2005

La firme américaine a lancé le 13 janvier dernier une entité économico-commerciale de droit algérien: l’AIDG. Cette initiative est la première du genre. A travers elle, ses promoteurs visent à soutenir le climat des affaires en Algérie par la recherche de partenaires dans les secteurs de la santé, de l’électronique, de la communication et des grandes infrastructures. AIDG fonctionnera à la manière d’une holding. Le Quotidien d’Oran donne la parole à son porte-parole, George W. Perkins.

Le Quotidien d’Oran: Northrop Grumman Corporation vient de lancer officiellement Algeria Industries Development Group (AIDG), un groupe qui, dites-vous, renforcera le partenariat entre les Etats-Unis et l’Algérie. De quoi s’agit-il au juste ?

George W. Perkins: Il s’agit d’un groupe économique de droit algérien. Son rôle consiste à tisser des relations de partenariat avec des entreprises algériennes activant dans des secteurs précis et les aider à développer leurs capacités de gestion à l’occasion de la privatisation et pour mieux appréhender les marchés dans lesquels ils sont présents. La logique de l’AIDG est de fonctionner comme un holding et l’objectif visé est de participer au capital des entreprises qui travailleront avec nous en leur apportant une plus-value : en l’occurrence, celle du savoir-faire.

Q.O.: Comment vous est venue l’idée de créer ce groupe en Algérie ?

G.W.P.: Nous connaissons bien le Maghreb. Quant à l’Algérie, ce travail est la capitalisation d’une expérience de six longues années. Comme vous le savez, Northrop Grumman Corporation est présent en Algérie depuis 1999. Toute cette période nous a servi à mieux connaître et à mieux suivre l’évolution du paysage économique algérien. Nos multiples contacts - aussi bien au niveau institutionnel qu’auprès des capitaines d’affaires et d’industries algériens - nous ont aidés à mieux l’appréhender et à identifier des besoins auxquels nous pouvons répondre par notre technologie et nos capacités managériales.

Q.O.: Quels sont les secteurs que vous avez identifiés ?

G.W. P.: Je continuerai en précisant que le travail de prospection s’est terminé en mars 2004. Depuis, nous nous employons à le développer en fonction de deux orientations: intervenir d’abord dans les secteurs que nous connaissons et que nous maîtrisons; choisir ensuite les secteurs où les besoins sont exprimés. Partant de cette logique, nous avons choisi de cibler quatre secteurs: la santé, la communication, l’électronique et le développement des infrastructures.

Q.O.: Northrop Grumman est surtout connu pour être un poids lourd de l’aéronautique et de l’industrie de défense. Pourquoi avoir choisi de tels secteurs ?

G.W.P.: Notre groupe ne construit pas uniquement des équipements militaires. Il est présent dans 25 pays, ses activités sont très larges et touchent divers domaines d’activité. Il en est ainsi pour celles où nous voulons construire un partenariat avec les entreprises algériennes.

Q.O.: Northrop Grumman va-t-il injecter de l’argent ?

G.W.P.: C’est envisageable dans la mesure où nous visons à développer ces secteurs. Nous allons par ailleurs participer à moins de 50% au capital des partenaires choisis - les fourchettes varieront à partir de ce seuil en fonction de chacun. Nous resterons minoritaires, car nous devons fonctionner graduellement, au rythme et à la force du marché.

Q.O.: Quel est le niveau d’investissement consenti pour l’instant ?

G.W.P.: L’année dernière nous avons investi quelque 3 millions dollars que nous avons consentis pour la préparation du terrain et pour l’installation de notre structure. Je ne peux pas donner pour l’instant de précisions sur le montant de nos projets mais chacun d’entre eux coûtera à titre indicatif plusieurs millions de dollars. Ceci, en vous rappelant que notre travail consistera avant tout à apporter de l’assistance technique, à faire du transfert de technologie et à mettre en place un dispositif destiné à la formation d’une main d’oeuvre de qualité. Le but n’est pas de faire des affaires et de s’en aller rapidement, mais de rendre compétitifs les partenaires avec lesquels nous travaillerons. L’enjeu est de susciter un modèle pour que d’autres groupes américains viennent s’installer en Algérie.

Q.O.: Combien d’entreprises algériennes vont-elles travailler avec vous ?

G.W.P.: Un grand nombre de sociétés algériennes veulent travailler avec nous. Mais nous sommes encore en phase de sélection. D’ici juin prochain, lorsque nous aurons terminé, nous saurons quels seront les partenaires avec lesquels nous travaillerons. A la fin de l’année, nous aurons mis plusieurs projets à exécution.

Q.O.: Vous avez parlé de créer un modèle. En dehors des hydrocarbures, les hommes d’affaires américains peuvent-ils s’intéresser à l’Algérie ?

G.W.P.: Il est vrai que le business a ses règles où l’habitude et la géographie ont un rôle. Mais il est vrai aussi que le marché n’a pas de frontières. On constate ce phénomène tous les jours. Et l’action politique, quand elle est bonne, peut être d’un impact réel sur les échanges économiques. Dans le cas des relations entre les Etats-Unis et l’Algérie, le rapprochement observé depuis quelques années constitue un grand facteur d’encouragement. C’est depuis ce rapprochement, par exemple, que les rencontres entre les hommes d’affaires américains et algériens se sont multipliées. Et que s’est créé un conseil de coopération algéro-américain pour la promotion et la constitution d’un partenariat entre firmes algériennes et américaines. J’ajouterai un autre point: la découverte en 2001 (après le «11 septembre» NDLR) par l’opinion américaine que l’Algérie lutte depuis de longues années contre le terrorisme a contribué à faire émerger aux Etats-Unis une sorte de conscience politique favorable à l’Algérie. Celle-ci est d’autant plus importante qu’elle a gagné les milieux d’affaires ainsi que de grandes institutions américaines, tel que le Congrès par exemple.

 
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