Après plus de quatre ans d'emprisonnement sans jugement à Guantanamo

Un Algérien libéré par les Etats-Unis

par Zouaoui Mouloud, Le Jeune Indépendant, 21 mai 2006

Un ressortissant algérien, emprisonné depuis plus de quatre ans dans la très décriée prison de Guantanamo Bay à Cuba, a été libéré, selon le Pentagone qui a rendu publique une liste de 26 détenus blanchis des accusations de terrorisme.

L'Algérien, Fethi Boucetta, 43 ans, originaire de la ville de Mostaganem, fait partie du groupe de 26 pensionnaires de la sinistre prison dans l'enclave américaine à Cuba qui ont été déclarés «non ennemis combattants (NLEC)», selon le ministère de la Défense américain qui a rendu publique, avant-hier, une liste détaillée des personnes libérées ou en voie de l'être.

Les No Longer Ennemi Combattant (NLEC) sont des prisonniers considérés comme ne représentant plus aucune menace pour les Etats-Unis ou que la situation actuelle rend sans intérêt dans la lutte contre le terrorisme, selon les arguments des militaires américains.

La décision de les relaxer est intervenue suite à des verdicts rendus par les tribunaux des commissions militaires d'exception chargées de statuer sur les cas des détenus devant être affranchis du statut «d'ennemi combattants». Fethi Boucetta faisait partie de la liste des 25 Algériens, en détention dans cette prison, dont un seul, Sofiane Barhoum, a été entendu par ces commissions.

Selon les minutes de son procès rendu public par les tribunaux des commissions militaires qui s'est déroulé en son absence, Boucetta était accusé de terrorisme et de liens avec El-Qaïda et qu'il avait séjourné à plusieurs reprises en Afghanistan, de 1989 à 2002, à la demande des Talibans.

Mais Boucetta avait nié ces accusations affirmant qu'il a voyagé une seule fois en Afghanistan, en 1992, au nom du comité de la Croix-Rouge internationale (CICR). Il avait été ensuite reconnu comme réfugié par le Haut Commissariat aux réfugiés au Pakistan et avait bénéficié d'une immatriculation qui a été identifiée par le tribunal.

Son attestation de réfugié lui avait été délivrée alors par la directrice américaine chargée du programme des réfugiés pour l'Afghanistan. Le nom de cette responsable a été supprimé des minutes de son audition. En tant que professeur de physique, M. Boucetta atteste qu'il avait été sollicité pour enseigner, de 1996 jusqu'au jour de son arrestation en 2002, dans un collège dirigé par le Croissant-rouge au Pakistan.

Il avait également enseigné dans une école dépendant de l'ambassade du Yémen au Pakistan au profit d'enfants de diplomates. Il avait été recruté par l'ambassade, étant donné qu'il avait enseigné au Yémen de 1993 à 1996 dans un poste pour lequel il a été désigné par le ministère de l'Education.

Selon le dossier d'accusation, il a lui été également reproché d'être membre du Front islamique du salut (FIS), chose qu'il a nié, rappelant qu'il avait quitté l'Algérie en 1989 avant même la création de ce parti. Deux prisonniers, arrêtés en même temps que lui au Pakistan, ont confirmé les déclarations de Boucetta et précisé dans les minutes du procès.

M. Boucetta, marié et père de deux enfants, s'est fait représenter au procès par un militaire américain, désigné par le tribunal. Le Pentagone ne précise toutefois ni la date ni sa destination après sa libération. Seule la mention «libéré» figure à côté du nom de Boucetta dans la liste des 26 personnes officiellement con-cernées par cette mesure, dont 22 ont été libérées, selon le site du Pentagone.

Les quatre autres déclarés «non ennemis combattants», mais se trouvant toujours à Guantanamo Bay, sont trois Afghans et un Russe. Onze Afghans, trois Chinois, un Saoudien, un Pakistanais, un Egyptien, un Soudanais, un Jordanien, un Russe, un Français, un Turc et un Yéménite figurent dans la liste des personnes annoncées.

En avril dernier, le Pentagone a publié la liste officielle des 558 détenus, dont 25 Algériens, qui croupissent sans jugement à Guantanamo Bay, à Cuba. Z. M.

  Campagne en faveur des détenus de Guantanamo  
www.algeria-watch.org