Yahia Chouihat. Président du bureau régional du Sud de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef)

La semaine prochaine, le Sud sera paralysé

El Watan, 22 février 2013

L’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef) prévoit une grève de trois jours à partir de lundi dans les régions sud pour dénoncer les conditions socioprofessionnelles de l’éducation. L’Unpef appelle aussi d’autres secteurs (santé, administration…) à se joindre à ce mouvement.

-Vous allez entamer une grève de trois jours à partir du 25 février. L’Unpef veut-elle faire adhérer le maximum de syndicats à cette démarche ?

L’ensemble des travailleurs de l’éducation, tous paliers confondus, sont appelés à débrayer les 25, 26 et 27 février. A l’initiative de l’Unpef, les autres secteurs sont également invités à rejoindre notre protestation. Pour le moment, les psychologues, les praticiens de la santé, les paramédicaux, les administrations publiques et d’autres syndicats de l’éducation adhéreront à ce mouvement. Le Sud sera paralysé. Nous ne comptons pas nous limiter, cette fois-ci, au secteur de l’éducation seulement. Nous n’ignorons pas que les travailleurs d’autres secteurs souffrent, au même titre que nous, des mauvaises conditions de travail. Les wilayas concernées sont Tamanrasset, Adrar, Tindouf et Illizi pour le grand Sud ; Béchar, El Bayadh, Laghouat, Ghardaïa, Ouargla, El Oued, Biskra pour le moyen Sud et quelques communes de Batna, M’sila et Djelfa pour la région des Hauts-Plateaux.

-La prime du Sud et celle de la zone sont essentiellement vos principales revendications…

Les décrets régissant la prime du Sud 95-28, 95-300 et 95-330 concernant respectivement le grand Sud, le moyen Sud et partiellement les Hauts-Plateaux n’offrent pas les mêmes avantages à tous les personnels. La prime varie entre 40 et 100%. Pour les détails, elle est de 80 à 180% pour le grand Sud, de 40 à 50% pour le moyen Sud et de 10 à 20% pour les Hauts-Plateaux. Il y a des disparités et de l’injustice dans son attribution. Au grand Sud, ce sont tous les travailleurs de la Fonction publique qui en bénéficient. Dans les wilayas du moyen Sud, uniquement les cadres supérieurs peuvent en bénéficier alors que dans les communes des Hauts-Plateaux, seuls les professeurs d’enseignement secondaire ont le droit à cette prime.

Le problème de cette prime est qu’elle est encore calculée sur l’ancien salaire de base de 2001 ! C’est insensé. Nous demandons au gouvernement de prendre en considération cette demande et d’actualiser le décret en adéquation avec le nouveau statut particulier de 2008. Avec ce calcul là, un professeur d’enseignement secondaire dans une wilaya du moyen Sud perçoit une prime de 5000 DA alors qu’il ouvre droit à plus de 10 000 DA par mois avec son nouveau salaire de base ! La situation dure depuis longtemps et nous ne pouvons plus nous taire. Pour la prime de zone, c’est le même problème qui se pose. Elle est calculée sur le salaire de base de… 1989.

C’est encore le décret 82-183 qui en vigueur. Si on déplace, vers le nouveau salaire, un enseignant à Tamanrasset d’échelon 12, sa prime passera de 1048 DA à 8000 DA par mois. Autrement dit, nous avons trois salaires, selon la logique du gouvernement. Un pour la prime de zone (1989), un autre pour la prime du Sud (2001) et le nouveau (2008) pour calculer les autres primes. L’Etat fait des calculs d’épicier qui n’arrangent que ses intérêts !

-Que proposez-vous pour améliorer les conditions de scolarisation et de travail ?

Il faut prendre en considération les particularités de la région, notamment pour les horaires de travail. L’éducation est le seul secteur qui en souffre. Contrairement aux administrations publiques, les écoles ouvrent de 8h jusqu’à 17h15. C’est de l’injustice. Nous voulons un système de travail continu. Commencer à 8h pour terminer à 14h. Durant les grandes chaleurs, il est impossible d’exiger des élèves d’être présents. L’école et le travail deviennent impossibles. Pour ce point, le ministère sort son argument de la climatisation ! Elle n’existe que dans les classes. Et c’est pire dans les écoles primaires où seules les classes d’examens en disposent ! Il faut aussi penser aux écoliers qui traversent plusieurs kilomètres pour rejoindre leur établissement. C’est d’ailleurs, ce pour quoi un taux important d’absentéisme dans le Sud durant les examens nationaux est enregistré. Les élèves ne peuvent plus assurer la cadence.

-Cela explique-t-il également le niveau des élèves dans le Sud ? La majorité de ces wilayas sont classées dernières dans les examens nationaux…

Un absentéisme élevé chez les élèves et les enseignants est enregistré chaque année à cause des chaleurs et des tempêtes de sable. Si l’école est ouverte de 8h à 17h, les bus et les taxis, eux, ne sont plus disponibles au-delà de 14h. 40% des travailleurs du Sud dans le secteur de l’éducation viennent du Nord, ce qui fait qu’ils s’adaptent mal aux conditions de la météo et finissent par quitter la région, même en milieu d’année scolaire. D’autant plus que les conditions de leur hébergement laissent aussi à désirer. Ils ont une prime de location de 1000 DA alors qu’un F3 coûte pas moins de 20 000 DA. Jamais le ministère n’a pensé à mettre à la disposition des élèves ou des enseignants le transport scolaire, sachant que généralement les distances au sud sont longue d’une commune à une autre.

-Nous continuons encore à travailler avec le système de double vacation ! Un écolier est appelé à rester jusqu’à 17h ! Les mois de mars et avril qui précèdent les examens nationaux sont caractérisés par les tempêtes de sable. Pendant des jours, il n’y a pas école. Et à aucun moment, le ministère ne prend toutes ces difficiles conditions en considération. Comment devons- nous rattraper les cours ?

De plus, nos vacances doivent être programmées de début juin jusqu’en octobre. Il faut libérer l’enseignant tôt au même titre que l’élève. Nous exigeons l’ouverture d’un dialogue avec le ministère pour exprimer nos propositions sur l’organisation des vacances.

-Le seuil des cours devrait alors se limiter aux wilayas du Sud au lieu de le généraliser à l’échelle nationale...

Le seuil que nous fixons aux élèves à la veille du bac est antipédagogique. Un élève qui ne fait qu’un tiers du programme passera avec moins de capacité pour s’adapter à l’université. Et les résultats sont visibles. Nous avons des étudiants qui ne terminent pas leur cursus universitaire.

-Peut-être il vaudrait mieux organiser deux bacs. Un pour le Nord et le deuxième pour le Sud ?

Nous savons qu’il s’agit bien d’un événement national. Nous sommes pédagogues et nous sommes conscients de la complication de la chose. Mais il est peut-être préférable d’avancer la date pour faciliter aux élèves de cette région de le passer dans des conditions plus clémentes.

Bio express :

Né à Djelfa en 1965, Yahia Chouihat décroche, en 1991, à l’université de Laghouat, le diplôme d’ingénieur en génie civil. Il intègre, ensuite, le secteur de l’éducation en sa qualité de professeur de l’enseignement secondaire. En 1996, il rejoint l’Unpef pour devenir en 2000 le président du bureau de Ouargla puis le président du bureau régional du Sud depuis 2009.

Nassima Oulebsir

 
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