WILLIAM BURNS DEMAIN A ALGER

Des relations à développer encore plus

Le Quotidien d'Oran, 12 mai 2004

Le sous-secrétaire d’Etat américain William Burns effectuera demain une visite à Alger. Ce déplacement, qui n’est pas le premier, s’inscrit cette fois dans le cadre d’une grande tournée, a-t-on appris de source diplomatique.

Outre l’Algérie, William Burns se rendra à Rabat, Tunis, Amman, avant d’atterrir à Berlin où il aura des discussions avec les responsables allemands. Sa visite dans notre pays a ceci de particulier qu’elle s’inscrit dans un contexte bilatéral plutôt brillant. Washington et Alger n’ont jamais été aussi loin dans leurs relations bilatérales. Le signe le plus tangible de ce rapprochement réside dans les déclarations récentes du président George W. Bush. Dans la toute dernière lettre qu’il a adressée au président de la République après sa réélection, le chef de la Maison-Blanche s’est félicité du raffermissement des relations politiques et économiques entre Alger et Washington. Mais il faut tendre l’oreille aux diplomates de terrain pour mieux mesurer le parcours que les deux pays ont effectué ensemble. Alors que l’Algérie était, il y a quelques années, un sujet de préoccupation pour les stratèges américaines, le pays est salué aujourd’hui comme un modèle à encourager. Une embellie qu’il faut sans doute expliquer par trois éléments essentiels: le premier est d’ordre interne à l’Amérique. La plus grande puissance au monde est en train de revoir sa politique étrangère dans le monde arabe et musulman.

Or, dans ce réaménagement, le Maghreb a tendance à y occuper une place prépondérante. Les raisons sont nombreuses, mais il convient d’en retenir au moins deux pour l’Algérie: Alger constitue d’abord aux yeux des Américains un exemple de transition démocratique qu’il s’agit d’encourager, en plus de ses potentialités économiques. L’Algérie présente ensuite une grande disponibilité à discuter des thèses américaines relatives aux réformes et à la démocratisation dans le monde arabe et musulman. Cette attitude ravit les autorités américaines qui traversent actuellement une mauvaise passe à cause du conflit en Irak. Ils y voient un argument supplémentaire à donner à leur politique étrangère dans la région de nouvelles articulations, comme celle d’accorder une plus grande attention aux pays du Maghreb. Et d’envisager avec eux un partenariat plus important et plus diversifié, y compris dans le domaine insoupçonné des échanges culturels et universitaires. Dans sa lettre au président de la République, le président Bush a écrit qu’il allait demander au sous-secrétaire d’Etat William Burns de discuter à Alger des «possibilités de développer encore plus nos relations». C’est là toute l’explication de la visite, demain, du numéro 3 au département d’Etat.

N. A.

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ALGÉRIE-ÉTATS-UNIS

Nouvelle visite de William Burns demain

El Watan, 12 mai 2004

William Burns, secrétaire d’Etat adjoint américain au Proche-Orient et à l’Afrique du Nord, sera demain à Alger. Il y effectuera une troisième visite en deux ans. William Burns aura des entretiens avec le président de la République et animera une conférence de presse. Cette visite s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle tournée de ce haut responsable dans la région. William Burns se rendra au Maroc, en Tunisie et en Jordanie.

Cette tournée fait suite aux graves révélations sur les tortures de prisonniers en Irak infligées par des soldats US. Chose à laquelle Washington est sensible. Surtout que l’Administration Bush déploie depuis plusieurs mois d’immenses efforts pour améliorer «l’image des Etats-Unis» à l’extérieur, particulièrement dans la zone de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Il ne sera pas aisé pour la diplomatie américaine de recoller les morceaux après le scandale de la prison d’Abou Ghraïb, mais l’offensive vers la région va être forte. Le président George W.Bush s’est adressé dernièrement au monde arabe à travers les chaînes El Hurra (basée à Washington) et à travers Al Arabiya dont le siège est à Dubaï. Instruction a été donnée pour recourir à tous les instruments de la politique extérieure pour tenter de remonter la pente. Surtout qu’à l’approche de la présidentielle américaine, prévue en novembre prochain, le sort du candidat Bush est devenu incertain. Bush qui, à travers une lettre de félicitations adressée au président algérien, s’est déclaré «ravi» de l’engagement «à la réalisation d’une démocratie complète pour tous». «L’Algérie peut devenir le porte-étendard d’une vision d’une réforme politique importante qui peut triompher sur la violente extrémiste (...) Les Etats-Unis souhaiteraient vous aider à réaliser votre vision d’une Algérie en paix, stable, prospère et démocratique», a écrit le président américain. A Alger, cela est vu comme un appui évident à Abdelaziz Bouteflika qui vient de succéder à lui-même à la Présidence de la République. Début mai, l’Algérie a été qualifiée de « leader régional agressif» en matière de lutte contre le terrorisme. Dans son rapport annuel, le département d’Etat avait salué «l’engagement de l’Algérie» dans «la coalition globale» contre le terrorisme. Des sources médiatiques avaient annoncé, dernièrement, la disposition de Washington à vendre des armes de guerre à l’Algérie. La décision aurait été prise après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle du 8 avril. Interviewé hier par nos confrères du Quotidien d’Oran, l’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, Richard Erdman n’a ni confirmé ni infirmé ces informations. «Il y a beaucoup de formes de coopération : renseignement, formation, équipements, appareils, etc... Mais il est vrai que jusqu’à maintenant nous n’avons pas fourni des armes létales à l’Algérie. Il faut aussi préciser que beaucoup de choses changent et peuvent changer rapidement. Mais jusqu’à maintenant, non, nous n’avons pas encore fourni des armes à l’Algérie. Reste que la coopération qui existe est mutuellement bénéfique», a-t-il déclaré. Lors d’un précédent passage à Alger, William Burns avait évoqué une coopération militaire estimée à 700 000 dollars et un contrat d’achat d’armement. «Nous sommes en train de transformer une relation qui, historiquement, était à un niveau très très modeste. Cette transformation est en train de se faire et beaucoup de choses deviennent possibles dans ce contexte (...) Il faut aussi que l’Algérie s’accoutume à notre manière de faire du business dans le cadre de ce marché d’armement. Il faut que Washington comprenne correctement les réalités en Algérie. Et le fait que l’Algérie est en train de coopérer d’une manière efficace et exceptionnelle aide ce processus», a expliqué l’ambassadeur Erdman. Dans sa lettre à Bouteflika, Bush s’est déclaré convaincu que les rencontres régulières sur l’accord-cadre sur le commerce et l’investissement (TIFA) produiront les décisions qui «pourront aider l’Algérie à intégrer l’économie globale».

Par Fayçal Métaoui

 

 
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