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Economie : La Méditerranée bloquéePar Saïd Mekki, http://www.djazairnews.info/05-28.pdf , 21 mai 2008
Les dernières décisions de la Commission européenne ont pour effet de réduire considérablement la dimension institutionnelle de la future Union pour la Méditerranée voulue et plutôt maladroitement promue par la présidence française. L'opposition résolue de l'Allemagne, appuyée par ses partenaires du nord de l'Europe, a de fait replacé cet ambitieux projet dans la perspective plus modeste du processus de Barcelone de partenariat euro-méditerranéen lancé en 1995. Mais, tous les observateurs en conviennent, le bilan de ce processus est assez peu significatif. A l'issue de treize années de mise en œuvre, les résultats sont plutôt mitigés pour ne pas dire décevants. Organisée autour de trois piliers, politique, économique et culturel, cette démarche, financièrement articulée autour des programmes MEDA, s'est révélée grandement inefficace. Sa faible visibilité médiatique est révélatrice de sa portée. Au plan économique, Barcelone n'a abouti qu'à la signature d'accords d'association bilatéraux des pays du sud avec l'Union européenne et s'est traduit par une allocation budgétaire, consolidée sur les douze ans, inférieure à neuf milliards d'euros. L'impact sur les populations et les économies de la rive sud est imperceptible. En ce sens, et malgré ses ambigüités, le projet de l'Union pour la Méditerranée pouvait représenter un cadre de redynamisation et de reformulation d'une intégration régionale dont l'urgence n'est pas à démontrer. Mais, au delà des cadres politiques ou institutionnels, ce qui frappe l'ensemble des observateurs n'est pas tant la difficulté à organiser la coopération multilatérale entre les deux rives mais l'incapacité des pays du sud d'organiser un minimum d'espace économique commun. Cette incapacité pénalise lourdement l'activité au sud et obère un potentiel de synergie pourtant bien réel. De fait, le poids économique relatif de la rive sud tend à régresser d'année en année. Lors du bilan réalisé pour l'anniversaire des dix ans du partenariat euro-méditerranéen en 2005, la Commission européenne avait observé que même si l'Union européenne reste le principal partenaire commercial de la région (plus de 50% du commerce régional est à destination de l'UE), le plus important investisseur étranger et le principal bailleur de fonds (3 milliards par an), la coopération économique interrégionale atteint seulement 15% de son potentiel et reste la moins élevée au monde pour une région de cette taille. Ainsi, le constat n'est pas particulièrement encourageant et les perspectives ne semblent pas meilleures. Les responsabilités devant cet échec sont partagées. De fait, les stratégies européennes en matière de création d'un espace régional font l'impasse sur l'inégalité croissante du développement économique et s'inscrivent dans une perspective « court-termiste » de densification des échanges et surtout sur les volets non directement économiques comme la lutte contre l'immigration illégale et le containment du terrorisme. Or, il est patent que le problème central, auquel sont confrontés les pays du sud, est celui du développement. Les déclarations d'intention pas plus que les thérapies de choc et les conditionnalités techniques des accords d'associations n'ont pas eu d'effets concrets sur ce terrain. La croissance reste très insuffisante et la création d'emplois très en deçà des nécessités sociales. Il ne fait guère de doute que tant que le développement ne sera pas inscrit au cœur de la démarche, toutes les tentatives de construction d'un espace commun seront fortement handicapées. Il ressort donc clairement que les difficultés insurmontables qui empêchent la création d'un espace économique commun au sud (les affres de l'UMA en sont la meilleure illustration) couplées à la conception commerciale et sécuritaire du nord tendent à former un mur infranchissable entre les intentions et leur traduction dans la réalité. L'UPM, telle qu'initialement souhaitée par le Président français, aurait elle pu changer le cours des choses ? Il est permis d'en douter tant le flou politique – les intentions réelles - et l'imprécision des contours économiques ont caractérisé le lancement de ce projet. Mais, l'UPM avait au moins le mérite non négligeable de replacer l'enjeu méditerranéen au cœur du débat… Saïd Mekki |
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