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Suite à une plainte déposée par le ministère de la santé Les infirmiers suspendent leur grèveEl Watan, 19 février 2008 Le mouvement de protestation des paramédicaux a été arrêté hier par une décision de justice. Dimanche soir, le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) a reçu la visite d’un huissier de justice signifiant que la grève entamée le 17 février dernier n’était pas conforme à la loi, le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière ayant déposé plainte en référé auprès de la cour d’Alger. Le département de la santé n’en est pas à sa première plainte contre un syndicat autonome. Dans une conférence de presse tenue hier à Alger, le secrétaire général du SAP, visiblement satisfait de la réussite de la grève, a affirmé que le formidable mouvement de protestation des paramédicaux ne s’arrêtera pas là. En enclenchant la machine judiciaire, a-t-il expliqué, la tutelle a attisé la flamme des protestataires. Mais pour l’heure, le syndicat des paramédicaux préfère surseoir à son mouvement de protestation. Le conseil national du syndicat devra se tenir dans une quinzaine de jours. Il y aura certainement d’autres actions de protestation », promet M. Ghachi, secrétaire général du SAP. Il enchaîne : « Au départ, le ministère de la Santé n’a pas mesuré l’ampleur de la grève. C’est la raison pour laquelle il a réagi tardivement. Si c’est une grève illégale, pourquoi a-t-il attendu que le mot d’ordre soit lancé pour le dire ? » Selon le secrétaire général du syndical des paramédicaux, l’argument du ministère de la Santé n’était pas « solide ». « Nous avons été fortement déçus par le ministère de tutelle. Il nous reproche le fait de ne pas avoir prévenu l’inspection du travail. Le fait est que notre syndicat couvre tout le territoire national, nous n’avons donc pas jugé utile de déposer le préavis de grève auprès de l’inspection du travail puisque nous l’avions déjà remis au ministère du Travail et à celui de la Santé dix jours avant la grève », plaide M. Ghachi. Ce dernier s’est insurgé contre les mesures visant à intimider les contestataires. « Je ne comprends pas pour quelles raisons les grévistes de la centrale syndicale n’ont jamais eu à subir des ponctions sur salaires. Dès que les syndicats autonomes enclenchent une grève, ils font face à ces intimidations. Qu’ils prennent tout le salaire, s’ils le souhaitent, notre mouvement ne s’arrêtera pas », assène-t-il. Initialement prévue pour les 17, 18 et 19 février, la grève lancée par le SAP a mobilisé un grand nombre de paramédicaux. A l’hôpital Salim Zmirli, à Alger, les paramédicaux grévistes nous ont expliqué que cette protestation était un « cri d’alarme ». « Nous demandons, ont-ils souligné, une amélioration de nos conditions socioprofessionnelles, une meilleure formation et une rémunération digne de notre métier. C’est dans l’intérêt des malades que nous nous battons. » A. B.
Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique « La dignité n’a pas de prix »Chaque année, ils sont plusieurs milliers de praticiens spécialistes à quitter le pays vers des cieux plus cléments. Pour seulement l’année 2007, près de 700 praticiens ont fui l’Algérie pour s’installer au Canada et en France. Actuellement, 7000 spécialistes algériens de renommée exercent dans la région parisienne. Ce départ massif de l’élite algérienne vers l’étranger est la conséquence d’une mauvaise gestion du secteur de la santé publique. Elle est aussi le résultat d’une politique de désengagement qui a détruit un secteur figurant parmi les plus sensibles et qui a vu défiler à sa tête en l’espace de neuf ans six ministres, chacun ayant tenté de le remodeler à sa manière. « Nous faisons partie de l’élite de l’Algérie, nous sommes la cheville ouvrière du secteur de la santé. Nous sommes les universitaires ayant le cursus le plus important du pays, mais les 6000 spécialistes existant à travers le territoire national sont complètement marginalisés et méprisés », regrette Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), lors d’une conférence de presse animée hier à Alger. Le conférencier s’est étalé sur les anomalies constatées au niveau du statut particulier, sur le non-respect des textes de lois, sur le cabinet noir... « Nous avons demandé des audiences et des séances de travail au ministre de tutelle mais il n’a jamais répondu à nos sollicitations, nous avons alors décidé de nous adresser à lui à travers la presse. Les portes du dialogue étant fermées, nous interpellons M.Tou via les médias », a tonné Dr Yousfi en estimant que les réformes engagées dans le secteur de la santé et sa mise à niveau ne sauraient aboutir sans une prise en charge « réelle » des doléances des professionnels de la santé. L’Etat, selon l’orateur, a investi beaucoup d’argent dans la modernisation des structures de santé et l’acquisition de matériels modernes, mais peu de moyens, en revanche, ont été consacrés aux professionnels de la santé et à l’élément principal qui est pourtant la locomotive de ces réformes, à savoir les praticiens. Revenant sur le statut du praticien spécialiste, Dr Yousfi a souligné que son syndicat rejette dans le fond et dans la forme la mouture envoyée par le ministère de la Santé à la Fonction publique, et qui n’est pas, selon lui, celle élaborée par la commission mixte (ministère de la Santé - SNPSSP). Le cabinet noirL’orateur parle dans ce cadre d’un cabinet noir et de casseurs qui ont élaboré dans l’obscurité un autre statut qui a été remis à la Fonction publique. « Nous nous demandons aujourd’hui si la mouture initiale élaborée par la commission mixte a été présentée au ministre de la Santé. Le ministre est-il au courant de l’existence du document confectionné par des étrangers à la commission », s’est-il interrogé en avançant que ces casseurs ont opéré le même procédé en 2004. « Il y a une volonté délibérée de saboter le secteur. On veut sa mise à mort. Il y a des collaborateurs au niveau du ministère qui veulent casser notre travail. Nous condamnons ces pratiques et nous exigeons de la tutelle la récupération de la mouture adressée à la Fonction publique », fera remarquer Dr Yousfi. Evoquant le plan de carrière des praticiens, Dr Yousfi a rappelé que des concours de passage du 1er au 2e et au 3e corps, selon l’échelle de grades appliquée chez les praticiens spécialistes, devaient se tenir déjà fin 2004, mais ils n’ont pas eu lieu jusqu’à présent en raison d’obstacles bureaucratiques. L’autre point noir est la prime d’intéressement qui n’a jamais été octroyée en dépit d’un texte de loi dans ce sens. « Le ministre nous a fait la promesse en 2005 de faire de ce dossier une affaire personnelle, il a saisi le chef du gouvernement qui a ordonné son règlement. La Fonction publique n’a pas réagi alors que nous sommes en 2008 et les concours n’ont pas encore eu lieu, pénalisant ainsi des dizaines de spécialistes », a déploré l’orateur qui ne comprend pas qui « gère quoi dans ce pays ». Dans ce contexte et en tentant de répondre à certaines interrogations, Dr Yousfi justifie ce procédé par le complexe des collaborateurs de la santé vis-à-vis d’eux, de l’incompétence de certains collaborateurs, d’où la rétention. L’autre problème évoqué par le porte-parole du syndicat est celui du manque de locaux pour les syndicats. « Le SNPSSP ne dispose que d’un siège national, bien que la loi 90/14 soit claire à ce sujet et qui stipule que tout employeur doit mettre des locaux à travers le territoire national à la disposition d’un syndicat agréé », a-t-il dit en précisant que les 6000 praticiens spécialistes que représente le syndicat et qui exercent au niveau de 200 hôpitaux, de 32 établissements hospitaliers spécialisés, de 13 centres hospitalo-universitaires sont mobilisés et viscéralement engagés pour défendre la santé publique, car il y va de tout le système de santé et de l’intérêt du citoyen algérien. « Nous demandons au ministre de respecter ses engagements et de rendre justice à ces praticiens qui n’ont jamais abandonné leur poste. Dans le cas contraire, le syndicat usera de tous les moyens pour s’imposer, car la dignité du praticien n’a pas de prix », a martelé Dr Yousfi qui rappela que le syndicat qu’il représente est partie prenante de la grève de trois jours prévue pour les 24, 25 et 26 février. Nabila Amir
Le mouvement se durcit à l’Est- A Constantine, la grève des travailleurs de la santé, affiliés au Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), entamée dimanche dernier, est montée d’un cran hier lors de la seconde journée, qui a été marquée par un taux de participation de 95% au CHU de la ville, selon les chiffres avancés par le bureau du SAP qui a organisé dans la matinée une marche à laquelle ont pris part plus de 450 paramédicaux. Les animateurs du mouvement affirment que l’hôpital de Zighoud Youcef, la clinique rénale de la cité Daksi et celle de cardiologie de la cité Erriadh ont été complètement paralysés. Pour sa part, le directeur du CHU, Salim Zermane, qui considère cette grève comme un mouvement illégal, vu que les démarches imposées par la loi n’ont pas été respectées, rejette la version des syndicalistes du SAP et affirme que tous les services de son établissement ont assuré leurs prestations d’une manière ordinaire. Il a précisé, en outre, que seuls 15% des paramédicaux, toutes catégories confondues, sur un personnel de 1569 travailleurs de cette corporation, exerçant au niveau du CHU, ont pris part effectivement à cette grève, soit 235 travailleurs. De son côté, le SAP parle de pressions de la part des surveillants médicaux des services de gynécologie, de gastro-entérologie et de dermatologie alors que des intimidations ont été exercées par l’administration à l’encontre des grévistes, en menaçant d’effectuer des ponctions sur les salaires. - A Sétif, le personnel paramédical du CHU de la ville a répondu favorablement à l’appel à la grève. Le taux d’adhésion, pour les deux premières journées (17 et 18 février), s’élève à 98%. La totalité des paramédicaux de l’hôpital Saâdna Abdenour, des cliniques mère-enfant, d’ophtalmologie et d’ORL ont participé à cette action de protestation. Les programmes opératoires n’y échappent pas non plus, assurant le minimum au niveau de tous les services, particulièrement celui des urgences, par un personnel qui arbore le brassard avec l’inscription « En grève ». Ainsi, le malade n’est pas pénalisé. Par ailleurs, des gestes de soutien et de sympathie émanent de toutes les autres catégories des professionnels de la santé, à l’exemple d’un communiqué de la section syndicale du secteur de Sétif d’obédience UGTA. La position de la tutelle met de l’huile sur le feu, et les syndicalistes dénoncent la position de cette dernière qui, malgré toutes les promesses faites aux paramédicaux depuis 2006, continue de faire la sourde oreille à toutes leurs revendications. Il convient de signaler qu’un infirmier s’occupe de 40 malades, alors que 5000 postes budgétaires ont été annoncés en 2006, pourtant aucun recrutement n’a été effectué à ce jour. - A Mila, la grève des paramédicaux est montée d’un cran, en ce deuxième jour, a-t-on constaté au niveau des unités hospitalières du secteur sanitaire de Chelghoum Laïd. Le personnel paramédical des deux hôpitaux 120 lits de Chelghoum Laïd et de Oued Athmania, des urgences médicales et de la maternité a répondu positivement au mot d’ordre de grève. Le taux d’adhésion a été situé entre 60 et 95%, le service minimum ayant été assuré. En revanche, « les secteurs sanitaires de Ferdjioua et Mila n’auraient enregistré aucune perturbation », selon les affirmations de la directrice de wilaya de la santé. Une opinion non partagée par la coordination de wilaya du SAP qui, par la voix de son secrétaire général, Rachid Siari, considère que « les travailleurs des deux pôles sanitaires affiliés au SAP ont suivi le mouvement de protestation dans une proportion qui oscille entre 30 et 40% ». - A Jijel, la deuxième journée de la grève des paramédicaux, au niveau des trois secteurs sanitaires de la wilaya, a été aussi bien suivie, selon les estimations des syndicalistes du SAP. Pour le secteur sanitaire de cette ville, un animateur du SAP nous dira que le taux de suivi avoisine les 80%. Il ajoutera qu’au niveau de l’Eph de Jijel, le personnel du service de traumatologie et du bloc opératoire travaille normalement. A Taher, la situation, dont il nous a été fait part, parle d’un taux de suivi qui dépasse les 80%, alors que pour El Milia, les estimations disponibles pour le seul établissement hospitalier donnent une cinquantaine de grévistes pour un total de 64 paramédicaux, soit une adhésion de 78,12%. Nous avons appris, par ailleurs, qu’au niveau d’El Milia, le personnel du service pédiatrie n’a pas adhéré au débrayage. Pour sa part, le directeur de la santé, de la population et de la réforme hospitalière a avancé un taux de suivi de la grève pour l’ensemble de la wilaya de 39%. - A Annaba, sur les 2704 paramédicaux que dénombre le secteur de la santé dans la wilaya de Annaba, 174 ont répondu à l’appel du SAP. Ils sont axés principalement sur le secteur sanitaire de Annaba et celui de la commune de Chetaïbi. Ce qui n’est pas le cas au niveau des différentes unités du CHU de Annaba, où la quasi-totalité des paramédicaux est affiliée à l’UGTA. Très rares, sinon personne, ceux qui s’affairaient à accomplir leur mission d’assistance aux malades, lesquels ne semblent pas être au courant de ce mouvement de débrayage de 3 jours. « Le ministre de la Santé est interpellé à l’effet de réhabiliter notre corporation et celle de toutes les autres activités directement liées à la prise en charge des malades », expliquera un paramédical de Chetaïbi. Correspondants
La grève largement suivie à BoumerdèsLa grève des paramédicaux a été largement suivie dans la wilaya de Boumerdès. Hier, ils sont venus des trois secteurs sanitaires de la wilaya participer au sit-in organisé dans l’enceinte de l’hôpital de Thenia. Le porte-parole du syndicat au niveau de cette wilaya nous a déclaré que la grève a été suivie à 85% au niveau de Boumerdès. « Dès le premier jour, nous avons enregistré un suivi appréciable de la grève. Nous avons appris que le ministère a adressé des correspondances aux DSP leur enjoignant de ‘‘prendre des mesures’’ à l’encontre des grévistes, car il considère que notre protestation est illégale. Nous n’allons pas céder à la pression et nous considérons ce comportement comme une intimidation. Mais nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de notre combat », nous a déclaré hier Boualem Goumètre. R. K. |
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