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De l’UMA à l’UPM, les mythes politiques maghrébins
Algérie News, 12 juillet 2008
La réunion fondatrice de l’Union Pour la Méditerranée se tient au Paris au lendemain de l’adoption, à l’initiative de la France, d’une directive européenne fixant les modalités de la lutte contre l’immigration qualifiée de directive de la honte par les associations de défense des droits de l’homme. Les termes particulièrement connotés de cette directive défendue par Monsieur Hortefeux traduisent exactement la néo-fascisation rampante du discours et des pratiques d’une partie importante de l’establishment politique européen. Ce texte scandaleux qui a valu à l’Europe les plus vives critiques de la part de pays d’Amérique latine et de l’Afrique subsaharienne a pratiquement été passé sous silence dans les pays du Maghreb. Aucun des pays d’Afrique du nord et encore moins l’UMA, lugubre illustration de la réalité régionale, n’a exprimé de point de vue audible.
Un texte d’une teneur aussi consternante aurait-il été entériné avec une telle facilité si les pays du Maghreb avait adopté une attitude critique coordonnée ? A l’évidence, non. De nombreux européens, certains à des niveaux de responsabilité élevés, regrettent cette absence de réaction et déplorent l’inexistence d’un minimum de coopération maghrébine. Et c’est bien cette carence essentielle que met en exergue l’Union Pour la Méditerranée.
L’initiative française dont le changement de nature sous impulsion allemande a considérablement réduit les ambitions, n’a pas fait l’objet de la moindre coordination politique maghrébine. C’est dans la division et en ordre dispersé, chacun pour des objectifs étroitement nationaux, que nos pays ont adhéré, vaille que vaille pour certain avec enthousiasme pour d’autres, à la démarche. Plus que la réduction de voilure imposée par les allemands, c’est fondamentalement à ce niveau que les perspectives de coopération renforcée des deux rives de la méditerranée trouvent leurs limites mécaniques. Comment en effet concevoir rapidement et efficacement des projets ou des politiques régionales quand le préalable d’une entente maghrébine n’est pas atteint ?
Une position de négociation faible
La position de négociation des maghrébins est directement obérée par l’impossibilité d’atteindre un consensus minimal ne serait-ce que dans le domaine économique. A l’exception remarquable des aspects sécuritaire, il n’existe aucune coordination opérationnelle entre les trois pays. Le marché régional est très fragmenté, entre fermeture des frontières terrestres et méfiance réciproque généralisée. Dans une telle disposition des intérêts en présence, l’agenda européen prévaudra donc naturellement sur les priorités régionales. En d’autres termes, les politiques d’intégration se décideront au nord selon les critères définis par les européens.
Pour reprendre le titre d’un ouvrage célèbre en son temps de l’économiste André Tiano, le Maghreb est plus que jamais entre les mythes. Celui, encore opérant, de son unité historique pensée par les authentiques élites politiques ayant présidé aux luttes de libérations et le mythe bureaucratique de l’arrimage individuel des pays à des structures et des rationalisations extérieures.
Après un demi-siècle d’indépendances formelles, le constat est facile à dresser : l’autoritarisme qui prévaut au sud de la méditerranée empêche radicalement l’expression des forces et des acteurs démocratiques dont la logique naturelle est celle du rapprochement entre les peuples. L’opinion ne s’y trompe pas, la rue maghrébine sait parfaitement que les chauvinismes nationaux sont entretenus par des systèmes qui n’ont d’autre projet que de perpétuer la rente politique dont ils bénéficient indûment. De ce point de vue, l’UPM représente pour les pouvoirs en place, une couverture politique internationale dont ils ne peuvent se passer malgré une contrepartie israélienne difficile à assumer publiquement. Ce qui explique largement le profil plutôt bas adopté par les officiels des trois pays.
Intégration marginale
Le soutien le plus bruyant apporté à l’UPM au Maghreb est le fait d’élites politiques en rupture avec les attentes sociales et d’affairistes qui entrevoient dans la nouvelle structure l’opportunité de se brancher sur des pompes budgétaires additionnelles. On retrouve pour les plus sincères, la disposition d’esprit qui conduit à penser que l’intégration marginale à des stratégies globales peut être un vecteur de modernisation pan-maghrébine. Dans le même ordre d’idées de ceux qui croyaient naïvement que le FMI par ses programmes d’ajustement structurel allait transformer les économies…
Mais au-delà de la communication, le lancement fastueux de l’UPM ne change rien au fait que cette structure n’est qu’une variation sur le thème plutôt défraichi du processus de Barcelone. Ce processus dont les résultats sont des plus modestes a butté sur son absence de substance politique et sur l’inexistence d’interlocuteurs capables d’activer les ensembles régionaux. De surcroit les préoccupations européennes - containment des flux migratoires et sécurisation des approvisionnements énergétiques - ne coïncident absolument pas avec celles de sociétés bloquées dans leur développement démocratique et social. Dans ce contexte général, on peut valablement se demander en quoi les populations maghrébines et leurs élites représentatives sont concernées par des constructions institutionnelles qui ne se greffent pas sur une dynamique régionale. Le mythe de l’UPM remplacera-t-il celui de l’UMA ?
Saïd Mekki
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Politique européenne |