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| COFER BLACK, COORDINATEUR DU CONTRE-TERRORISME AMéRICAIN, AU «Quotidien d’Oran» Le lien entre la drogue et le terrorisme existe
Propos Recueillis Par MOUNIR B., Le Quotidien d'Oran, 13 octobre 2004
Le coordinateur du contre-terrorisme américain, Cofer Black, est à Alger depuis hier pour participer au lancement du centre antiterroriste africain qui sera inauguré aujourd’hui à Alger. Ancien de la CIA, il a été nommé par George Bush le 3 décembre 2002 pour coordonner l’ensemble des actions de la lutte antiterroriste américaine et des structures du renseignement, et a été décoré de la plus haute distinction américaine dans le domaine du renseignement. M. Black a accordé un entretien exclusif au «Quotidien d’Oran» où il aborde notamment Al-Qaïda et la coopération algéro-américaine dans le domaine antiterroriste. Malgré ses faux airs de Hans Blix, l’ancien inspecteur des Nations unies qui est contre la politique de Bush, M. Black est un dur de l’administration américaine et un spécialiste des questions du terrorisme. Il possède également le rang d’ambassadeur et n’a qu’une mission : traquer les terroristes là où ils sont et déclare compter sur l’expérience algérienne pour mener à bien cette lutte globale contre le terrorisme. Le Quotidien d’Oran : Vous avez tendance à déclarer que la lutte contre le terrorisme se porte bien du fait de la diminution du nombre des attentats dans le monde. Or, si on constate une régression, on observe, en contrepartie, des attentats de masse plus durs et plus intenses qui sont en augmentation, comme à New York, Bali, Mombassa, Taba, Madrid ou Djakarta. Qu’en pensez-vous ? M. Cofer Black : Effectivement, il y a un certain degré de nuances à apporter mais inversement et dans la même perspective, on peut citer la victoire de l’Algérie et de son peuple contre le terrorisme. Les auteurs qui ont planifié et commis les attaques du 11 septembre ont été à 75% anéantis. La majorité des cadres d’Al-Qaïda ont été tués ou arrêtés. 3.400 membres du réseau ont été neutralisés et ne représentent pas de danger. C’est la preuve que la coopération entre la communauté des nations fonctionne de manière plus efficace. La plupart des succès enregistrés reviennent à cette collaboration avec ces pays. C’est grâce au renforcement de la communication et de la coopération sécuritaire. Les Etats-Unis, sous la conduite du président Bush, sont déterminés à protéger les personnes innocentes contre ce fléau. Selon des évaluations récentes, la localisation du terrorisme épouse la création de groupes à connotation locale, tels que Ansar Al Islam ou la Jammaâ Islamya. Etant donné la pression internationale, ces groupes locaux remontent à la surface et vont être, dans bien des cas, éliminés. Pour nous, les succès enregistrés sont dus au renforcement de la coopération terroriste internationale comme avec l’Algérie, dont les succès et l’expérience, la place comme le leadership naturel du contre-terrorisme dans la région et en Afrique sont avérés. Et le lancement du centre africain de lutte antiterroriste à Alger est une occasion pour elle de faire partager cette expérience avec les pays africains et autres. Q.O. : Si deux tiers des cadres d’Al-Qaïda sont neutralisés, on observe qu’un nombre croissant de membres de cellules dormantes a été activé dans le monde, avec des profils anonymes et non fichés. A combien évaluez-vous ces groupes automnes d’Al-Qaïda et comment lutter contre eux ? M.C.B. : Ces groupes ne sont pas des entités calquées sur Al-Qaïda. Ce sont des groupes associés à elle qui commencent à paraître, qui agissent grâce à des mesures incitatives mais qui se retrouvent désorientés. En tant que praticien du contre-terrorisme, on a réussi à identifier un nombre croissant d’entre eux et empêcher des attaques dues à une faible capacité de frappe, et ce, grâce à une plus grande coopération internationale. Tous les dirigeants, publics ou privés, doivent se sentir concernés et développer un discours contre les extrémismes. Nous avons tellement de choses en commun. Il faut s’élever contre les radicaux et ceux qui prônent la violence. Q.O. : Vous avez axé le début de votre action sur le fait de couper les liens entre les réseaux terroristes et les cartels de la drogue, notamment en Amérique latine. Pourtant, les attentats de Madrid et de Casablanca ont été financés par l’argent de la drogue. Que font les Etats-Unis pour inciter le Maroc à lutter sérieusement contre le trafic de drogue dans son pays ? M.C.B. : Ce lien existe. On peut le constater également en Amérique latine, avec les FARC en Colombie. Les Etats-Unis ont une grande expérience dans le domaine et renouvellent leur soutien au gouvernement de Bogota. Il existe une combinaison intime entre le terrorisme, les stupéfiants et l’insurrection. Les groupes terroristes sont à la recherche de financements faciles. Nous avons certes constaté que dans certains pays, la petite criminalité se développe, comme la prolifération des vols de cartes de crédits qui sont des activités liées au terrorisme. S’il y a trop d’argent qui découle du trafic de drogue, les possibilités de financer le terrorisme deviennent grandes et, même si les responsables d’Al-Qaïda ne donnent pas d’ordres directs dans ce sens, l’activité des cellules opérationnelles a besoin de l’argent des stupéfiants. Q.O.: En évoquant la lutte antiterroriste avec l’Algérie, le GSPC qui est lié à Al-Qaïda menace non seulement l’Algérie mais aussi la zone sahélienne. Qu’en est-il de la coopération antiterroriste avec l’Algérie notamment sur le cas de l’extradition de Abderezak El Para ? M.C.B.: Laissez-moi vous dire que les Etats-Unis et l’Algérie sont des partenaires étroitement liés, de véritables amis dans cette coopération antiterroriste. A chaque fois qu’il s’agit de questions techniques précises, et à moins que le gouvernement avec lequel on est en contact ne décide de divulguer certaines informations sensibles aux médias, je me limiterais à ce que dit le président George Bush en indiquant qu’il y a une partie de la guerre qu’on voit et une autre qu’on ne voit pas et qu’on ne dit surtout pas. Ce que je peux dire, par contre, est que l’Algérie et son peuple qui ont lutté avec une telle détermination contre le terrorisme peuvent apporter une grande expérience à la communauté internationale. Le gouvernement algérien a fait preuve de courage dans cette lutte et il a l’opportunité d’apporter son expertise aux Etats-Unis et au reste des pays du monde qui souffrent des effets du terrorisme. Q.O.: La région du Sahel fait partie des zones stratégiques de l’implantation d’Al-Qaïda avec des perspectives d’ancrage en Afrique de l’Ouest, après la Corne de l’Afrique. Les Etats-Unis ont lancé le plan Pan-Sahel avec des formations ponctuelles avec les Etats de pays subsahariens. Comment voyez-vous le développement de cette coopération ? M.C.B.: Nous avons développé un plan, le Pan-Sahel, pour aider les pays sahéliens et africains à former des troupes spécialisées dans la lutte contre le terrorisme en injectant déjà 100 millions de dollars dans ce programme qui va se poursuivre et s’intensifier. Que ce soit à la Corne de l’Afrique ou dans les pays transsahariens tels que le Mali, le Niger, le Tchad ou la Mauritanie, notre objectif est de renforcer les moyens de lutte et les capacités de ces pays à y faire face. Et nous comptons sur l’Algérie pour nous aider à aguerrir ses voisins du fait de l’expérience acquise par les Algériens durant une dizaine d’années avec les succès enregistrés. Moi, qui ai consacré une partie de ma vie à la pratique antiterroriste (M. Cofer Black a été directeur adjoint de la CIA, NDLR), j’ai beaucoup d’admiration pour la lutte et la capacité des Algériens à vaincre le terrorisme. Notre objectif au Sahel est comme partout dans le monde. Notre rôle est de soutenir les pays amis et renforcer l’aide internationale dans le domaine. Nous apprécions particulièrement le travail des Algériens dans cette lutte. Un pays qui peut être cité en exemple. Q.O.: Selon le général Wald (commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe), les Etats-Unis cherchent à obtenir le droit d’exploiter des plates-formes, des bases souples pour des commandos américains dans la région du Maghreb et le Sahel. Qu’en est-il de vos contacts sur ce sujet avec l’Algérie ? Et que répondez-vous aux accusations contre les Etats-Unis que la guerre contre le terrorisme menée au Sahel, en Afrique ou en Irak, sert d’abord à sécuriser les installations pétrolières américaines ou les gisements pétroliers sur lesquels lorgnent les Américains ? M.C.B.: Je ne peux pas prétendre à me substituer au général Wald qui est un militaire accompli, mais ce que je peux dire, sans équivoque, est qu’il n’existe aucune base américaine en Algérie et dans la région et on n’a pas l’intention d’en avoir. L’objectif est d’encourager et contribuer à ce que les forces de sécurité de ces gouvernements se défendent elles-mêmes, et je crois davantage à une stratégie longue et efficace qu’à des solutions ponctuelles. Quant au pétrole, je voudrais souligner en tant que participant à des réunions de haut niveau au sein de l’administration américaine, et en tant que membre du comité antiterroriste américain, rien n’est aussi loin de la vérité que ces accusations. Il fut une époque où l’Algérie a lutté pour son existence. La même lutte est menée par les Etats-Unis depuis le 11/09 et notre démarche n’a rien à voir avec les nationalités, les religions ou les intérêts économiques. La preuve en est que le terrorisme tue au-delà des nationalités et des religions comme l’ont prouvé l’identité des 3.000 victimes du WTC ou les 24 nationalités touchées lors de l’attentat de Bali. Les Etats-Unis bénéficient d’excellentes relations avec un nombre de pays, un peu moins bonnes avec d’autres et comme le dit le président Bush, la lutte contre Al-Qaïda n’a pu être positive qu’avec l’implication de tous les pays. On nous accuse également d’être contre l’islam,
ce qui est dénué de tout sens. Nous sommes contre le terrorisme
qu’il soit mené par des Irlandais de l’IRA, et je
suis irlandais d’origine, par les chrétiens du FARC colombien
ou par les gauchistes de l’armée rouge japonaise ou encore
des groupes animistes africains. Je suis blessé quand il y a une
victime, quelle que soient sa race, sa religion ou son identité.
L’ennemi ne vous choisit pas selon la couleur de la peau ou de
vos yeux. La justice doit prévaloir sur tous et le droit prévaut
toujours à la fin. C’est la démarche américaine.
Il est très important que les dirigeants religieux modérés
expliquent que cette guerre est menée, non contre l’islam,
mais contre ceux qui veulent détruire l’humanité.
Et cela même en Irak. Nous y sommes et dès que nous aurons
fait que l’Irak ne soit plus une menace pour lui-même ou
pour ses voisins, nous rentrerons chez nous. Il s’agit d’abord
de traiter la violence, où qu’elle soit.
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www.algeria-watch.org
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