Selon un expert militaire américain en lutte contre le terrorisme : L’Algérie intensifie sa coopération avec les pays du Sahel

par Aït-Chaâlal Mouloud, Le Jeune Indépendant 28 mars 2004

Selon le colonel Victor Nelson, de l’armée de terre américaine, la collaboration entre l’Algérie et les pays du Sahel s’est renforcée suite à la tenue d’un atelier portant sur la lutte contre le terrorisme, organisé l’année dernière à Bamako (Mali) par le Centre africain d’études stratégiques (African Center for Strategic Studies - ACSS).

«Nous y avons invité des responsables aussi bien du Sahel que du Maghreb et avons insisté sur le fait qu’ils devaient coopérer afin de lutter contre les bandits, les contrebandiers et les terroristes qui se servent des zones frontalières à leurs dépens», a souligné le colonel Nelson qui a été attaché militaire à Abuja.

Le militaire américain a précisé qu’un des résultats de cette coopération avait été la récente participation de forces ayant suivi un entraînement dans le cadre du programme appelé «Initiative pan-Sahel» (PSI) à une opération au Tchad contre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de Hassan Hattab, connu pour ses accointances avec El-Qaïda.

Durant cette opération, 43 terroristes de plusieurs nationalités, affiliés au GSPC, avaient été éliminés, après de violents combats avec l’armée tchadienne dans la région du Tibesti, dans les confins désertiques du Nord tchadien.

Le numéro 2 du GSPC, Amari Saïfi dit Abderrezak El-Para, qui faisait partie de la cinquantaine de terroristes interceptés par les forces tchadiennes, aurait survécu à cette opération. El-Para est l’»émir» qui a dirigé l’enlèvement, entre février et mars 2003, de 32 touristes européens, dont 17 ont été libérés en mai, avant que l’armée algérienne ne laisse le groupe franchir la frontière avec le Mali, dans le nord duquel les autres ont été relâchés en août, après le paiement par l’Allemagne d’une rançon de quelque 5 millions d’euros.

Auparavant et lors de deux opérations distinctes, 16 terroristes du même groupe ont été éliminés par l’armée algérienne au sud d’In Salah. Cette opération s’est soldée par la récupération d’un important arsenal de guerre que convoyait vers l’Algérie ce groupe.

Ces opérations se seraient déroulées avec l’appui des forces américaines, notamment en matière de renseignements. Selon le colonel, «la PSI est un outil important de la guerre contre le terrorisme et a beaucoup fait pour renforcer les liens dans une région que nous avions largement ignorée par le passé, notamment entre l’Algérie et le Mali, le Niger et le Tchad».

Le colonel Nelson, qui est également le responsable de ce programme pour le bureau du ministère de la Défense chargé des questions liées à la sécurité internationale, a soutenu que «si la pression devient trop dure pour les terroristes en Afghanistan, au Pakistan, en Irak et ailleurs, ils trouveront de nouveaux endroits où opérer, et les régions du Sahel et du Maghreb font partie de ces endroits».

La PSI, gérée par le département d’Etat, est confiée à des membres des forces spéciales américaines basées en Allemagne et à des experts civils dans le but de renforcer le professionnalisme des forces de sécurité du Mali, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie.

Ce programme qui doit s’achever dans le courant de cette année, est financé à hauteur de 7,5 millions de dollars et comprend une formation de base sur le maniement des armes, la planification, les communications, la navigation terrestre, la conduite de patrouilles et l’apport de soins médicaux.

Des experts militaires américains ont formé, du 20 janvier au 26 mars, quelque 300 soldats maliens aux techniques de lutte contre le terrorisme et le trafic d’armes. Les instructeurs américains sont notamment présents au nord du Mali, dans la ville de Gao, frontalière avec l’Algérie.

L’objectif, a précisé le colonel Nelson, est d’aider les pays du Sahel à contrôler les routes empruntées depuis toujours par les commerçants, mais qu’utilisent aujourd’hui les terroristes. «Il suffit de regarder de quoi est faite la région du Sahel.

C’est une région reculée dont de nombreuses parties restent sans gouvernement». A.-C. M.

 

 
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