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Les salaires de l’équivoque
M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 23 octobre 2006
Quatre millions de travailleurs verront leurs salaires augmentés à la suite de la signature des nouvelles conventions collectives de branches. Le ministre du Travail et le secrétaire général de l’UGTA affichent la même satisfaction et en des termes voisins. Les travailleurs eux attendront les fiches de paie pour voir la nature de cette augmentation. Ceux du textile (3%) de hausse savent déjà qu’il n’y aura pas un grand mouvement dans les chiffres de la fiche de paie. Les augmentations annoncées entre 15 et 20% ne sont pas à minimiser même si pour les travailleurs cela équivaut surtout à un rattrapage sur l’érosion du pouvoir d’achat. Beaucoup ont relativisé à juste titre l’annonce précédente d’une augmentation de 2.000 dinars sur le salaire minimum national garanti (qui passe de 10.000 à 12.000 dinars) en soulignant le poids du travail au noir et surtout au fait que l’article 87 bis de la loi n°90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de travail y inclut les primes et les indemnités. La hausse du salaire minimum étant pratiquement neutralisée - pour les moins bien lotis -, ce sont en effet dans les négociations collectives de branches que se jouent réellement les possibilités d’amélioration du pouvoir d’achat. On peut noter au vu des déclarations publiques, que l’on ne parle plus d’une hausse de «20 à 25%» dans le secteur économique. Tayeb Louh parle désormais d’une hausse de «15 à 20 %», signe que les négociateurs syndicaux ont dû lâcher du lest. Ces hausses ne vont pas changer non plus de manière substantielle le niveau de vie des travailleurs et ils ne vont pas se rapprocher des 25.000 dinars jugés comme seuil minimal pour une famille de 7 personnes. Quant à augmenter le SNMG à 25.000 DA, comme le demande le PT, cela relève du rêve. Les choses ne changent pas de manière essentielle, mais on n’en fait pas moins sentir aux travailleurs qu’on leur a «octroyé» plus qu’il n’en faut, que le maximum est atteint et qu’ils ne doivent pas demander plus avant longtemps. Sans surprise et dans la logique de ses prises de position passées hostiles à des augmentations de salaires, c’est le Fonds monétaire international qui a ouvert le feu en premier. Erik De Vrijer, chef de la mission du FMI qui a séjourné récemment en Algérie, a en effet critiqué les augmentations de salaires en les qualifiant de «choc pour l’économie nationale susceptible de déstabiliser les équilibres macro-économiques» et il a estimé que «l’augmentation des salaires doit se faire graduellement et en fonction de la productivité». C’est clair que pour le représentant du FMI ces augmentations ne se justifient pas au plan économique car elles ne sont pas liées à des gains de productivité et à de la croissance. C’est d’ailleurs sur ce terrain très «orthodoxe» que se plaçait Ahmed Ouyahia qui refusait, quand il était chef de gouvernement, toute augmentation de salaires. Même s’il obéissait à d’autres considérations, son remplacement par Abdelaziz Belkhadem avait été mis délibérément sous les auspices d’une augmentation des salaires. Il reste que le FMI, outre son objection de principe, partage d’une certaine manière la certitude d’un grand nombre d’Algériens selon laquelle les hausses concédées vont être mangées par les hausses des prix. Le FMI estime en effet que ces hausses de salaires comportent un risque inflationniste qui, dans les faits, rend les hausses de salaires sans effet sur le pouvoir d’achat réel. L’argument est juste et traduit la faiblesse de la relance de la machine économique dans un pays où, pendant longtemps, les réformes économiques ont été pensées en termes monétaristes et d’équilibres macro-économiques. Une tendance d’ailleurs favorisée par les «satisfecit» à répétition octroyés par le même FMI. Si le FMI n’est pas loin de considérer que les dernières hausses de salaires sont des augmentations «politiques», il est paradoxalement rejoint par Mohamed Lakhdar Baddredine, chargé des affaires économiques au sein de l’UGTA qui s’inquiète de l’effet des hausses sur les entreprises. Certes, le responsable de l’UGTA ne parle pas des hausses actuelles mais semble prendre option sur l’avenir. «Si de nouvelles augmentations de salaire sont décidées, elles ne pourront pas être supportées par les entreprises, ce qui va compromettre leur compétitivité». Pour lui, il faut trouver d’autres pistes pour l’amélioration du pouvoir d’achat - comme la revalorisation du dinar - plutôt que les batailles classiques qui sont, il est vrai, de plus en plus le fait des syndicats autonomes. Cette crainte pour les entreprises des effets des hausses de salaires, banale dans la bouche d’un patron, prend une tournure singulière dans la bouche d’un syndicaliste et pourrait être interprétée comme l’engagement que l’UGTA va encore rester «tranquille» pendant longtemps. Serait-ce là l’esprit du pacte «économique et social» ? |
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www.algeria-watch.org
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