Farouk Ksentini à propos des détenus de Guantanamo :

«Nous n’abandonnerons pas nos ressortissants»

Par Amar Rafa, La Tribune, 24 Avril 2006

Le président de la Commission nationale consultative pour la promotion et le développement des droits de l’Homme (CNCPDH), Farouk Ksentini, a affirmé hier que la publication par le Pentagone de la liste des Algériens détenus à Guantanamo, est positive, car elle intervient après de longues années.
M. Ksentini, qui était l’invité de la rédaction de la Chaîne III, a indiqué, en outre, qu’il s’agit «d’un pas en avant qu’il faut apprécier à sa juste mesure», avant d’ajouter que «ce sont des ressortissants algériens, et l’Etat a le devoir de protection de ses ressortissants lorsqu’ils sont en difficulté à l’extérieur», a-t-il indiqué. Pour M. Ksentini, «il est attendu des autorités nationales de prendre en charge ces Algériens, de façon à les rapatrier, parce qu’ils n’ont pas les moyens de se rapatrier eux-mêmes et c’est ce qui va être fait sans la moindre hésitation», a-t-il assuré, avant de réitérer que «l’Algérie n’a pas l’habitude d’abandonner ses ressortissants à l’étranger».
En soulignant que son institution n’a pas la possibilité d’engager la moindre procédure pour le rapatriement de ces Algériens, il arguera que les autorités américaines, qui ont détenu ces Algériens avec des ressortissants d’autres nationalités, ont décidé de ne pas les déférer en jugement. Dans ces conditions-là, «nous ne pouvons rien faire. Nous ne pouvons pas demander à assister à leurs procès parce qu’il n’y a pas de procès. Et nous ne pouvions pas demander à les assister parce qu’aucun statut ne leur a été accordé», dira-t-il. Avant d’affirmer, en outre, que la commission qu’il préside était «devant le fait accompli et devant un mur quasiment infranchissable». Aussi, «il est heureux que les choses se dénouent dans la direction voulue».
En rappelant qu’il avait été contacté par une partie des familles de ces détenus à Guantanamo, M. Ksentini a indiqué qu’il avait saisi des représentants de l’ONG américaine Human Rights Watch, en leur demandant expressément d’intervenir et de s’informer sur le sort de ces détenus. «Cette organisation a essayé de faire quelque chose, mais s’est heurtée à un mur, celui du refus de toute possibilité de laisser ces personnes détenues d’entrer en contact avec, soit les organisations non gouvernementales soit leurs propres familles», expliquera-t-il. Le ministère des Affaires étrangères, qu’il avait saisi par correspondance, s’est heurté également à une fin de non recevoir, tout autant que tous les pays intéressés, selon M. Ksentini.
Le président du CCNDPH a exprimé sa surprise que le nombre des détenus algériens soit 25 au lieu de 16 comme annoncé précédemment, et souhaité que «l’on ne découvre pas à l’avenir que le nombre est beaucoup plus important que celui qui vient d’être avancé par les autorités américaines». Car, «tout cela a été mené dans l’opacité la plus totale et la plus regrettable».
Dans cette affaire de Guantanamo, «les choses ayant été, dès le départ, tellement illégales et tellement irrégulières, que rien ne m’étonne de ce qui serait révélée et rien n’est susceptible de m’étonner», dira-t-il, en critiquant les abus et dépassements qui ont caractérisé cette affaire.
M. Ksentini évoquera le cas des Algériens qui avaient la double nationalité, algéro-bosniaque, en rappelant qu’à l’époque, ils avaient été déferrés devant une juridiction bosniaque, en raison de faits liés à des activités terroristes, et qui bien qu’ayant été définitivement innocentés et blanchis, ils ont été appréhendés par les forces américaines et dirigés sur Guantanamo. «Il n’y a absolument rien de concret quant à leur culpabilité. Ce n’est simplement que des présomptions et encore on n’a pas accès à ces présomptions et on ne sait même pas quelle est leur nature, leur degré et leur fiabilité», a affirmé en outre Farouk Ksentini, en relevant le paradoxe, décidé par les autorités américaines de ne pas les déférer devant une juridiction, pour conclure, qu’il s’agit d’une situation de non droit et complètement ubuesque que vivent ces personnes à Guantanamo.
Il dira en outre que sa commission compte protester et dénoncer la torture dès qu’elle aura des informations précises qui seraient communiquées par les intéressés, et des preuves concrètes et fiables.
De retour en Algérie, ces détenus n’ont même pas besoin d’être déférés devant une juridiction quelconque du moment qu’ils n’ont rien commis sur le territoire national. Et si des crimes et délits ont été commis à l’extérieur, il faudrait qu’il y ait des plaintes des pays ou des personnes intéressées, pour que des suites puissent êtres engagées à l’encontre de ces Algériens.

A. R.

  Campagne en faveur des détenus de Guantanamo  
www.algeria-watch.org