Des milliers de passagers bloqués dans les aéroports en France

Air France et Aigle Azur à la rescousse

Par : Farid Abdeladim, Liberté, 14 juillet 2011

Une réunion s’est tenue hier à Paris entre les responsables du ministère français des Transports, des représentants de l’ambassade d’Algérie en France, d’Air Algérie, des Aéroports de Paris.

La grève déclenchée, depuis lundi dernier, par le personnel navigant commercial d’Air Algérie, affecte dramatiquement les lignes assurées par la compagnie. Tous les aéroports fréquentés par la compagnie sont, de ce fait, perturbés. Mais le plus affecté des aéroports reste incontestablement celui d’Orly à Paris à partir duquel de nombreux Algériens résidant en France préfèrent embarquer vers l’Algérie, en cette période de départs en vacances.
Avant-hier, au troisième jour de grève, tous les vols entre Paris et Alger étaient annulés, apprend-on de sources parisiennes. Ce qui a contraint plus d’une centaine de passagers, qui voulaient rejoindre l’Algérie, à passer la nuit de mardi à mercredi dans l’enceinte de l’aéroport. L’ambiance était souvent tendue au comptoir de la compagnie nationale. La même atmosphère a marqué les aéroports d’Alger, de Nice et de Marseille aussi fortement perturbés. Cette situation de blocage de milliers de passagers au niveau des aéroports français a provoqué, hier, une réunion d’urgence entre les responsables du ministère français des Transports et des représentants de l’ambassade d’Algérie en France, de la compagnie Air Algérie, des Aéroports de Paris et des services de l’État français. Lors de cette réunion, l’accent a été mis sur “les obligations de la compagnie envers ses clients, notamment le devoir d’assurer l’information la plus complète des passagers afin notamment d’éviter qu’ils ne se rendent inutilement dans les aérogares”. “Air Algérie doit mettre en œuvre tous les moyens alternatifs d’acheminement, que ce soit par les airs ou par d’autres modes (bateau) à destination de l’Algérie”, a tenu à réclamer Thierry Mariani, ministre des Transports français. Compte tenu de la pression sur la destination France-Algérie, en pleine période estivale, Air France a, de facto, accepté d’affréter, hier, deux avions supplémentaires pour Alger. Un vol était prévu vers 16h (14h GMT) de l’aéroport parisien d’Orly et un autre de Lyon, à la même heure. Une information confirmée à l’AFP par le porte-parole d’Air Algérie, en indiquant que la compagnie “remet ses clients sur des vols Air France”. La compagnie française assurait déjà quatre vols quotidiens entre l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle et Alger. L’autre compagnie aérienne française desservant l’Algérie, Aigle Azur, n’a pas hésité à venir à la rescousse d’Air Algérie, puisqu’elle a accepté d’affréter, pour sa part, trois avions pour Air Algérie, pour assurer trois vols supplémentaires à destination d’Alger, à partir de Paris, Marseille et Lyon. Les passagers en partance d’Alger ne souffrent pas moins que ceux bloqués en France, sinon un peu plus. Sans aucune information crédible, ils se retrouvent depuis le début de la grève livrés à eux-mêmes. À signaler que seuls 35 vols sur les 150 programmés par la compagnie pouvaient décoller durant la journée d’hier, selon l’APS.


Alors qu’un compromis se profile à l’horizon entre les syndicats et la direction

Air Algérie : la grève de trop !

Par : Chérif Memmoud

La grève du personnel navigant d’Air Algérie a causé d’énormes préjudices à la compagnie, mais aussi à des centaines de voyageurs bloqués au niveau des différents aéroports internationaux, notamment ceux de France, aussi, le syndicat UGTA de la compagnie nationale appelle à la sagesse dans le souci d’entretenir une crédibilité de plus en plus mise à mal. Devant cette situation de grève sans préavis, dont les pertes se chiffrent à coups de milliards, le syndicat UGTA d’Air Algérie est donc sorti de sa réserve à travers un communiqué où il appelle toute les parties à la sagesse pour le règlement de tous les problèmes mais surtout à la reprise du travail afin de sauver les meubles d’une compagnie déchirée par les luttes intestines. “Le comité de coordination de l’UGTA appelle à la sagesse et à la concertation pour le règlement de tout problème soulevé, afin de parvenir à une justice salariale dans un système de hiérarchisation prôné par le P-DG. Il est demandé la synergie des efforts de tous les syndicats pour qu’ensemble nous aidions à l’instauration d’un équilibre salarial d’une manière sereine et responsable”. Le personnel navigant commercial (PNC), syndicat autonome qui est derrière ce débrayage, semble ne pas être satisfait de la bonne foi du nouveau P-DG qui a décidé juste après son intronisation d’augmenter de 20% les salaires de tout le personnel des différents services au sein de la compagnie. Le nouveau P-DG, Mohamed-Salah Boultif, a été pourtant clair, en demandant du temps pour arriver au bout de tous les problèmes qui secouent Air Algérie. Selon, M. Bensaber, membre du syndicat UGTA, joint par nos soins, toutes les forces syndicales au sein de la compagnie sont en négociation pour la reprise du travail du personnel navigant commercial. “La majorité du personnel navigant est toujours en grève, alors qu’une minorité tente d’assurer le service minimum. Cette situation cause beaucoup de désagréments, et les pertes se chiffrent en milliards. Le nouveau P-DG, juste après son intronisation, a pris la décision d’augmenter tout le monde de 20%, mais le PNC ne l’entend pas de cette oreille. Qu’est-ce qui empêche ce syndicat de reprendre le travail et donner le temps au nouveau P-DG d’étudier de plus près les revendications de tous les salariés d’Air Algérie ?”, s’interroge-t-il. Notre interlocuteur fait savoir que les négociations sont toujours en cours et l’espoir de voir un dénouement heureux se profile à l’horizon. “Nous sommes en négociation en compagnie des autres syndicats et nous espérons sortir dès aujourd’hui (hier, ndlr) avec un compromis qui va satisfaire tout le monde”, a indiqué M. Bensaber. Air Algérie aura des difficultés à se relever d’un débrayage que l’on peut qualifier de “grève de trop” et qui a surtout profité à ses concurrents qui ont certainement jubilé de cette situation. Le message de Mohamed-Salah Boultif et toute sa volonté d’apporter un plus à la compagnie sont à présents mis à mal. Pourtant, à peine installé au poste de P-DG, il s’est engagé à améliorer le régime de travail, les rémunérations et les conditions socioprofessionnelles, non sans promettre de tenir les engagements de la compagnie, assurant que des décisions qui arrangeront tout le monde seront prises le plus rapidement possible.


La grève d’Air Algérie se poursuit

Branle-bas de combat au sommet de l’État

Par : Azzeddine Bensouiah

La crise que traverse présentement Air Algérie rappelle étrangement la campagne menée, il y a quelques semaines, contre le patron de Sonatrach.

Alors que la grève du personnel de bord d’Air Algérie se poursuit, on s’active au plus haut sommet de l’État pour désamorcer cette crise. La période choisie pour déclencher ce mouvement social est très mal choisie, en raison de l’important flux d’émigrés. Déjà, en situation normale, Air Algérie avait du mal à satisfaire toute la demande. Mais cette grève est venue compliquer davantage la situation, obligeant l’État à intervenir pour venir au secours des concitoyens bloqués dans les aéroports étrangers, mais aussi pour sauver l’image de marque du pays, sachant que, par exemple, en France, le ministre des Transports est déjà monté au créneau pour appeler les autorités algériennes à faire quelque chose pour débloquer la situation.

Mesures d’urgence
Des mesures d’urgence ont été prises, à commencer par l’affrètement d’avions appartenant à des compagnies étrangères, mais aussi le renforcement de la flotte de l’ENTMV pour transporter le maximum d’émigrés par voie maritime. Et aussi, le licenciement des grévistes. Selon Mohamed-Salah Boultif, le P-DG de la compagnie Air Algérie, joint par téléphone, “la situation se normalise peu à peu”. Au premier jour de la grève, la compagnie nationale a pu assurer 40 vols sur les 186 prévus.
Ce fut un peu moins au deuxième jour. Mais hier, “la tendance était à l’amélioration. 80% des vols sur Paris ont été assurés (6 sur 10) et 15 vols sur l’international, deux vols sur l’Afrique assurés par les avions de Tassili Airlines”, selon M. Boultif. Concernant le réseau domestique, quatre vols étaient prévus hier. La compagnie nationale a procédé à des affrètements, notamment de la compagnie tunisienne Nouvel Air qui a assuré des vols sur Marseille et Paris. Air Algérie a également affrété des Boeing 777 et 737 d’une compagnie privée italienne, EOS, pour assurer des vols Alger-Milan et Alger-Paris.
En outre, Air Algérie a eu recours aux services de l’ENTMV pour transporter des voyageurs à partir de Marseille et Alicante. 350 ont pu embarquer hier de Marseille et 39 d’Alicante, tandis qu’il est prévu de transporter, aujourd’hui, entre 500 et 600 voyageurs à partir de Marseille, selon le patron d’Air Algérie. La compagnie nationale a eu recours au personnel navigant non gréviste, ainsi qu’aux contractuels et à des affrètements. Mais le P-DG de la compagnie reste ferme : “On a fait des réquisitions pour les grévistes. On a licencié les meneurs (quatre) pour grève illégale et entrave à l’exercice du droit au travail. Ceci dit, s’ils reprennent le travail, les portes du dialogue restent ouvertes.” Toutefois, M. Boultif regrette que les grévistes “refusent de revenir à la raison. Ils ont causé des dégâts à la compagnie”.

Que cache cette grève ?
Au-delà des pertes occasionnées, des désagréments causés aux voyageurs et des mesures prises en urgence, il y a lieu de se poser des questions sur les motivations réelles de cette grève. Pour certains syndicalistes au fait des réalités de la maison Air Algérie, cette grève est “un sabotage pur et simple”. À qui profite ce sabotage ? Évidemment aux compagnies concurrentes qui voudraient “se sucrer” en cette période estivale où la demande est des plus fortes.
Mais il n’y a pas que cela. Le nouveau patron d’Air Algérie, un enfant de la boîte, n’a même pas bénéficié d’un délai de grâce. Pourtant, il avait proposé une augmentation de 20% au personnel navigant commercial et s’est dit ouvert au dialogue. Mais ces derniers exigent une augmentation de plus de 100% et un statut identique à celui du personnel technique.
Air Algérie est une compagnie trop importante pour tomber entre les mains de gens irresponsables. Il est clair qu’au sommet de l’État, on a fait de mauvais choix, à une époque où chacun se permettait de placer ses hommes, sans prendre compte de leurs capacités managériales, encore moins de leur probité.
La crise que traverse présentement Air Algérie rappelle étrangement la campagne menée, il y a quelques semaines, contre le patron de Sonatrach. Il est clair que cette guerre des clans qui se déroule en sourdine comporte des risques énormes, dans la mesure où elle touche les compagnies les plus sensibles du pays et risque d’entamer durablement leur crédibilité et celle de l’État.
Il est temps, pour l’État d’en finir avec les désignations des copains, des fils du voisin et des filles du cousin aux postes-clés. L’État doit sonner la fin de la récréation, et faire confiance aux cadres compétents dont recèle le pays.
La crise actuelle d’Air Algérie n’est que la résultante d’une politique de copinage, de cooptation et de règlements de comptes dont les répercussions se traduisent sur l’économie nationale, sur l’image du pays et sur les pauvres voyageurs pris en otage. L’État prendra-t-il, enfin, conscience qu’il faudrait faire confiance aux compétences, loin de toutes considérations régionalistes, claniques ou mercantilistes ?

 
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Luttes syndicales  
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