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Kadhafi ne sera pas de la fête à Paris : Les raisons de bon sens du «guide»par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 13 juillet 2008 Le colonel Mouamar Kadhafi est devenu africaniste par dépit du monde arabe. Dans les années où les Occidentaux lui imposaient un embargo, ce sont les Etats africains, et non les pays arabes, qui ont été les plus solidaires. Cette réorientation africaine a permis de réduire la portée de l'isolement international qui frappait Tripoli. Cette période, révolue puisque les hommes d'affaires occidentaux font antichambre dans les hôtels libyens, n'a pas fait du «guide» un démocrate, son arabisme s'est un peu flétri, mais son africanisme s'est affirmé. Et s'il est aujourd'hui le seul chef d'Etat «africain et arabe» à bouder les fastes du lancement de l'Union pour la Méditerranée, cela ne relève ni d'une lubie ni d'une volonté de se distinguer à tout prix. Mme Angela Merkel, au nom de l'unité de l'Europe, a entrepris de torpiller - et avec grand succès - le projet initial d'Union méditerranéenne (circonscrit aux pays méditerranéens). Pour elle, même un lointain Etat du nord de l'Europe, la Finlande, est concernée par la Méditerranée. Le discours de la dame de fer allemande a donc été simple et clair: toute l'Europe ou rien. C'est ce discours unitariste que reprend à son compte, le colonel Kadhafi en estimant que, pour lui également, c'est tout le monde arabe et toute l'Afrique ou rien. Pourquoi en effet, l'Europe serait-elle tout entière impliquée dans un projet dans lequel, au sud, il n'y aurait que des morceaux d'Afrique ou du monde arabe. Certes, il faut bien le constater: si Mme Merkel a pu imposer ses vues à Nicolas Sarkozy, c'est parce que l'Europe existe et Paris ne pouvait se permettre de lancer un projet sans en avoir l'assentiment. A contrario, si Kadhafi n'a pas entraîné dans son rejet ses partenaires nord-africains et arabes, cela tient aussi à l'inexistence ou à la faiblesse des entités politiques incarnées par l'UMA, la Ligue arabe ou l'Union africaine. L'argument ne manque pas de poids, mais il n'enlève rien à la pertinence intellectuelle et politique du colonel Kadhafi qui d'ailleurs ne se prive pas de prédire que l'UPM «sera complètement un échec». Le guide a d'ailleurs sorti, vendredi, la grosse artillerie en mettant en relief l'exploitation potentielle de ce projet de l'UPM par les islamistes radicaux. «Je crois que ce projet d'Union pour la Méditerranée ne ferait que favoriser l'immigration clandestine et le terrorisme, et donner une justification aux islamistes extrémistes pour mener des attaques djihadistes. Ces extrémistes vont l'expliquer comme une croisade contre la colonisation européenne». Au demeurant, le colonel Kadhafi, lui-même, soupçonne dans ce projet des relents impérialistes d'un autre âge. «Nous allons avoir un autre empire romain, ainsi qu'un plan impérialiste. Il existe des cartes et des plans impérialistes que nous avons déjà connus et nous ne devons pas accepter d'en connaître à nouveau». Si le colonel n'a pas réussi à convaincre ses pairs de s'abstenir, il n'hésite pas à leur envoyer des piques furieuses. Une barrière avancée contre l'Afrique«Il est inconcevable que je vienne dire à mon propre pays, ainsi qu'à mon peuple, que je forme une union avec Israël. Cela est très dangereux ... Nous les Arabes, n'avons pas été en mesure de nous unir. Comment pouvons-nous donc former une union avec l'Ecosse, la Scandinavie ou Israël ?». Mais c'est surtout en leader africain que se positionne le colonel Kadhafi en prenant en charge l'inquiétude ouvertement exprimée par le président sénégalais Abdoulaye Wade de voir les pays d'Afrique du Nord détachés du reste du continent par une Europe qui lorgne sur les ressources énergétiques et sur les ressources humaines qualifiées du Sud. Abdoulaye Wade a en effet mis en garde contre l'idée d'une Union méditerranéenne: «Si elle se fait, va permettre à l'Afrique du Nord d'être arrimée à l'Europe. C'est une barrière qui isole l'Afrique au sud du Sahara et il faut que les Africains en soient très conscients». C'est sans doute en écho à ces critiques, qui ne manquent pas de bon sens, que le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a estimé que l'Union des pays méditerranéens doit être «un relais entre l'Europe et l'Afrique». Le colonel Kadhafi et plusieurs autres responsables africains y voient surtout une nouvelle barrière avancée de l'Europe contre une Afrique, soupçonnée de vouloir les submerger. Kadhafi, en toute logique, a décidé que la Libye, à défaut de pouvoir la gâcher, ne sera pas de la fête à Paris. |
Politique européenne | ||||
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