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Le sommet de l'Union pour la Méditerranée a eu lieu hier Fiesta maximale pour un projet sans «fonds»par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 14 juillet 2008 Nicolas Sarkozy a eu sa fête. Les chefs d'Etat et de gouvernement de 43 pays étaient, hier, au Grand Palais à Paris, autour de la table ronde du sommet de l'UPM coprésidée par le président français et le chef d'Etat égyptien Hosni Moubarak. Comme prévu, le colonel Mouamar Kadhafi, qui n'a pas cessé de dire tout le mal qu'il pense de l'UPM, n'était pas de la fête. Comme ce n'était pas prévu, le roi du Maroc, Mohammed VI, qui ne disait que du bien de l'UPM, était absent. Il sera représenté par son frère, le prince Moulay Rachid. La présidence française s'est évertuée à minimiser le faux bond de dernière minute du souverain marocain en faisant valoir son enthousiasme pour le projet. Il reste que si l'on est «enthousiaste», on ne boycotte pas, d'où les questions sur les motivations du faux bond du roi du Maroc: dépit de ne pas être retenu comme siège du secrétariat de l'UPM, absence d'engagement ferme de l'Europe pour doter le royaume d'une relation privilégiée avec l'UE ? On en saura peut-être davantage dans les prochains jours. Cela n'a pas empêché le président français, heureux de sa réussite diplomatique, d'appeler les participants «à regarder ensemble vers l'avenir». Le président français a eu, à sa table, presque tout le monde. Bachar Al-Assad, le Syrien, passant du statut de «méchant» à celui d'interlocuteur privilégié à qui l'on demande même d'aider dans le dossier nucléaire iranien, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a d'excellentes raisons de se méfier d'une UPM destinée à servir de compensation au veto, exprimé par Nicolas Sarkozy «himself», à l'entrée de la Turquie à l'Union européenne, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui a attendu le sommet du G8 au Japon pour confirmer sa venue. Et, sans surprise, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, qui contre les faits a affirmé que les «Israéliens et Palestiniens n'ont jamais été aussi proches d'un accord de paix». Si tel est le cas, et au vu de la destruction de toute possibilité d'un Etat viable en Palestine en raison de l'extension régulière des colonies, il faudra s'inquiéter pour Mahmoud Abbas. Mais il fallait bien profiter de la messe parisienne pour faire du marketing. Il est vrai aussi - et la rage non cachée des «amis d'Israël» le montre -, c'est le président syrien, Bachar Al-Assad, qui a été la grande vedette de ce sommet. Quel retour, en effet, après avoir été pratiquement mis au ban par Paris, après l'avoir été par l'Amérique de Bush. Le séjour parisien fait grincer les dents et son éventuelle participation au défilé du 14 Juillet continuait de faire polémique. François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste français, rageait hier de la «reconnaissance internationale à peu de frais» obtenue par le président syrien. Le monde ne changera pas en un jourC'est que le président syrien, en termes de «communication», sait également y faire. L'annonce à la veille du sommet de l'UPM de l'ouverture d'ambassade entre Damas et Beyrouth montre qu'il sait mettre en valeur les opportunités tout en offrant du plaisir à l'hôte français. En fait, tout le cérémonial d'hier a été un exercice de communication avec ses professions de foi et ses grands mots. Au rêve qui commence «à devenir réalité» de Bernard Kouchner au très sobre «l'UPM ne va pas changer le monde en un jour» du ministre suédois des Affaires étrangères. En quelques années ? Les sceptiques ne peuvent que constater que les projets officiellement identifiés n'ont toujours pas connu l'ébauche d'un mode de financement. Après la fiesta parisienne, le réel risque de reprendre le dessus. Si l'Union européenne a mis la main sur le projet pour le vider carrément de sa substance, c'est bien parce qu'elle répugne à mettre la main à la poche. Sans compter une Allemagne qui a des intérêts réels au sud de la Méditerranée n'entendait pas abandonner le marché aux «méditerranéens». Où prendre le fric ?
Le financement des seuls projets relatifs à la dépollution de la Méditerranée nécessite la mobilisation de plus de 2 milliards d'euros. Comment financer les projets ? On aura entendu des déclarations allant dans tous les sens y compris des projections très hypothétiques sur le recours aux fonds souverains du Golfe. Ce qui est sûr est que l'Europe ne le veut pas et elle s'est arrangée, en cadrant sévèrement le projet dans le processus décevant de Barcelone, pour qu'il en soit ainsi. Le président Abdelaziz Bouteflika en a fait d'ailleurs le constat dans l'entretien accordé à l'APS: «Ayant bouclé ses équilibres financiers jusqu'en 2013, l'Union européenne ne prévoit pas, à court terme, d'engagements financiers importants. Cette attitude n'est pas sans susciter des interrogations légitimes sur la volonté réelle de l'UE de contribuer de manière décisive à la mise à niveau des pays de la rive sud de la Méditerranée. Il est seulement prévu que des ressources devront être mobilisées par les pays concernés par les projets y compris à travers le recours au marché des capitaux». Après la fête, on va découvrir que ce sont les fonds qui manquent le plus. |
Politique européenne | ||||
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