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Ouverture aujourd’hui à Paris du sommet de l’union pour la Méditerranée (UPM) Sarkozy déroule le tapis rouge aux chefs d’Etat de l’autre riveLa belle avenue des champs Elysées est, depuis hier, ornée de ses plus beaux atours. Aux couleurs de la France et de l’union européenne. Paris (France). De notre envoyé spécial, El Watan, 13 juillet 2008 La Méditerranée, elle, a droit à une immense affiche bleu-ciel, accrochée sur le portail principal du majestueux Grand Palais devant accueillir aujourd’hui les 44 chefs d’Etats et de gouvernement des pays arabes et ceux de l’Europe. Au milieu d’un dispositif de sécurité impressionnant et alerte, la célèbre avenue a connu hier un carrousel ininterrompu de voitures rutilantes à bord desquels certains dirigeants des pays invités – et pas d’autres – défilaient au bureau de Nicolas Sarkozy, à l’Elysée, histoire sans doute d’accorder les violons. Et à tout seigneur tout honneur, le président français accordera la primeur des conciliabules à son ami Hosni Moubarak, officiellement désigné comme coprésident du Sommet, à la table du déjeuner. A 15h, ce fut au tour du général Michel Sleiman, fraîchement proclamé président du Liban, de faire sa virée au palais de l’Elysée. Vers 17h, Sarkozy a reçu le moins désirable de ses illustres invités, le président syrien Bachar Al Assad. Bien que n’ayant pas bonne presse ici à Paris, le jeune chef d’Etat a été l’objet d’une traque de reporters venus en nombre à sa résidence au luxueux hôtel Intercontinental. Sarkozy, qui compte visiblement sur la « discipline » de Bachar Al Assad pour réussir son show d’aujourd’hui, l’a invité à assister tout se suite après les entretiens à une réunion de travail avec le président libanais – dont la Syrie ne reconnaît pas la souveraineté – sous les auspices de l’émir du Qatar, Cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani, guest star de Nicolas Sarkozy. Et oui, face au refus de la commission européenne de financer certains projets de la future UPM, le président français a pensé offrir les honneurs au Cheikh de venir assister au sommet à Paris moyennant quelques millions (ou milliards) de dollars… L’Emir du Qatar devait également servir de modérateur ou de médiateur, c’est selon, à de possibles poussées d’adrénaline de Bachar Al Assad ou son homologue libanais, Michel Sleiman. Voilà comment Sarkozy a manœuvré hier pour tenter d’étouffer la mésentente syro-libanaise. Et c’est exactement le même exercice qu’il livrera ce matin. A 10h15 tapantes, le président français recevra le premier ministre turque, Recep Tayyip Erdogan, au palais de l’Elysée. Ce sera, sans doute, un rabibochage de circonstance pour un Sarkozy qui n’a jamais caché son aversion pour une Turquie européenne. Mais première petite douche froide tout de même : la déclaration finale devant sanctionner le sommet de Paris devrait souligner expressément que le pays de l’AKP est « candidat à l’union européenne ». Dans sa volonté de coudre comme il se doit le sommet – son sommet –, Nicolas Sarkozy organisera ce matin, à 11h, une réunion de travail avec le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre de « l’Etat d’Israël », Ehud Olmert, à l’Elysée. L’un des nœuds gordiens de ce sommet de l’union pour la Méditerranée, Sarkozy entend arracher quelques bonnes intentions à ses invités pour se mettre à l’abri d’une mini crise au… sommet. Et pour cause, dans la conférence de presse prévue ce soir à la fin du sommet, Sarkozy va clore son grand show par une tribune bien garnie aux côtés de son coprésident Hosni Moubarak, du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. C’est la totale quoi ! Les arabes fêteront le 14 Juillet à Paris… Fait curieux, en revanche le président Abdelaziz Bouteflika, qui a fait durer le suspense jusqu’au bout, n’aura pas droit – du moins dans le programme officiel du forum – à un tête-à-tête avec Sarkozy, au même titre d’ailleurs que ses homologues du Maroc et de la Tunisie. A la veille de cet important événement, le Maghreb est quasiment absent des activités officielles mis à part une participation évidente cet après-midi à la plénière. Ainsi, Bouteflika, Mohammed VI et Zine El Abidine Ben Ali ne semblent-ils pas trop concernés par les conciliabules et autres tractations que mène Sarkozy. Est-ce que cela sous-entend qu’ils sont dans la poche ? Mystère. Pourtant, les trois pays en plus de l’Espagne se disputent âprement le siège du secrétariat de l’UPM, qui sera décidé théoriquement aujourd’hui. Mais il se dit déjà que les questions qui fâchent pourraient fort bien être renvoyées à une réunion des ministres des affaires étrangères du processus Euromed prévue début novembre. Et cette histoire de siège fait partie des points de discorde, tout comme l’intitulé même du projet dont la France voudrait rayer la mention « processus de Barcelone ». Ces petites réunions préparatoires d’hier et d’aujourd’hui étaient justement destinées à lever, autant que faire se peut, les dernières barrières. A défaut, Nicolas Sarkozy ne prendrait pas le risque d’un coup de tonnerre dans un ciel parisien qu’il veut à tout prix serein. Surtout aujourd’hui. Et demain, il pourra fêter comme il se doit sa propre fête politique et diplomatique et accessoirement la fête nationale du 14 juillet. Et les Champs Elysées ne seront que plus beaux. Avec Bachar Al Assad, Bouteflika, Erdogan, Mahmoud Abbas et Olmert… C’est cela, quoi qu’il arrive, le plus grand succès du chef d’orchestre de l’UPM, largement salué par la presse ici à Paris, Nicolas Sarkozy. Par Hassan Moali Union pour la Méditerranée La part du rêve, le poids des réalitésEl Watan, 13 juillet 2008 Comment est né le projet qui a abouti à l’union pour la Méditerranée, qui sera consacrée aujourd’hui à Paris ? Rappel succint. Le 6 mai 2007, à l’issue du second tour de l’élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy lance, à la surprise générale, l’idée de construire une « union méditerranéenne ». L’idée de cette nouvelle union entre les pays des deux rives de la Méditerranée était apparue deux ans auparavant, suggérée par Jean-Louis Guigou, ex-directeur de la Datar et Panagiotis Roumenotis, ex-ministre des Finances grec et président du Centre d’analyse et de liaison des acteurs de la Méditerranée (Calame). Paris. De notre bureau Constatant l’échec lamentable d’Euromed, plus connu sous le nom de Processus de Barcelone, initié en 1995 pour aider au développement des pays méditerranéens, les deux hommes pensent qu’il faut créer une « communauté du monde méditerranéen » plus ou moins calquée sur celle de l’Europe. Henri Guaino, conseiller personnel de Sarkozy, est à l’origine de la reprise de cette idée par le candidat de la droite française : ce projet permet à la fois d’établir une dynamique politique hors de l’Union européenne (UE) et d’offrir une alternative sérieuse à l’adhésion de la Turquie dans l’UE, dont Sarkozy ne veut pas entendre parler. Réduire les fracturesPour Henri Guaino, ce projet contribuera à réduire les lignes de fracture qui traversent cette région : « Le but était de jeter les bases d’un partenariat à égalité entre les pays riverains qui ont une part commune de destin à assumer. La notion de parité, qui n’existait pas dans Barcelone, est centrale. » « C’est un changement très profond de la nature même du processus de Barcelone. Grâce à ce projet, on a remis de la politique en Europe et tourné de nouveau l’Europe vers le Sud où se joue son avenir » (in Le Figaro du 29 mars). Elu président de la République, Nicolas Sarkozy, en plus de son conseiller personnel, Henri Guaino, s’est entouré d’une équipe d’une quinzaine de personnes dirigée par l’ambassadeur Alain Le Roy. En visite d’Etat au Maroc en octobre 2007, Nicolas Sarkozy prononce un discours qui appelle « tous les hommes de bonne volonté » des pays riverains de la Méditerranée à mettre en place avec lui « une coopération d’égal à égal entre le Nord et le Sud », notamment en matière économique et politique, mais aussi militaire, culturelle et sociale. « L’union pour la Méditerranée est l’occasion de porter la vision d’une Europe politique engagée… On va me dire : ‘‘Est-ce que tout est résolu ?’’ Non, c’est sûr ! Mais il y a une nouvelle volonté, une même analyse que ce qui se passe en Méditerranée est capital, une même volonté d’attaquer le processus de Barcelone d’une autre façon, de mettre de la politique dans tout cela, de traiter les deux rives à égalité, d’où la coprésidence. C’est une nouveauté, la co-présidence », affirmait Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse à l’issue du Conseil européen à Bruxelles, le 13 mars. Glissement sémantiqueDepuis l’appel de Rome en décembre 2007, l’union méditerranéenne est devenue l’union pour la Méditerranée et le Conseil européen des 13 et 14 mars 2008 lui a donné le nom définitif de Processus de Barcelone : union pour la Méditerranée. Le glissement sémantique de l’intitulé n’est pas neutre. Le projet initial de Nicolas Sarkozy invitait les seuls Etats riverains à créer une union politique, économique et culturelle fondée sur le principe d’égalité stricte entre les nations d’une même mer. Mais devant l’opposition de l’Allemagne, il avait déjà dû revoir sa copie début 2008. Berlin avait émis la crainte que le projet d’union méditerranéenne tel que conçu initialement par Nicolas Sarkozy divise, à terme, l’UE s’il excluait les Européens non riverains de la Méditerranée et créerait « une nouvelle frontière (…) entre l’Allemagne et la France », départageant « les pays tournés vers l’Est et ceux tournés vers le Sud ». l’UE recadre le projetLors du sommet européen des 13 et 14 mars 2008, conformément aux vœux d’Angela Merkel, c’est finalement toute l’Union européenne qui entre dans le projet d’union méditerranéenne, vidé auparavant de sa substance et amputé de ses objectifs au profit d’une revitalisation du processus de Barcelone agonisant. La Commission européenne a dessiné les contours d’un projet qui limitent encore plus les ambitions de la France, déjà très diluées les mois précédents. La Commission propose de rassembler les 44 pays riverains de la Méditerranée et de l’Adriatique : les 27 Etats membres de l’UE, les 13 membres et observateurs du processus de Barcelone lancé en 1995 par les Européens pour un partenariat avec les pays du sud de la Méditerranée (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Territoires palestiniens, Israël, Liban, Syrie, Turquie et Albanie), ainsi que la Croatie, la Bosnie, le Monténégro et Monaco.Par ailleurs, la Commission européenne a précisé que l’éventuel engagement de la Turquie dans le projet n’exclura pas ce pays du processus d’adhésion à l’UE. En ce qui concerne le financement, Bruxelles veut privilégier le recours à des fonds privés, des fonds d’Etat, membres ou non de l’Union, ou encore aux institutions financières internationales plutôt qu’aux fonds européens. Et la dimension humaine ?La suspicion et les interrogations émanant des pays de la rive sud de la Méditerranée ont été nombreuses. Qu’en est-il de la dimension humaine des relations euroméditerranéennes ? Doit-elle être abordée uniquement sous l’angle des flux migratoires, préoccupation centrale des Européens ? Cette dimension est, du point de vue de l’Algérie, au cœur même de la problématique de l’union pour la Méditerranée. « Une approche novatrice impliquerait de ne pas parler désormais de ‘‘maîtrise concertée de flux migratoires’’, mais de la dimension humaine des rapports entre l’Europe et les pays du Sud ; dimension qui doit être au cœur même de la problématique de l’union pour la Méditerranée », a indiqué l’ambassadeur d’Algérie en France, au Forum de Paris, ajoutant : « On ne peut pas, comme le faisait le Processus de Barcelone, continuer à prôner la libre-circulation des biens, des capitaux et des services et en même temps multiplier les restrictions, donnant ainsi aux populations impliquées le sentiment d’être exclues d’un processus qui les concerne au premier chef. » Et de plaider pour un « Schengen méditerranéen ». Par Nadjia Bouzeghrane De Barcelone à Paris : Histoire d’une idéeAprès le processus de Barcelone, voici venu le temps de l’union pour la Méditerranée (UPM), treize années d’efforts pour démontrer que l’Europe ne veut que du bien à ses voisins du Sud. Genèse… - Novembre 1995. Le partenariat Euro-Méditerranée, appelé processus de Barcelone, voit le jour en Espagne sous l’impulsion de l’Union européenne (UE). Il est composé des quinze pays historiques de l’Union et de dix pays du sud de la Méditerranée. Parmi les objectifs fixés à ce nouvel ensemble régional : impulser une dynamique de coopération et de dialogue politique entre les deux rives, mettre en place un partenariat économique et favoriser le dialogue social et culturel entre les peuples de la région. Pourtant, treize ans plus tard, de nombreux observateurs des deux rives concluent à un bilan mitigé, voire négatif, du processus. De leur point de vue, celui-ci n’a pas pris en compte les aspirations des peuples du sud. La persistance du conflit israélo-palestinien et les blocages qui caractérisent l’union du Maghreb arabe sont des éléments supplémentaires ayant contribué à l’échec de l’Euromed. - Mai 2003. Chancelant, l’UE veut booster le processus de Barcelone en panne. Elle met en place la Politique européenne de voisinage (PEV) et élargit la participation à trois nouveaux pays issus de l’Europe de l’est. (Ukraine, Belarus et Moldavie). Présentée comme une nouvelle phase historique de dialogue entre les pays d’Europe, du Maghreb et du Moyen-Orient, la PVE a renforcé le volet économique, à travers des accords de libre échange (ALE) entre les acteurs de cette politique. Mais cela n’a pas permis pour autant d’intensifier les échanges économiques entre les deux rives, bien au contraire, si les marchandises pouvaient circuler avec une facilité relative, les personnes, elles, subissaient les conséquences causées par l’espace Schengen. - Février 2007. Convaincu de l’enlisement du processus de Barcelone, Nicolas Sarkozy, candidat à l’élection présidentielle française, cherche une idée pour le supplanter et propose d’aller plus loin en créant l’union pour la Méditerranée. Dans un discours électoral, il a admis publiquement que « le processus de Barcelone est une erreur, car c’est la poursuite du dialogue nord-sud tel qu’il a été instauré après la colonisation ». Si l’idée a été favorablement accueillie par de nombreux partenaires, l’Allemagne et Bruxelles le voyaient d’un mauvais œil. Craignant d’être exclue, la chancelière allemande, Angela Merkel, exige de Sarkozy de revoir sa copie et d’ouvrir son projet à tous les pays de l’Union européenne. Vidée de sa substance originelle, l’union de la Méditerranée, telle que prônée par Sarkozy devient, en mars 2008, union pour la Méditerranée. Une nouvelle dénomination qui traduit les appétences ravalées d’un projet donné perdant d’avance. Par Yacine Farah Une politique à « géométrie variable »Qu’est-ce que le projet d’union pour la Méditerranée ? Quels sont ses fondements ? Son mode de fonctionnement ? Il s’agit d’un projet fondé sur une « logique de coopération et non sur une logique d’intégration », affirment ses promoteurs. « Le projet d’union pour la Méditerranée n’a pas vocation à se substituer aux procédures de coopération et de dialogue qui réunissent déjà les pays riverains de la Méditerranée, mais à les compléter, à renforcer leur visibilité en leur donnant une impulsion supplémentaire, une impulsion politique. » L’union pour la Méditerranée propose « une nouvelle méthode ». Elle part de « projets concrets » qui créeront une « dynamique complémentaire » à celles des processus existants. Les projets doivent répondre à deux principes : celui du « partenariat égalitaire » d’abord, exigeant que les projets soient « définis et proposés conjointement par les pays de la rive sud et de la rive nord » ; celui de la « géométrie variable » ensuite, permettant de « ne réunir sur un projet concret que les pays volontaires ». La révision du fonctionnement du processus de Barcelone sur une base paritaire ainsi que le lancement de projets de coopération concrets à dimension régionale sont supposés faire naître des solidarités entre les Etats participants. « L’union pour la Méditerranée (…) je la vois comme une union de projets, une union à géométrie variable où chacun participera comme il le souhaite », disait le président français. « L’union pour la Méditerranée repose sur un principe : combler le fossé entre un Nord plutôt riche et un bassin méditerranéen beaucoup plus pauvre. Le but ? Rétablir l’équilibre en assurant un espace de paix et de sécurité. Bref, nous cherchons à améliorer le dialogue entre les deux rives », explique Alain Le Roy, ambassadeur en charge du projet. Nicolas Sarkozy souhaitait que l’UPM soit dirigée par deux « coprésidents », l’un du nord et l’autre du sud de la Méditerranée. Il envisage d’être le premier président du Nord et que le premier président du Sud soit Mohammed Hosni Moubarak. Il souhaite également que le futur « secrétariat général » permanent soit localisé en Tunisie. La Commission européenne a fait savoir qu’elle refuse que Nicolas Sarkozy assure la présidence de l’UPM : pour Bruxelles, la France peut coprésider l’UPM, mais juste pendant les six mois de la présidence française de l’Union européenne. Par N. B.
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