Il s'opposait à son rapatriement

Un détenu algérien à Guantanamo débouté par la justice américaine

par H. Saaïdia, Le Quotidien d'Oran, 12 août 2007

La justice américaine a statué sur le cas de Belbacha Ahmed. La Cour suprême américaine a rejeté vendredi la demande du détenu algérien à Guantanamo, d'intervenir pour interdire au gouvernement son rapatriement. Avec cette décision, Belbacha Ahmed devra être transféré en Algérie au même titre que 16 autres détenus algériens à la base américaine à Guantanamo. Arrêté au Pakistan et détenu à la base navale américaine à Cuba depuis février 2002, il est aujourd'hui désigné comme un «ancien combattant ennemi», un statut qui autorise son renvoi en Algérie. Il avait saisi la justice américaine pour rester provisoirement à Guantanamo, motivant sa demande par le fait qu'il craignait des «tortures presque certaines» en Algérie qu'il a fui dans les années 1990.

Ce faisant, il espérait voir la haute juridiction des Etats-Unis juger illégal son rapatriement prévu par le gouvernement américain et, par conséquence, l'annulation pure et simple de la procédure. Mais la justice américaine en a décidé autrement, refusant d'intervenir pour empêcher son renvoi vers son pays (décision non motivée) comme elle l'avait fait en mai dernier pour un détenu libyen, Abdul Ra'ouf al-Qassim, qui se trouve encore à Guantanamo.

Jeudi, la veille de l'audience, les avocats du détenu algérien avaient déposé un document devant la Cour suprême pour appuyer leur requête en rappelant les conditions de vie infernales de leur client. «A Guantanamo, Ahmed B. est maintenu dans une isolation presque totale. Sa cellule minuscule est entièrement en acier. Aucune fenêtre ne laisse passer la lumière du jour; il doit subir celle des néons 24 heures sur 24. Sa seule distraction réside en deux heures de récré par jour seul dans une cage avec un ballon de football dégonflé. Sa famille ne peut pas lui rendre visite, il ne peut pas les appeler, leur courrier met des mois à lui parvenir. Et quand il arrive, il est souvent fortement censuré. Tel est le monde que Ahmed B. choisit plutôt qu'un retour en Algérie», expliquaient ses avocats dans le document versé jeudi au dossier. Avant le «verdict» rendu vendredi par la Cour suprême, Ahmed B. était sur les 17 détenus algériens à Guantanamo le seul cas encore «en suspens». Le 29 juillet dernier, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Belaïz, avait déclaré que les 17 Algériens détenus à Guantanamo seront transférés en Algérie après vérification de leur identité. Il avait précisé que «le groupe de travail mis sur pied pour prendre en charge l'affaire des Algériens détenus à Guantanamo s'est rendu sur place pour vérifier l'identité des détenus qui ont déclaré être algériens». Le ministre avait ajouté que «le groupe de travail a confirmé l'identité de 17 Algériens dont le cas d'un détenu a été définitivement réglé», précisant que «les 16 autres prisonniers algériens seront transférés en Algérie et aucune institution ne s'y oppose». Balayant d'un revers d'éventuelles tortures et autres procès expéditifs prétendus par certains détenus, le ministre de la Justice avait affirmé que «leur procès se déroulera en Algérie, conformément à la Loi algérienne, dans le cas où ils sont reconnus coupables d'un quelconque crime sans condition ni contrainte de quelque partie que ce soit».

Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci avait indiqué, le mois dernier, que l'Algérie «n'exclut pas la libération prochaine des Algériens détenus à Guantanamo avant d'annoncer, la semaine écoulée, que l'Algérie et les Etats-Unis «négocient les conditions de mise à disposition de ces détenus aux autorités de leur pays». «A ce jour, les choses sont considérées comme bien avancées mais ne sont pas finalisées totalement», avait-il relevé. De son côté, l'ambassadeur itinérant américain Clint Williamson avait indiqué, en avril lors d'une visite en Algérie, avoir discuté avec des responsables algériens de la situation des prisonniers algériens détenus à la base américaine de Guantanamo tout en exprimant le souhait de son pays de voir cette base fermée.

 
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Campagne en faveur des détenus de Guantanamo  
www.algeria-watch.org