Lutte antiterroriste

Les Américains confirment la traque au Sahel

Le Quotidien d'Oran, 28 mars 2004

Venus, en février dernier, au Sahel avec pour mission principale d’instruire les troupes des armées des pays de la région aux techniques de la lutte antiterroriste, les experts militaires ont fini par s’impliquer dans la «traque» des groupes armés.

L’engagement des militaires américains dans la lutte antiterroriste consiste, pour le moment, à «tuyauter» régulièrement les unités des armées sahéliennes sur les mouvements des groupes terroristes. L’apport n’est pas des moindres puisqu’il s’avère que c’est finalement grâce aux renseignements fournis par les militaires américains que le groupe de Abderrazak El Para a été intercepté par les troupes tchadiennes dans le Tibesti.

Ainsi, si les satellites-espions de l’armée US sont braqués sur la région du Sahel et scrutent le moindre des mouvements, les militaires américains en mission dans la région néanmoins restent loin des combats. A propos justement de l’opération ayant conduit à l’élimination d’une quarantaine de membres du GSPC (15 selon des sources diplomatiques), menée il y a quinze jours par l’armée tchadienne, le commandant des forces américaines en Europe (EUCOM), le général Jim Jones, a déclaré que celle-ci «a été menée par des pays africains, par des soldats africains». Il a assuré, par ailleurs, que le soutien des Américains consistait uniquement «à fournir des informations». «Aucun formateur, aucun conseiller, personne en uniforme américain n’a participé à cette bataille», a-t-il précisé.

Qu’a-t-il pu bien décider les experts américains à donner un coup d’accélérateur à la lutte antiterroriste au Sahel ? La région serait-elle devenue le nouvel eldorado des terroristes ? Existe-t-il un rapport entre l’actualité sécuritaire sahélienne et les attentats de Madrid ? Sur ce point, le général Jones s’est contenté de dire: «Le GSPC s’est proclamé un allié d’Al-Qaïda et s’est déclaré un ennemi de l’Amérique». Un argument suffisamment fort qui a poussé, en tout cas, l’armée américaine à mettre au profit des forces tchadiennes ses moyens pour repérer les mouvements des éléments du GSPC dans le grand désert du Sahel. Mais le général Jones n’a pas exclu, par ailleurs, la possibilité que des groupes islamistes fondamentalistes se soient établis dans plusieurs pays de la région. Une autre éventualité qui aurait pu être à l’origine de la décision des militaires américains de mettre récemment la main à la pâte. Cela afin probablement de contrecarrer, tant ce est encore possible, les évolutions des groupes terroristes. Revenant sur les attentats du Maroc et l’arrestation de Marocains à la suite des attentats du 11 mars à Madrid, l’officier américain a mentionné à ce propos que «les larges étendues africaines, sans autorité centrale, sont très tentantes», ajoutant que l’armée américaine a «des indications que des groupes islamistes fondamentalistes vont par là».

Pour nettoyer le Sahel des groupes terroristes, une région à laquelle le commandement des forces US en Europe a consacré la semaine dernière un sommet spécial, les experts américains n’écartent aucune option. L’ère de la «coopération active» ouverte avec l’armée tchadienne s’achemine progressivement vers l’implication de la Libye dans la lutte antiterroriste et l’installation de bases dans la région après la visite de Williams Burns à Tripoli.

Une perspective qui semble intéresser les autorités marocaines puisque celles-ci ont déjà offert aux militaires américains de s’entraîner sur leur territoire. D’autres Etats comme l’Algérie et le Niger ont préféré, par contre, s’en tenir à la coopération bilatérale.

Zine Cherfaoui

 

 
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