Les syndicats autonomes réagissent au discours du président Bouteflika

Le SNPSSP et le CNES désapprouvent, l’UNPEF s’en félicite

par Nabila K., Le Jeune Indépendant, 26 février 2006

Les déclarations du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, sur le sujet de l’augmentation des salaires ont été mal perçues par certaines organisations syndicales autonomes, dont notamment le Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) et le Conseil national de l’enseignement supérieur (CNES).

En effet, les deux syndicats considèrent que la décision du Président encourage de manière indirecte les travailleurs à organiser des grèves. L’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (UNPEF) a livré une tout autre analyse sur le discours du président Bouteflika.

En effet, l’UNPEF, par le biais de son secrétaire général, M. Ider, a estimé que le message du chef de l’Etat est tout à fait clair et net. Selon M. Ider, M. Bouteflika a carrément «ordonné et d’une manière détournée au gouvernement de revoir les salaires des travailleurs en les augmentant».

Pour le secrétaire général de l’UNPEF, le président Bouteflika a agi en «régulateur de l’Etat et non pas comme un gestionnaire», en plaçant le problème des augmentations des salaires dans son cadre légal, qui est la tripartite. D’un autre côté, M. Ider a considéré que le président de la République a fait endosser certaines responsabilités à l’UGTA.

En d’autres termes, notre interlocuteur a expliqué que M. Bouteflika a adressé un message clair à la centrale syndicale, en lui signifiant que «si elle n’arrache pas une majoration des salaires lors de la tripartite, elle n’a qu’à disparaître».

Par ailleurs, M. Ider dit avoir été ravi de constater que, pour la première fois, le chef de l’Etat «parle de partenaires sociaux hors l’UGTA». Pour sa part, le secrétaire général du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), M. Yousfi, dit regretter le fait que le président de la République ait conforté son chef du gouvernement, en refusant l’augmentation des salaires.

Et notre interlocuteur de préciser que M. Bouteflika «a été appelé à faire de l’arbitrage, et voilà qu’aujourd’hui il déçoit les travailleurs». M. Yousfi se demande comment l’Etat peut pénaliser les travailleurs alors que le problème tient à la «mauvaise gestion des biens de l’Algérie par le gouvernement».

Le secrétaire général du SNPSSP se demande comment les pouvoirs publics peuvent pénaliser, notamment, les secteurs de la santé, de l’enseignement supérieur et de l’éducation, qui «sont loin d’être des entreprises économiques». Dans le même ordre d’idée, M. Yousfi estime que le discours du Président ne fait qu’encourager l’hémorragie des départs de médecins vers le privé.

Evoquant les différentes grèves entreprises dans différents secteurs, M. Yousfi précise qu’elles sont organisées «pour attirer l’attention des pouvoirs publics afin de revoir le niveau de vie des travailleurs». Pour sa part, le responsable du CNES, M. Cherbal, a jugé important d’appréhender le discours dans son vrai contexte.

Estimant que M. Bouteflika s’adressait uniquement aux travailleurs de l’UGTA, M. Cherbal a tenu à dénoncer la composition de la tripartite. Pour lui, cette tripartite n’est pas représentative, dans la mesure où les syndicats autonomes sont absents, ajoutant, par la même occasion que «le gouvernement sera obligé de prendre en charge le problème des grèves».

Au sujet du pacte social et économique, que le Président veut faire prendre en charge par le gouvernement et les partenaires sociaux, M. Cherbal a estimé que celui-ci n’a aucune chance de réussir sur le terrain, «si l’on persiste à marginaliser les syndicats autonomes».

N. K.

   
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