Mourad Medelci explique les exigences algériennes au Jeune Indépendant

Comment l’Algérie a secoué la conférence de l’UPM à Marseille

De notre envoyé spécial à Marseille, Nordine Mzalla, Le Jeune Indépendant, 8 novembre 2008

Un peu éclipsée par les élections présidentielles aux Etats-Unis, la conférence de l’Union pour la Méditerranée qui s’est tenue la semaine dernière dans le sud de la France a été le théâtre d’une tension diplomatique des plus graves où notre pays, l’Algérie, parmi 43 nations participantes, aurait failli remettre en question tout le processus. Retour sur une journée pas comme les autres.

Une information plutôt grave traverse la vaste salle du centre de presse du palais du Pharo à Marseille où se tient la conférence de l’Union pour la Méditerranée ce mardi 4 novembre. L’Algérie serait revenue sur ce fragile consensus annoncé en grande pompe par Javier Solana la veille et rejetterait le contenu de la déclaration finale. Nombre de collègues journalistes tentent alors de nous approcher, nous les représentants de la presse algérienne, espérant nous arracher une interprétation, une hypothèse confirmant ce couac diplomatique algérien. Soudain, un représentant du quai d’Orsay, apparemment informé de l’état d’avancement des travaux de la plénière, vient déclarer que tout se passe au mieux et qu’un consensus est imminent. J’attends donc que cet émissaire s’apprête à rejoindre la salle des négociations pour l’aborder en catimini. Je susurre à ce haut fonctionnaire des Affaires étrangères français que nous avons appris le veto algérien, en prenant soin de signaler mon appartenance au Jeune Indépendant, quotidien d’information d’Algérie. Pas mécontent que la question lui soit posée en aparté, le diplomate rétorque avec un ton empreint de complicité : «C’est vrai mais c’est une histoire de forme, une volonté algérienne de laisser certaines questions au niveau des présidences des Etats qui est ici exprimée par le ministre algérien...»
Quelques heures plus tard, un point de presse général est animé par les représentants des coprésidences Bernard Kouchner et Abou El-Gheit pour annoncer triomphalement le succès de la conférence. S’ensuit alors l’énumération des points de convergence qui ont permis le consensus et que nous avons rapportés dans une précédente édition. Mais un entretien qu’a bien voulu nous accorder notre ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, à l’issue des travaux, vient apporter un éclairage nouveau, enrichi du point de vue de la partie algérienne manifestement la plus attentive à la continuité dans l’esprit de la déclaration de Paris marquant la naissance de l’UPM.

Le Jeune Indépendant : Peut-on dire, M. le Ministre, que la conférence d’aujourd’hui a été un succès comme l’ont annoncé les représentants des coprésidences Bernard Kouchner et Abou El-Gheit?

Mourad Medelci : Vous savez, la construction de l’UPM doit être appréhendée sur trois plans distincts, à savoir le niveau politique, le niveau institutionnel et le niveau des projets. En ce qui concerne le niveau politique, la partie arabe reste cohérente pour une participation pleine et entière de la Ligue arabe Il a fallu convaincre les autres, ce qui est une réussite en soi. Par ailleurs, le contentieux au Proche-Orient s’est décliné en termes de crise mais aussi en termes de solution, notamment celle trop longtemps écartée dite «initiative arabe de Beyrouth en 2002» et que l’on a remise sur la table en l’intégrant comme orientation dans ce document final. Au niveau institutionnel, il y a manifestement un retrait de la Tunisie par rapport à la question du siège, laissant place aux candidatures de Malte et de Barcelone. Pour des raisons multiples et objectives, Barcelone a retenu la quasi-unanimité des avis favorables.
Quant au secrétariat général, le principe d’une présidence du Sud qui restera au sud a été notre cheval de bataille et nous l’avons obtenu. Pour l’instant, la candidature jordanienne a été enregistrée mais il y en aura certainement d’autres. Enfin, il y a le niveau des projets communs de développement qui pourront nous permettre de parler de réussite ou non lorsqu’on les prendra en main pour leur réalisation.

L’Algérie pourrait-elle se proposer pour le premier secrétariat?

L’Algérie, comme beaucoup d’autres pays, ne s’est pas exprimée sur le principe de sa candidature, mais cela n’est pas exclu non plus.
Ce n’est pas l’essentiel ici. Nous avons surtout mis l’accent sur la nature du secrétariat selon la Déclaration de Paris, c’est-à-dire avec un secrétariat léger, limité à un secrétariat général et un poste d’adjoint à la rigueur, mais d’autres ont proposé cinq ou six secrétariats adjoints...
Cela n’est pas encore tranché, entendons-nous bien là-dessus. Par contre, l’appellation de Processus de Barcelone a été abandonnée au profit de l’UPM avec cette idée d’un nouveau départ autour de projets concrets.

Justement, qu’en est-il des projets et de leur financement puisque l’Algérie, par la voix du président Abdelaziz Bouteflika s’est clairement interrogée sur cet aspect?

Il faut rappeler, en premier lieu, que le financement de l’UPM aura deux aspects d’envergure, celui du fonctionnement, et le document que nous avons élaboré est clair, comme par exemple les budgets inhérents au siège et à ses activités qui seront à la charge de l’Espagne, et celui des projets.
Au nombre de six pour l’instant, ils seront financés en grande partie par des appels aux crédits en impliquant des acteurs économiques qui y trouveront leur intérêt avec un premier apport de lancement octroyé déjà par l’Union européenne à hauteur d’environ 80 millions d’euros. Une quote-part de 20 % qui ne règle pas le problème, mais l’espoir c’est que ces projets sont dans des secteurs prometteurs et doivent susciter l’intérêt. Du côté algérien, je l’ai dit officiellement, les six projets nous intéressent, que ce soit le solaire, les autoroutes maritimes ou autres.
D’ailleurs, je dirai même mieux : nous avons déjà pris des initiatives avant cette idée d’UPM, à l’instar de la dépollution de la Méditerranée que notre entreprise Sonatrach a décidé de prendre en charge en créant une société spécialisée dans l’intervention rapide en cas de marée noire ou d’autre catastrophe polluante.

M. le Ministre, reste-t-il un aspect dans cette Union pour la Méditerranée qui pourrait encore gêner l’Algérie et tempérer par conséquent son implication?

Nous avons regardé ce projet dans les yeux ; nous avons considéré ses aspérités et ses contraintes, mais nous savons que cette union peut permettre de relever des défis. Néanmoins, l’Algérie garde ce pragmatisme qui consiste à attendre la phase de réalisation des projets pour constater l’efficacité de cette union qui rassemble 43 pays, ce qui est considérable.
C’est à ce moment-là que nous pourrons évaluer l’équité, l’équilibre Nord-Sud qui est l’élément central des exigences défendues par la position algérienne. N. M.

 
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