En retard d'une évolution

par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 24 février 2008

C'est une quasi-grève générale dans la fonction publique qui s'enclenche aujourd'hui. Juste au lendemain de la promesse du gouvernement qu'il n'attendra pas les statuts particuliers pour procéder à l'augmentation des salaires des fonctionnaires.

On peut conjecturer sur les raisons qui poussent le gouvernement à se presser soudainement après avoir pris son temps: gestion politique du calendrier ou classique lenteur de la bureaucratie ? Cela peut être intéressant mais la question est totalement subsidiaire. Le vrai sens qui est donné à la mesure est que le gouvernement a pris sur lui de ne pas attendre afin de «satisfaire» les fonctionnaires qui seraient en attente... C'est là ou rien ne marche ! Si le gouvernement pense vraiment que ce geste va amadouer les syndicats autonomes, les seuls réellement actifs dans la fonction publique, l'UGTA étant dans un ronronnement d'autosatisfaction durable, cela signifie que sa capacité à s'informer ou son aptitude à comprendre s'est terriblement émoussée.

L'application «anticipée» - les guillemets sont de mise - d'une hausse des salaires déjà bouffée par l'inflation n'a pas d'incidence sur le comportement des syndicats. Ce qu'ils contestent dans leur diversité, c'est tout simplement la grille de salaires négociée entre le gouvernement et l'UGTA. Faire croire ou suggérer qu'ils se plaignent des retards n'a pas de sens. C'est la parfaite illustration du fait que les pouvoirs publics ont tendance à s'écouter parler et à se boucher les oreilles...

Il est évident que les syndicats autonomes, qui maintiennent la pression par des passages de relais de la grève, ne vont pas changer d'attitude après l'entrée en application. Ils le disent d'ailleurs sans ménagement. Cette «application» va-t-elle mettre les syndicats en opposition avec les fonctionnaires ? C'est peut-être la conviction du gouvernement et de l'UGTA de croire que ce sont les «retards» qui motivent le haut degré de mobilisation des fonctionnaires derrière les syndicats.

La récente grève des paramédicaux a atteint un niveau de participation historique: les grévistes n'appelaient pas à l'application des hausses des salaires mais à l'annulation de la grille des salaires. Il n'y avait aucun malentendu. Et il n'y en a pas non plus dans la démarche de la coordination de la fonction publique qui se lance dans une grève de trois jours dans presque tous les secteurs (enseignement supérieur, éducation, administration...). C'est d'autant plus clair que cette coordination considère que la décision de Belkhadem de recourir à des mesures d'exception pour régler les dossiers des statuts particuliers et celui de la grille des salaires est «anticonstitutionnelle».

Au fond, le gouvernement se refuse encore à admettre qu'en s'isolant avec l'UGTA pour élaborer la grille des salaires, il a favorisé les contestations syndicales sans que la centrale «amie» en profite. La pugnacité des syndicats autonomes est devenue plus forte et indique clairement que le gouvernement est en retard d'une évolution...

  Luttes syndicales  
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