Alors que la crise interne au sein du CNES perdure

Protestation des enseignants du supérieur : suivi partiel du mouvement

Par Karima Mokrani, La Tribune, 25 février 2007

Suivi mitigé du mouvement de protestation organisé hier par la section syndicale du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) à l’Université des sciences et des technologies Houari Boumediène (USTHB Bab Ezzouar). «Nous avons fait tous les cours», affirment des étudiants en biologie. «Nous avons fait deux cours seulement», soutiennent d’autres en sciences exactes et technologies. Alors qu’une étudiante en science de la nature et une autre en mathématiques se plaignent des «grèves à répétition» à l’université de Bab Ezzouar : «Aujourd’hui encore, les professeurs sont en grève. Nous ne pouvons plus supporter cela. Mettez dans votre journal que les étudiants de l’université de Bab Ezzouar en ont marre des grèves à répétition. Nous avons été sérieusement perturbés l’année dernière, nous ne voulons pas l’être davantage cette année […].» Difficile d’évaluer le taux de suivi du mouvement. Interrogé sur la question, M. Farid Cherbal, représentant du CNES, est catégorique : «Le taux de suivi est de 60% à l’USTHB Bab Ezzouar.» Ailleurs, poursuit notre interlocuteur, «le mouvement a été suivi à 50% à l’INA. Il a été aussi bien suivi à l’EPAU. C’est aussi le cas à l’USTO (Oran). Alors qu’à Jijel et Mascara, les examens de tronc commun ont été reportés». M. Cherbal affirme que «cette première journée de protestation a pour but d’alerter les pouvoirs publics sur la dégradation dramatique du pouvoir d’achat et des conditions socioprofessionnelles des enseignants du supérieur. L’objectif est aussi de rappeler que cela fait dix ans que les enseignants du supérieur se battent pour la satisfaction de leurs revendications socioprofessionnelles. Deux autres journées de protestation sont prévues la semaine prochaine, les 4 et 5 mars, et trois autres, la semaine suivante, les 13, 14 et 15 mars. Les sections à l’origine du mouvement de protestation appellent l’ensemble des enseignants du supérieur, dans tous les établissements universitaires du pays, à se mobiliser pour «amener le ministère de tutelle à un processus crédible d’élaboration du statut avec la participation la plus large des enseignants». Leurs revendications portent sur «une augmentation spécifique des salaires, l’élaboration d’un statut de l’enseignant-chercheur, la démocratisation de la gestion de l’université, la prise en charge du problème du logement et enfin le respect des libertés syndicales». A souligner toutefois que la crise organique qui secoue le CNES depuis l’année dernière est toujours d’actualité. Le ministre M. Rachid Haraoubia ne reconnaît que l’aile dirigée par M. Ali Boukaroura qu’il considère comme «le coordinateur légitime de l’organisation au niveau national». Dans une récente déclaration à la presse, M. Rachid Haraoubia a appelé ce dernier à «mettre un terme aux agissements de certaines branches de son organisation», allusion aux initiateurs du mouvement, à leur tête M. Farid Cherbal. «Il y a une crise organique au sein du CNES. Cette crise ne concerne que les adhérentes et les adhérents du CNES», a affirmé hier M. Cherbal, en réponse aux mises en garde du ministre.

K. M.


Intervenant sur les ondes de la radio nationale

Le ministre estime la grève illégale

Rachida Merkouche, La Tribune, 25 février 2007

«La grève des enseignants du supérieur est illégale», a déclaré hier à la radio le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à propos de la grève cyclique déclenchée depuis hier par la Coordination nationale des sections CNES. Le mouvement de protestation a été décidé par la coordination lors de la réunion qui s’est tenue les 8 et 9 février derniers en réponse aux réunions des 21 et 22 décembre de l’année écoulée, durant lesquelles, selon cette même coordination, «le Conseil national, qui a pourtant fait un constat d’échec des rencontres avec le ministère, a révélé une impuissance à proposer une action à la mesure de ce constat et de l’attente des enseignants». La réponse à ce mouvement est venue de la bouche du ministre qui a appelé jeudi dernier, lors de la rencontre avec les recteurs des universités, le coordinateur national du CNES, M. Boukaroura, à «mettre un terme aux agissements de certaines branches de son organisation», avant de relever l’illégalité de la grève. «La coordination n’existe pas dans la loi, et en tant que ministère, nous appliquons la loi», a souligné le responsable de la communication au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Benhamouda, qui a mis l’accent sur le désaveu du CNES par rapport à la grève. Sans compter, a-t-il estimé, que la coordination n’a pas déposé un préavis de grève. De son côté, le coordinateur national du CNES, M. Boukaroura, a dégagé la responsabilité de son organisation, affirmant que celle-ci «n’est concernée ni de près ni de loin par cette grève».
A travers son action, la coordination nationale montre sa détermination à s’imposer et inciter la tutelle à associer les enseignants dans l’élaboration de leur statut. Elle compte «amener le ministère, dans un délai raisonnable, à un processus crédible d’élaboration du statut avec une participation plus large des enseignants». Réagissant au mouvement de grève, l’Organisation nationale des étudiants algériens (ONEA) a, par la voix du président de son bureau national, M. Hamza-Cherif Kamel Chawki, affirmé le refus des étudiants d’«être les otages d’une lutte entre la tutelle et les professeurs. Nous reconnaissons le droit légitime à la grève, mais les enseignants qui ont déjà bénéficié d’une augmentation de salaire pourraient patienter jusqu’au mois de juin puisque le chef du gouvernement a promis de prendre en charge leurs revendications à cette échéance».

R. M.

   
www.algeria-watch.org