Grève générale dans la fonction publique à partir d’aujourd’hui

« Vingt syndicats, une seule action »

El Watan, 13 avril 2008

Vingt syndicats autonomes ont unifié leurs rangs pour un débrayage national à partir d’aujourd’hui.

Douze sont affiliés à la Coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique (CNSAP) et huit à l’Intersyndicale autonome de la Fonction publique (IAFP). Ces organisations syndicales sont convaincues que « seules la convergence des luttes syndicales sur le terrain et l’unité d’action de l’ensemble des syndicats autonomes de la Fonction publique pourront créer un rapport de force pour obliger les pouvoirs publics à répondre aux revendications justes et légitimes des travailleurs de la Fonction publique ». La situation sociale en Algérie est marquée depuis le mois de janvier 2008 par une série de grèves des travailleurs de la Fonction publique pour la défense de leur pouvoir d’achat, le refus de la nouvelle grille des salaires, l’exigence d’une revalorisation du point indiciaire et la défense des libertés syndicales. Toutefois, ce qui nourrit actuellement la grogne des fonctionnaires, selon les secrétaires généraux de ces syndicats, c’est l’absence de médiation sociale. Ce qui sous-entend le refus du gouvernement de prendre en charge les conflits sociaux conformément à la législation du travail. Concrètement, les mécanismes réglementaires, à savoir la médiation, la conciliation, le dialogue et l’arbitrage, pour gérer les conflits sociaux existent, mais ils ne sont pas mis en œuvre par le gouvernement. Ce dernier, de l’avis des initiateurs de l’action de contestation de deux jours, fait entorse à sa propre réglementation et accuse par-là même les syndicats autonomes de faire dans l’agitation. « Propos anodins et irresponsables », déclare le porte-parole de ces syndicats. Se voulant plus pragmatiques et efficaces, les syndicats autonomes ont élaboré une plateforme de revendications commune exprimant leur refus de la nouvelle grille des salaires de la Fonction publique. Ils demandent une augmentation substantielle du point indiciaire afin d’avoir un salaire de base qui correspond aux aspirations légitimes des fonctionnaires, l’abrogation de l’article 87 bis, l’intégration des contractuels de la Fonction publique, la défense des libertés syndicales et du libre exercice du droit syndical.

Sit-in et rassemblements

Les revendications concernent aussi le respect des conventions internationales de l’OIT n°87-98-135 ratifiées par l’Algérie ainsi que le respect de l’article 15 de la loi 90-14, c’est-à-dire la non-ingérence de l’administration dans les affaires internes des syndicats. Ces derniers s’inquiètent aussi de l’absence de débat autour du statut particulier et du régime indemnitaire. « Le gouvernement a apparemment renvoyé aux calendes grecques ces dossiers. Il a précipité l’application de la nouvelle grille des salaires avant la promulgation du statut particulier, mais face à la pression des syndicats autonomes, le pouvoir s’est rendu compte qu’il a commis une injustice envers les fonctionnaires. Il a alors injecté une indemnité complémentaire pour pallier les incohérences », a indiqué M. Lemdani de l’intersyndicale. Abondant dans le même sens, M. Mériane de la coordination fera part des inquiétudes des travailleurs quant à la suppression de la prime de rendement individuelle qui représente 40% du salaire de base. Tout en rappelant que les augmentations sont dérisoires, notre interlocuteur déplore le fait que les allocations familiales dans la nouvelle grille des salaires aient baissé de 300 DA pour chaque enfant. D’aucuns estiment que le gouvernement doit cesser de marginaliser les syndicats autonomes en privilégiant le dialogue, seul moyen de régler les questions litigieuses. Les syndicats rappelleront que la grève d’aujourd’hui et les actions de protestation déclenchées précédemment sont le résultat du refus des pouvoirs publics d’ouvrir des négociations et un dialogue social serein et constructif avec les organisations représentatives de la Fonction publique autour de la plateforme de revendications commune des fonctionnaires. Les syndicats regrettent que les pouvoirs publics continuent à privilégier la politique du monologue et des intimidations, de la répression par l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire pour remettre en cause le droit de grève garanti pourtant par la Constitution et recourt aux ponctions sur salaires des grévistes. Des sit-in et des rassemblements sont au menu de ces journées de débrayage. Les syndicats tablent sur une paralysie générale au niveau des secteurs les plus stratégiques. Demain, les meneurs de grève se rendront au Palais du gouvernement pour demander à la chefferie du gouvernement l’ouverture d’un dialogue et à l’APN pour interpeller les élus du peuple quant à la précarité et l’érosion du pouvoir d’achat qui accélèrent le désarroi des fonctionnaires algériens. Pour ce qui est de la journée du 15 avril, les délégués syndicaux structurés au sein de l’intersyndicale tiendront un rassemblement devant la chefferie du gouvernement.

Nabila Amir


Adhésion du RCD…

El Watan, 13 avril 2008

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a exprimé, hier, par le biais d’un communiqué de presse, son soutien à l’appel de grève de trois jours lancé par les syndicats autonomes de la Fonction publique. « Le RCD réaffirme son soutien pour le pluralisme syndical et soutient un appel à la grève d’autant plus légitime que l’état des recettes publiques ne justifie en rien la dégradation continue des conditions de vie des Algériens », souligne le parti de Saïd Sadi, rappelant que le RCD a demandé l’ouverture d’un débat au sein de l’Assemblée populaire nationale (APN) sur la question du pouvoir d’achat. En vain. Puisque « les autorités en charge du dossier ont refusé d’aborder ce sujet qui préoccupe des millions de familles », regrette le RCD. Plus grave, continue le parti, le gouvernement, en violation de la Constitution, rejette tout contact avec des responsables d’organisations syndicales démocratiquement élus. Pour le RCD, « la démocratie sociale appelle respect des lois par tous, transparence dans la gestion des affaires publiques et équité dans la redistribution de la richesse nationale ». C’est le sens des actions engagées par les syndicats autonomes, conclut le parti, relevant qu’il est du devoir de tous les patriotes d’y adhérer.

… et soutien du FFS

Le Front des forces socialistes (FFS) a déclaré, hier, soutenir « les revendications légitimes des travailleurs et l’appel unitaire émanant des syndicats autonomes » pour une grève de trois jours. Dans son communiqué, le FFS dit partager l’analyse de la situation économique et sociale faite par ces syndicats, se félicite des convergences graduelles qui s’élaborent et se concrétisent par cette action unitaire entre les différents syndicats. « Le FFS pense que cette action de protestation et cette unité d’action sont de nature à faire barrage aux forces qui veulent organiser l’échec de la société politique et l’échec de la société civile », indique le parti, dénonçant les menées répressives et les harcèlements judiciaires contre les mouvements sociaux autonomes, au nom de « l’ordre et de la légalité ». Enfin, le FFS souligne que le peuple algérien ne doit pas payer le prix des politiques aventureuses qui compromettent l’avenir du pays et qui se décident en dehors et contre la population.

M. R.


Propos

El Watan, 13 avril 2008

Méziane Mériane, président du Syndicat national des personnels de l’enseignement secondaire et technique (Snapest)
- Les pouvoirs publics ont fait la sourde oreille à toutes les doléances des syndicats autonomes. Ils font preuve d’un véritable mépris envers les syndicats qui demandent un salaire décent. Nous avons rejeté la grille des salaires qui a été proposée mais rien n’a été fait dans ce sens. Aujourd’hui, ils disent que le salaire de base des enseignants du secondaire est de l’ordre de 26 000 DA. Or, l’indemnité d’expérience professionnelle (IEP) a été calculée par rapport à l’ancien salaire de base. La prime de rendement individuelle a été, quant à elle, complètement occultée. Cela montre qu’ils n’ont pas l’intention de relever le niveau des salaires, il s’agit uniquement d’un réaménagement (…) Il y aura une très grande mobilisation des enseignants du secondaire car cette rémunération ne répond pas à leurs attentes. La procédure pour entamer les trois journées de protestation a été respectée, ils ne pourront pas déclarer notre grève illégale. »

Rachid Malaoui, représentant de l’intersyndicale de la Fonction publique
- Le principe d’un syndicat est de faire évoluer la situation. Il ne faut pas baisser les bras devant cette campagne de déstabilisation. Nous avons lancé notre mouvement de protestation. Que les travailleurs y adhèrent ou pas, l’essentiel est que nous avons assis notre rôle de contrepoids. Dans un mois, la révolte sera encore plus importante. Les salaires proposés ne reflètent pas le niveau de vie des Algériens. Ceux qui en bénéficient le plus sont les fonctionnaires en fin de carrière. Ce sont de prochains retraités. De plus, la grille a été faite de façon précipitée. En tout cas une chose est sûre : si les protestations des fonctionnaires n’avaient pas eu lieu, il n’y aurait jamais eu d’augmentation de salaires.

Ali Lemdani, représentant du Conseil national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest)
- « Nous ne faisons pas cette grève de gaieté de cœur, elle nous a été imposée. Les augmentations de salaires sont insuffisantes par rapport au niveau du pouvoir d’achat. Compte tenu du dérapage inquiétant de l’inflation des produits de large consommation et l’incapacité du gouvernement à jouer son rôle de régulateur, il est certain que la grève connaîtra un grand engouement de la part des enseignants du secondaire. Le gouvernement ne montre aucun signe d’ouverture ou de dialogue envers les syndicats autonomes. Il y a là un grand paradoxe : d’un côté, il prêche le dialogue et la sagesse et, de l’autre, il fait tout pour nous mettre à l’écart. Le gouvernement préfère négocier avec un appareil qui a perdu toute crédibilité. Cela a causé un profond sentiment d’indignation dans les rangs des enseignants. Ils ont été affublés d’agitateurs, d’aventuriers et d’irresponsables alors qu’ils sont, avant tout, des pédagogues et des éducateurs (…) La grève d’aujourd’hui est historique car elle va fédérer toutes les forces syndicales. »

Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (Snpssp)
- Notre revendication principale est d’ouvrir un dialogue responsable avec la chefferie du gouvernement. Le syndicat des spécialistes praticiens prévoit de se déplacer lundi au Palais du gouvernement pour demander audience au chef du gouvernement afin de discuter de nos problèmes. Actuellement, l’on est en train de leurrer l’opinion publique avec des mesures prises avant même la promulgation des statuts particuliers. Ils nous mettent ainsi devant le fait accompli. Le fond du problème n’est pas réglé. Lorsqu’on est spécialiste praticien ayant un bac+12, on ressent comme une insulte le fait de recevoir une augmentation de 4200 DA. Il n’y a pas meilleur moyen de mépriser l’élite de ce pays. Au lieu d’encourager les fonctionnaires, ils sont en train d’abattre le secteur public. La publication des grilles de salaires à l’initiative de l’UGTA est inadmissible. Pourquoi ne publierait-on pas les salaires des responsables de la centrale syndicale, ceux des députés et des ministres ?

Amel B.

  Luttes syndicales  
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