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Un ancien haut responsable des cisterciens épingle Alger
Massacre de Tibhirine : nouvelle version
Ouest-France,
24 janvier 2003
Alger a-t-il vraiment
joué le double jeu dans l’affaire du massacre des moines
fran-çais de Tibhirine ? C’est la conviction de l’ancien
procureur général des cisterciens qui donne, aujourd’hui,
sa version des événements sanglants de mars 1996. Les faits
sont restés dans toutes les mémoires : dans la nuit du 26
au 27 mars 1996, sept moines cis-terciens trappistes français (dont
le père Célestin, originaire de Nantes) sont enlevés
dans leur monastère de Tibhirine près de Médéa.
On les retrouvera massacrés et déca-pités moins.
de deux mois plus tard. Leur exécution est attribuée aux
Groupes islamis-tes armés (GIA) qui exigeaient un échange
de prisonniers et ne l’avaient pas obtenu.
Cette version des faits est désormais largement contestée.
Elle le fut d’abord dans un livre de René Guitton, journaliste
éditeur. Puis, récemment, par un ancien membre de la Sécurité
militaire algérien, Abdelkader Tigha, affirmant dans les colonnes
de Li-bération (23 décembre) que les moines avaient, en
réalité, été enlevés par les services
secrets algériens.
Aujourd’hui, l’ancien procureur général des
cisterciens, le père Armand Veilleux, apporte de l’eau au
moulin de cette thèse en publiant sa version des faits dans Le
Monde daté de vendredi. Selon lui, « la présence des
moines de Tibhirine embarrassait singulièrement les chefs militaires
et ils désiraient depuis longtemps leur départ. L’entêtement
des moines à rester les agaçait. Le fait que “les
frères de la montagne” venaient se faire soigner par le frère
médecin les troublait encore plus ». En clair, Al-ger ne
supportait pas que les moines puissent soigner des rebelles blessés
ou des mem-bres de leurs familles.
D’où l’idée de l’enlèvement qui
aurait été confiée à Zitouni, un islamiste
devenu agent double de la Sécurité militaire algérienne
(SM). « L’intention de ceux qui avaient organisé cet
enlèvement était de les faire “libérer”
par l’armée dans les jours suivants », explique le
père Veilleux. Le but aurait été le même que
pour le « vrai faux enlèvement » de trois fonctionnaires
du consulat français à Alger en 1993 : « Convaincre
les hommes politiques et le peuple français des dangers de l’islamisme,
d’une part, et de l’efficacité des services secrets
algériens ainsi que de la fidélité de l’Algérie
à la France, d’autre part. »
Mais l’affaire tourne mal. « Zitouni n’avait pas sur
l’ensemble des groupes islamis-tes armés l’autorité
qu’il croyait ou voulait avoir, ou celle que la Sécurité
militaire pensait qu’il avait », souligne l’ancien procureur
des cisterciens, reprenant ainsi la thèse d’Abdelkader Tigha.
« II s’est fait rafler ses otages par un autre chef islamiste,
Abou Mosaâb. »
Par la suite, toutes les démarches faites par la SM algérienne
et la DST française échoueront. Pour aboutir finalement
au massacre. À l’époque, une mission avait même
été confiée au préfet Marchiani (suite à
une proposition de Chartes Pasqua à Jacques Chirac) mais le Premier
ministre Alain Juppé n’avait pas appuyé cette initiative,
préfé-rant accorder sa confiance à la DST et à
la DGSE. « Les services français ont été très
impliqués dans l’affaire, écrit aujourd’hui
le père Veilleux. Ils peuvent — ils doivent — en dire
plus. »
Pierre TANGUY.
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