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Relations internationales : «L'effet Sarko»par Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 26 mai 2008 L'Amérique de Bush a décidé de donner un chèque en blanc au président français Nicolas Sarkozy pour son projet pour la Méditerranée. «L'Union pour la Méditerranée, c'est intéressant parce que c'est l'effet Sarko, c'est à la mode», dit l'un de ses analystes. Il s'agit du Dr Ian O. Lesser, conseiller spécial à la Fondation Marshall des Etats-Unis, chargé d'études stratégiques et internationales, que l'Institut national d'études de stratégie globale (INESG) a invité hier pour animer une conférence à l'hôtel Hilton d'Alger, ayant pour thème « Stratégies européenne et américaine en Méditerranée: entre concurrence et complémentarité ». A Washington, dit-il, « la Méditerranée n'est pas à l'ordre du jour comme c'est le cas de la Chine, de la Russie ou de l'Iran ». Par contre, elle l'est, selon lui, en Europe pour tout ce qui est « sécurité, émigration clandestine, énergie... ». Américains et Européens « n'ont pas les mêmes priorités ». En plus, « il est difficile pour nous de parler le même langage pour ces questions-là, » dit Lesser. Cependant, il réajuste son discours « du point de vue de la perspective américaine » pour souligner que « la Méditerranée, c'est la route pour le Moyen-Orient, la région du Golfe, c'est l'antichambre des régions stratégiques comme les régions centrales de l'Asie... ». La Méditerranée est ainsi, selon lui, « d'une importance capitale parce qu'elle est le chemin pour y parvenir ». Les priorités américaines dans cette région sont tout de suite listées par le conférencier: « La sécurité, le Sahara Occidental, l'immigration, le trafic de personnes, les Balkans (sur l'autre rive), les relations avec la Turquie (qui est un grand acteur dans l'équation irakienne), avec la Libye, le Moyen-Orient, ce sont toutes des questions méditerranéennes ». Il est donc persuadé que « la Méditerranée ne peut pas appartenir à un système unipolaire mais multipolaire », en comptant avec les intérêts des Etats-Unis, ceux de la Chine, de l'Inde (dont l'arsenal nucléaire est là), de la Russie. « Nous allons vers un multilatéralisme pour traiter toutes ces questions », indique-t-il. Au passage, il fait savoir qu'« il existe un équilibre au sein de l'OTAN sur ces questions, avec en préférence celles de défense, du terrorisme et de l'investissement en énergie ». «L'effet Sarko, c'est à la mode»
Dans ce contexte « globalisé », Lesser se laisse parler de l'Union pour la Méditerranée (UPM) qui, « à la différence du processus de Barcelone, sur lequel je doute que beaucoup de personnes connaissent, l'UPM, c'est intéressant parce que c'est l'effet Sarko, c'est à la mode ». Il dit mieux: « Les Etats-Unis donnent beaucoup d'importance à Sarkozy, il est très ouvert, il nous intéresse ». Parce que, précise-t-il, « ce n'est pas moindre que la France soit le plus important partenaire dans la région, elle est le point central du projet ». Pour lui, Paris « remet le Sud à l'ordre du jour ». C'est d'autant plus important à ses yeux quand il lâche: « Il y aura inévitablement un effet cascade de la force nucléaire de l'Iran sur la Méditerranée ». L'Iran est pour lui « un grand pays qui se prend au sérieux, les Etats-Unis sont menacés par le nucléaire iranien et non israélien, ils le sont par le Hezbollah qui effraie les gens, l'implication de l'Iran au Moyen-Orient complique le paysage ». Il estime ainsi que « ce n'est pas facile de trouver une solution au conflit israélo-arabe. C'est dur aussi parce que le peuple israélien est cynique et le peuple palestinien est dans une situation chaotique ». Mais surtout parce que, selon lui, Téhéran refuse de coopérer avec Washington sur le dossier. Son rappel d'une coopération qui a été possible: « L'élimination des talibans par les Etats-Unis au profit de l'Iran ». Il fait même dans l'anecdote: « Les diplomates américains disent à ceux iraniens: nous vous avons débarrassés des talibans: pourquoi vous ne nous aidez pas en Irak ? ». Lesser note avec insistance que « l'insécurité économique est la question principale pour les Américains ». Il explique ses effets d'entraînement. « La crise des subprimes a de grands effets sur leur économie mais est gérable, bien sûr. Mais les effets sont à craindre sur les relations multilatérales. Imaginons un accord bilatéral entre Israël et un autre pays (NDRL: la Syrie). On va tirer un prix fort de tout cela ! Et ça va changer tout le dialogue méditerranéen ». Il espère au passage une forte adhésion à l'OTAN qui, selon lui, « se fera à partir du Sud, c'est un défi clé ». Pour toutes ces questions, le conférencier américain estime que « les Etats-Unis pourraient élaborer une stratégie de la Méditerranée avec l'Europe ». En plus, ajoute-t-il, « la France est un partenaire clé dans tout cela, elle est presque similaire aux Etats-Unis. Nous pouvons utiliser nos forces pour influencer le monde ». A partir de là, tout devient possible et, laisse dire Lesser, « les questions méditerranéennes deviennent importantes comme l'énergie, la sécurité, la Turquie pour laquelle il ne faut pas de politique unidimensionnelle ». Il pense pour cela à une interaction entre les gouvernements occidentaux, les ONG, le secteur privé... ».
«L'autodétermination ne fait plus partie de notre vocabulaire»
Interrogé sur l'évolution de la crise irakienne après les élections présidentielles américaines, il répond: « Il y aura un changement pour l'Irak, non pas dans le sens de l'intérêt national mais dans la gestion de l'administration. Obama va être concentré sur les droits de l'Homme et la sécurité économique, alors que Mac Cain prendra tout son temps pour changer, lui est lent et Obama est rapide ». Et même, selon lui, si « Bush est devenu (certes) impopulaire, mais normalement les démocrates pourront remonter la pente, vous savez ce n'est pas facile de trouver une solution à ce conflit ». Il dit aussi: « Si nous Américains savons quand nous devons quitter l'Irak, la solution à la crise est politique, ce sont les Irakiens qui doivent la trouver, nous avons besoin de coopération avec la Turquie et l'Iran pour qu'elle ne devienne pas une crise régionale ». Il revient sur l'Iran et lâche: « Un des facteurs qui affecte notre politique en Irak, au Liban, dans le conflit israélo-palestinien, c'est l'Iran, à propos duquel nous avons un débat actif s'il faut intervenir dans ce pays ou pas ». Possibilité de création d'un Etat palestinien avant la fin du mandat de Bush ?. « Ce serait magnifique mais il faut beaucoup de temps », répond-il. Le Sahara Occidental est cette autre question sur laquelle le conférencier a été interrogé. « L'administration et le Congrès américains ont soutenu le plan du Maroc. Pour eux c'est nouveau, ça paraît un début de solution », a-t-il dit pour justifier le soutien de Washington à Rabat. Mais il signale encore: « Nous n'avons pas eu de débat ouvert sur le problème, ce n'est pas une grande priorité pour les Etats-Unis ». Pour lui, « si l'Algérie présente des solutions à ce conflit, on pourrait s'y intéresser ». Relancé par Smaïl Hamdani, l'ex-chef du gouvernement, Lesser affirme encore: « Les Etats-Unis soutiennent le plan marocain parce que, durant une décennie, ça été l'impasse. Soudain, un plan est proposé, c'est nouveau pour les Américains, il est vrai qu'ils sont très proches du Maroc du fait de son rôle très important dans la guerre froide. Il y a beaucoup de lobbying qui se fait à ce sujet, mais ce n'est pas une priorité pour nous ». Le soutien américain à Rabat et à sa proposition d'une autonomie pour le peuple sahraoui, Lesser l'explique aussi simplement: « Parce que nous n'utilisons plus le mot autodétermination, ça ne fait plus partie du vocabulaire, ça ne veut pas dire qu'on ne fait pas attention. Regardez le Kosovo, mais il faut reconnaître que le référendum n'a jamais eu lieu, c'est une frustration pour les Marocains et les Américains, ils veulent que ça s'arrête». L'Africom fera dire à Lesser que « nous pouvons développer des politiques de défense en Afrique, mais il n'y aura pas de présence militaire en Afrique du Nord. L'Africom va rester à Stuttgart ». L'adhésion de l'Algérie à l'OMC n'est, dit-il, « pas chose impossible. Les Etats-Unis et d'autres pays vont l'aider, il lui reste des questions comme l'environnement et autres de normes pratiques, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de problèmes ». Le conférencier a pris le soin, au moment où il répondait aux questions, de souligner qu'il ne représentait pas le gouvernement américain.
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www.algeria-watch.org
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