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LA COMMISSION EUROPÉENNE NE VEUT PAS DE HOULE EN MÉDITERRANÉE
Les fantasmes non accomplis du couple Sarkozy-Kouchner
De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari, Le Soir d'Algérie 21 mai 2008
Hier, à Bruxelles, la Commission européenne a défini ce que devra être — ou ne pas être — l’Union pour la Méditerranée. Une lecture s’impose : Bruxelles a humilié le président français en le renvoyant aux fondamentaux de l’UE. D’un mot : ni la Méditerranée, ni l’Europe ne sont la France.
Le 13 juillet prochain à Paris, le président français se retrouvera devant une coquille vide. Son fantasmagorique projet d’Union méditerranéenne, recadré par l’Allemagne pour devenir Union pour la Méditerranée, vient d’être, hier, encore écorné, vidé du contenu que voulait lui donner N. Sarkozy. La Commission européenne a, en effet, recommandé — décidé serait tout autant une formulation exacte — de coller l’UPM au processus de Barcelone. Même l’intitulé devrait en référer à la capitale catalane, selon les experts européens. Il n’est donc pas du tout exclu qu’à la mi-juillet, l’on sorte avec un nouveau cadre baptisé, tout simplement, «processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée». Plusieurs commissaires de l’UE ont, en tout cas, hier, plaidé en ce sens. Et l’humiliation ne s’arrête pas là pour le sanguin et atypique locataire de l’Elysée. Les 27 ont trouvé une formule imparable, magique pour l’empêcher de co-présider, au nom de la rive nord, le nouvel assemblage. En indiquant le strict respect du traité de Lisbonne, Bruxelles barre la route à Sarkozy. Selon le texte fondamental lisboète, ce sont le futur président du conseil de l’UE et le président de la Commission qui feront fonction, par le pays hôte, du nouvel ensemble. Le président français ne peut prétendre à la fonction qu’à la fin de 2008 et s’il y a consensus. En fait, les commissaires européens, aussi perfides que vigilants, obligent les responsables français à emprunter une petite porte. Les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent, pourtant, pas là pour le malheureux président français. Plusieurs pays européens émettent des réserves importantes quant à l’attitude de Paris par rapport à plusieurs dossiers méditerranéens. Il est reproché à la diplomatie française son alignement sur les thèses d’Israël concernant la question palestinienne et sur celles des Etats- Unis sur le Liban. «On ne peut pas, nous a déclaré, hier, à Bruxelles, une source autorisée, vouloir un consensus dans le pourtour méditerranéen, et ignorer le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza et même l’Autorité palestinienne à Ramallah». L’étrange numéro du tandem Sarkozy-Kouchner consistant à distribuer les postes, au nom de l’Union pour la Méditerranée, un secrétariat permanent par-ci pour Tunis, un secrétaire général par-là pour Rabat, une co-présidence pour Moubarak et quelques autres broutilles pour d’autres dociles élèves, a fini par exaspérer Berlin, Londres, Rome et Madrid. Emmenés par la chancelière allemande, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, ont donc clairement indiqué à la France que l’Union pour la Méditerranée n’est pas, ne saurait pas être autre chose qu’un prolongement, un complément du processus de Barcelone. Selon des sources traditionnellement crédibles et informées, la Turquie ne tardera pas à annoncer sa non-participation à la parade du 13 juillet de Paris. Encore un camouflet pour Sarkozy ! Il est donc à parier que les jours et semaines qui viennent, le président français dépêchera à Alger d’autres émissaires, après Michèle Alliot-Marie et Bernard Kouchner, pour tenter de convaincre de la présence de Bouteflika à la grand-messe. Histoire de ne pas perdre totalement la face. On parle, déjà, ici de l’arrivée imminente à l’aéroport Houari-Boumediene de Rachida Dati et de Fadéla Amara. La garde des Sceaux de mère algérienne et la génitrice du plan «anti-glandouille» pour les banlieues, dont les deux parents sont du bled, arriveront-elles à réussir là où les grosses pointures hexagonales des affaires étrangères et de l’intérieur ont échoué. N. Sarkozy en est réduit, pour bluffer le président algérien, à faire appel à la l’incantation parentale, «daâwat el walidine». Celle de la mère de Dati et des parents de Amara.
A. M.
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Algérie, chasse gardée de la France
Politique européenne
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