A la veille de la visite à Alger de la ministre française de la Défense

Les Etats-Unis manifestent leurs ambitions sur la sous-région

par Mustapha A. , Le jeune Indépendant, 14 juillet 2004

Les Etats-Unis ont démenti pour la troisième fois la présence de base militaire en Algérie tout en soulignant qu’ils «ne cherchent pas à en avoir». C’est par le biais de son ambassade à Alger que l’Administration de George W. Bush apporte un démenti formel aux informations publiées par l’hebdomadaire satirique français le Canard enchaîné, qui a rapporté dans sa dernière édition la teneur d’une information communiquée par le nouvel ambassadeur russe, Vladimir Titorenko, à son homologue français, le défunt Daniel Bernard : «…la présence d’au moins une vingtaine d’experts militaires américains commandés par un général deux étoiles et cantonnés à quelque 350 kilomètres d’Alger».

Citant une note diplomatique, le journal français, connu pour sa crédibilité en matière d’informations sensibles, avait écrit que la «mission de cette présence» se résumerait en la préparation «d’éventuelles opérations d’appareils gros porteurs américains lors de missions militaires en Afrique et au Moyen-Orient».

En réaction, l’ambassade des Etats-Unis a affirmé, dans une note de presse rendue publique lundi soir, que «les rapports» récemment parus dans la presse faisant état de la présence de bases et troupes militaires «sont erronés et ne sont nullement fondés», soulignant qu’«il n’y a aucune présence de troupes militaires américaines en Algérie».

Le 28 mars dernier, la représentation diplomatique américaine avait apporté le même démenti à l’installation de base militaire américaine en Algérie. Cette mise au point a été soutenue, rappelle-t-on, par une déclaration du ministère algérien de la Défense qui affirmait, en réaction à des informations faisant état de la présence d’instructeurs américains en Algérie, que les Etats-Unis n’ont envoyé aucun expert en Algérie pour former des troupes d’élite dans la lutte contre les groupes terroristes.

Cette information, qui n’a pas encore été démentie par l’ambassade russe, auteur présumé de la note diplomatique, montre, d’une manière on ne peut plus claire, une probable alliance entre la France, qui souhaiterait avoir une part du marché militaire algérien, et la Russie, qui fera tout pour se maintenir comme un allié stratégique pour la fourniture des équipements militaires et de la pièce détachée.

Ce qui renseignerait également sur la volonté de ces deux pays de concurrencer ou carrément de contrecarrer les visées militaires américaines sur le marché algérien. Cependant, nombre d’observateurs placent cette insistance des Américains dans le contexte de l’évolution qualitative des relations algéro-françaises, même si du côté français on affirme qu’il n’existe aucune rivalité d’intérêts entre les Etats-Unis et la France en Algérie.

Cette énième mise au point publiée le jour même de l’arrivée à Alger du ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier intervient également dans le contexte de la visite, samedi prochain, de la ministre française de la Défense, Mme Michèle Alliot-Marie, autour de laquelle des informations ont fait état du «souhait» de la France de conclure un accord militaire avec l’Algérie.

Il faut noter, à titre de rappel, que les Etats-Unis, qui possèdent 272 bases militaires dont un tiers à l’étranger, ont engagé une étude de faisabilité pour décider s’il faut ou non disposer de bases-relais dans la région subsaharienne et en Afrique, qui, pour le monde du renseignement américain, notamment la CIA, sera la prochaine base-arrière du terrorisme international.

C’est dans ce cadre qu’il faut situer la publication récente d’un rapport sur la politique africaine des Etats-Unis, préparé à la demande du Congrès et qui s’intitule «Rising US Stakes in Africa» (Les enjeux croissants des Etats-Unis en Afrique).

Un des auteurs de ce rapport, M. Chester Crocker, ancien responsable du département d’Etat, a estimé que l’Afrique, qui est devenue un champ de bataille potentiel entre «les forces du terrorisme et les alliés antiterroristes», est appelée «à devenir de plus en plus importante du point de vue des intérêts stratégiques des Etats-Unis».

Pour lui, «l’Afrique est très proche du Moyen-Orient et revêt une grande importance pour cette partie du monde ainsi que pour l’Europe et les Etats-Unis», a déclaré M. Crocker, qui a été secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines de 1981 à 1989.

Ce rapport recommande une «expansion ambitieuse» de la présence des Etats-Unis en Afrique sur les plans de la diplomatie et du renseignement et insiste sur l’importance de la «diplomatie de réaction aux crises». Les auteurs du rapport recommandent que les Etats-Unis consacrent plus de fonds à l’appui des opérations de maintien de la paix de l’ONU en Afrique et à la formation des armées africaines.

En outre, ils préconisent un recours renforcé aux sources humaines de renseignement et une lutte plus efficace contre la prolifération des missiles sol-air dans l’ensemble du continent. Sur le plan officiel, l’Administration Bush, plutôt que d’intervenir directement, préfère fournir pour le moment des stages d’entraînement aux officiers et des équipements militaires aux gouvernements du Maghreb et du Sahel afin qu’ils luttent efficacement contre les groupes islamistes.

Concernant la coopération bilatérale, les Etats-Unis participent au renforcement des programmes de formation et d’instruction militaire au profit d’officiers algériens. Le secrétaire d’Etat adjoint américain chargé de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, William Burns, avait fait savoir en octobre 2003 à Alger que Washington avait accru son assistance en Algérie dans sa lutte contre le terrorisme.

Cette assistance consistait à former des officiers et à fournir des équipements militaires avec un budget de l’ordre de 700 000 dollars pour l’année 2003. Des officiers algériens de l’armée de l’air avaient suivi en 2001 une formation dans la ville de Baltimore (Maryland), dans le cadre de cette coopération.

En vue de renforcer la surveillance des réseaux terroristes en Afrique sans y déployer d’hommes ni y ouvrir de base, les Etats-Unis ont opté, dans le contexte actuel, pour le renforcement de la coopération avec des pays qualifiés d’»alliés».

Il s’agit pour Washington de fournir un appui matériel et de formation, dans le cadre du concept déjà mis en pratique et baptisé l’initiative Pan Sahel, destiné au Mali, à la Mauritanie, au Tchad et au Niger. M. A.

 

   
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