Il y a un manque de visibilité dans le contenu de cette initiative

Union pour la Méditerranée : scepticisme autour du projet à Bruxelles

Samira Imadalou, La Tribune, 22 Avril 2008

Le projet de l’union pour la Méditerranée (UPM) lancé par le président français, Nicolas Sarkozy, en vue d’ouvrir une nouvelle étape de la coopération en Méditerranée, en conférant un nouvel élan au processus de Barcelone à travers le rapprochement entre ses participants est loin d’avoir convaincu, du moins les experts. Il y a un manque de visibilité dans le contenu de cette initiative qui vise au développement de nouveaux projets de dimension régionale : la dépollution de la Méditerranée risque ainsi d’attendre longtemps. Pour les experts, les choses restent floues. Adopté le 13 mars 2008 par le Conseil européen, soit treize années après le lancement du processus de Barcelone visant à rapprocher les deux rives de la Méditerranée, l’UPM fera l’objet d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne et des pays du pourtour méditerranéen le 13 juillet 2008 à Paris. Cette réunion se tiendra sur la base des propositions de la Commission pour définir les modalités de ce que l’on appellera «le processus de Barcelone : une union pour la Méditerranée».

Avant la tenue de cette rencontre, on parle d’«un gros pavé dans la mare» pour cette initiative d’autant qu’elle intervient dans une conjoncture particulière marquée par la multiplication des initiatives européennes à l’égard des pays de la rive sud de la Méditerranée, lesquelles ont pratiquement toutes échoué, de l’avis des experts rencontrés la semaine dernière à Bruxelles lors d’un séminaire organisé au profit d’un groupe de journalistes algériens par la Commission européenne. «Il y a embouteillage d’initiatives européennes pour la Méditerranée», estiment d’ailleurs les experts. Dialogue 5+5, processus de Barcelone ou le partenariat Euromed, 5+5, forum méditerranéen, politique européenne de voisinage sont parmi les projets initiés par l’Union européenne et dont les résultats sur le terrain sont loin d’être perceptibles. «Pourquoi donc l’UPM ?» s’interrogent les experts en la matière. Pour le professeur Bichara Khader, directeur du Centre d’études et de recherches sur le Monde arabe contemporain de l’université catholique de Louvain, ce projet est voué à l’échec. «L’UPM pourrait être un ratage définitif si les pays du Sud ne s’y prêtent pas», avertit-il. Le fait d’organiser une rencontre sur la question au sommet le 13 juillet prochain à Paris est «excessif». Car, selon le professeur Bichara, le projet est encore imprécis. Il s’agit, selon lui, de la Politique européenne de voisinage (PEV) en plus grand, alors qu’«il fallait opter pour une PEV en plus petit». Ce professeur a noté que l’idéal aurait été d’initier le projet avec les pays du Maghreb et l’Egypte avant de l’élargir à l’ensemble des pays de la rive méditerranéenne. «S’il y a une région qui pourrait être dynamisée grâce à l’UPM, c’est bien la région du Maghreb. Ces pays participent déjà à la Méditerranée occidentale, au forum de la Méditerranée, au dialogue OTAN-Méditerranée, au processus de Barcelone et à la PEV», rappellera le professeur Bichara. Mais sans une Union du Maghreb arabe effective, puisqu’elle n’existe que sur le papier, les choses ne fonctionneront pas. Les pays du Maghreb sont donc appelés à se préparer à faire face à l’UPM en œuvrant particulièrement pour l’intégration régionale. «D’autant plus que la mondialisation en cours exige de rompre avec les méthodes solitaires et les stratégies nationales frileuses et égoïstes pour que le Maghreb devienne partie prenante et non partie prise des évolutions du monde», explique l’expert.

L’autre question qui risque de compromettre l’UPM est le Sahara occidental. Une crise qui a tendu pendant de nombreuses années les relations de voisinage avec le Maroc. Le conflit arabo-israélien dresse également des obstacles qui risquent de bloquer le projet. «Et ce par ses débordements régionaux et ses retombées internationales», ajoutera le professeur Bichara. «Il s’agit donc de prendre en considération toutes ces problématiques pour garantir la réussite de l’UPM. Finalement, on a mis la charrue avant les bœufs», remarquera-t-il avant de relever dans le même sillage : «Les pays du Sud n’ont jamais été impliqués dans les projets européens mais ils n’ont fait que consommer et réagir.»

Retour sur les initiatives européennes
Dialogue 5+5 : enceinte informelle issue d’une idée lancée dans les années 1980, il comprenait à la base des pays du Nord (Portugal, Espagne, France et Italie) ainsi que les cinq pays de l’Union du Maghreb arabe (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye) des rives occidentales de la Méditerranée. Malte en est devenue le dixième membre en 1991. Après un début chaotique en 1990, des rencontres régulières se tiennent depuis 2001 au niveau des ministres des Affaires étrangères mais aussi de l’Intérieur. La Commission européenne y est désormais conviée depuis 2003.
Processus de Barcelone (ou partenariat «Euromed») : mis en place en 1995 entre l’Union européenne et différents pays méditerranéens afin de développer des relations plus étroites entre voisins, il regroupe les 27 pays de l’UE et 12 Etats du sud et de l’est de la Méditerranée : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Israël, Autorité palestinienne, Jordanie, Liban, Syrie et Turquie, l’Albanie et la Mauritanie ayant rejoint le processus en 2007. Il comporte 3 volets (politique et sécurité, économique et financier, social, culturel et humain) et prévoit notamment la mise en place d’une zone de libre-échange à l’horizon 2010, un programme de financement d’investissements (MEDA) et un volet bilatéral régi par une série d’accords d’association. Dans le cadre du processus de Barcelone, des outils informels ont été créés, comme le «forum méditerranéen». Le sommet de Barcelone de 2005, 10 ans après le lancement du processus, marque un échec retentissant, compte tenu de l’absence des pays arabes, hormis l’Autorité palestinienne. Seul un accord sur le lancement d’un plan d’action relatif à l’immigration clandestine y a été conclu.

Politique européenne de voisinage (PEV) : cette politique récente de l’Union européenne est une conséquence de l’élargissement de 2004. Elle vise à établir des relations privilégiées avec les pays voisins de l’Europe de l’Est, du Sud de la Méditerranée et du Caucase méridional qui n’ont pas de perspective d’adhésion. Développée dès 2003 pour partager avec les pays voisins les bénéfices de l’élargissement et éviter l’apparition de nouvelles divisions, la PEV s’inscrit dans le cadre de la stratégie européenne de sécurité. Mise en œuvre au moyen de plans d’action bilatéraux adoptés conjointement par l’UE et les pays concernés, elle se concentre sur la promotion de la démocratie, des libertés, de la prospérité, de la sécurité et de la stabilité, tout en allant au-delà des relations déjà établies avec chaque pays voisin. L’Algérie, après avoir rejeté cette proposition, l’a finalement approuvée lors de la visite de la commissaire européenne aux Relations extérieures à Alger, Mme Benita Ferrero-Waldner.
Cette étape sera suivie de l’établissement d’un plan d’action spécifique à l’Algérie.

Relations Algérie-UE : la primauté du bilatéral
De l’avis des experts rencontrés à Bruxelles, les relations entre l’Algérie et l’UE sont de nature distincte et semi-généraliste. Ces relations ont fluctué entre le réactif et le stratégique et sont beaucoup plus caractérisées par la primauté du bilatéral. L’accord d’association conclu entre les deux parties et entré en vigueur en septembre 2005 n’a pas eu les résultats escomptés, particulièrement sur le plan économique. «On a fait de l’accord d’association un ancrage politique et non économique», estime à ce sujet le chercheur Hakim Darbouche. Un autre expert ajoutera : «Il n’y a rien à faire valoir à l’actif de cet accord. On voulait beaucoup plus un signal politique.» En somme, l’accord n’a fait que permettre à l’Algérie de sortir de l’isolement, sans plus. Mais parallèlement, les deux parties ont arrêté un «mini-paquet» de projets pour intensifier leurs relations. En matière de droits de l’Homme, il a été décidé de recentrer la coopération à travers notamment la facilitation de la libre circulation des personnes. Il en est de même pour les questions énergétiques, les réformes économiques et la politique commerciale. Aussi, avec l’adhésion de l’Algérie à la PEV et au moment où le Maroc cherche à négocier un statut avancé, de nouvelles perspectives se dessinent pour les relations Algérie-UE.
De manière globale, les observateurs à Bruxelles estiment qu’après la décennie noire, les relations entre l’Algérie et l’UE ont regagné en intensité.

S. I.

 

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