Détenus à Guantanamo depuis des années

L’espoir pour des détenus algériens ?

Le Jour d'Algérie, 10 avril 2007

Il y a actuellement 24 Algériens détenus par l'armée américaine dans les camps de concentration de Guantanamo Bay, sur l'île de Cuba, selon une liste publiée l'an dernier par le Pentagone. Un de ces détenus, Ahmed Belbacha, résidant britannique, pourrait être prochainement libéré, selon l'ONG britannique Reprieve.

L’ONG Reprieve à Londres est une organisation britannique qui lutte contre la peine de mort et apporte un soutien juridique aux détenus britanniques partout où cela est nécessaire. Actuellement, cette ONG et son équipe légale représentent 37 détenus emprisonnés à Guantanamo Bay. Dans un message adressé au nom de Reprieve aux autorités algériennes, Cristopher Chang rapporte que trois Algériens figurent parmi les trente-sept individus pris en charge par l’ONG. Il s’agit des dénommés Ahmed Belbacha, Nabil Hadjarab et Abdennour Sameur. Ahmed Belbacha et Abdennour Sameur sont des résidents britanniques régularisés. Selon l’enquêteur Chris Chang, son ONG travaille de façon très étroite avec les avocats américains des autres Algériens, lesquels sont détenus depuis cinq ans à Guantanamo sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux, et sans qu’ils bénéficient d’un procès légal. Les avocats comme l’ONG transmettent aujourd’hui au monde entier la requête de ces détenus algériens qui, à l’instar des autres pensionnaires de Guantanamo, ne demandent qu’un traitement juste et humain et à être formellement jugés, s’il existe des preuves contre eux, a cité le message. Cristopher Chang soutient que les avocats qui ont rencontré à deux reprises Ahmed Belbacha et Abdennour Sameur ont déclaré que ces deux derniers s’accrochent à plaider leur innocence. Ils maintiennent fermement les déclarations faites durant leurs interrogatoires par les militaires du camp. «Nous n’avons pas encore rencontré Nabil Hadjarab, mais un de nos avocats, Zachary Katznelson, va lui rendre visite à Guantanamo en avril», a ajouté M. Chang, avant de préciser que «selon un message reçu de Washington, le ressortissant algérien Ahmed Belbacha est désigné pour être libéré».

Une cellule en acier galvanisé

Toujours selon les déclarations de Cristopher Chang, «Ahmed Belbacha est emprisonné dans le nouveau bâtiment de Guantanamo, le camp 6, dans une cellule, étroite, éclairée H24 par une lumière fluorescente et fabriquée en acier galvanisé». Son régime de détention ne lui permet uniquement que «la lecture d’un livre par semaine, l’écriture de quatre cartes postales et deux lettres d’une page par mois. Il dispose aussi d’une copie du Coran. Cela en plus de deux heures de recréation par jour dans une cage de 0,5m sur 5 m».

Résidant britannique régularisé en avril 2000, Abdennour Sameur a été quant à lui gravement blessé aux genoux par des soldats au Pakistan. Il a été vendu aux Américains après avoir été emprisonné dans les prisons de Bagram et Kandahar. Il a été torturé physiquement par les Américains qui ont même refusé de soigner ses genoux blessés. A Guantanamo, il a été placé au camp 5, en isolation totale.

La grève de la faim, seul moyen de protesta

Devenue la seule forme de protesta possible pour les détenus de Guantanamo, la grève de la fain est suivie par une quarantaine de prisonniers, qui contestent de la sorte des conditions de détention de plus en plus dégradantes. L’ONG britannique a rapporté dans son message que «pour les maintenir en vie, leurs tortionnaires les intubent souvent brutalement, à l’aide de sonde de gavage qui transite par le nez vers l’estomac». S’aidant pour cela d’une chaise que les détenus appellent «chaise de la torture» et qui sert à les maintenir immobiles au moment de leur gavage, qui peut durer des heures. «Ils sont actuellement, selon les informations fournies par l’ONG, 25 prisonniers à subir cette opération, avec parfois l’utilisation de tubes au diamètre plus grand. Sami Al-Hajj, le journaliste d’Al Jazeera, en grève de la faim depuis janvier dernier, est gavé contre sa volonté deux fois par jour. Un Algérien de nationalité bosniaque, Lakhdar Boumediene, a eu le nez cassé et continue à être nourri artificiellement malgré sa blessure ; il risque de mourir si cela continue.» Aujourd’hui, l’ONG britannique Reprieve envisage dans sa lutte pour la libération des résidants britanniques détenus à Guantanamo de faire appel aux autorités des pays d’origine de ces ressortissants dont l’Algérie, et d’aller même à la rencontre de leurs familles. «Cela en vue de leur apporter plus de soutien et d’intercéder en leur faveur auprès des autorités américaines pour qu’ils bénéficient d’un procès équitable ou qu’ils soient libérés si aucune charge n’est retenue contre eux», ajoute le message de l’enquêteur Christopher Chang. Rappelons par ailleurs qu’ en novembre dernier, un détenu algérien à Guantanamo a été libéré en même temps qu’un Egyptien et un Ouzbek. Les trois détenus mis en liberté avaient été considérés comme n’étant plus des «combattants ennemis», avait indiqué à l’occasion le ministère américain de la Défense dans un communiqué repris par l’AFP.

13 prisonniers en grève de la faim

Treize prisonniers du centre de détention de Guantanamo, à Cuba, en grève de la faim, ont commencé à être alimentés de force par les militaires, ont rapporté dimanche des agences de presse. Les avocats de plusieurs grévistes de la faim ont indiqué que ces derniers avaient entamé cette action pour protester contre les pénibles conditions de vie dans un quartier de haute sécurité dans lequel ont été placés, depuis décembre, quelque 160 prisonniers. Les 13 détenus actuellement en grève de la faim constituent le nombre le plus important de prisonniers à être alimentés de force depuis le début de l’année 2006 quand les militaires avaient mis fin à une grève similaire. Ils avaient alors forcé les prisonniers, maintenus dans une chaise de contention, à s’alimenter au moyen d’une sonde passant par le nez, précise le New York Times, cité par les agences.

Habiba Ghrib

  Campagne en faveur des détenus de Guantanamo  
www.algeria-watch.org