L’appel à la grève des paramédicaux largement suivi

Les hôpitaux paralysés

El Watan, 18 février 2008

La grève des infirmiers a fait un carton plein hier, si l’on en croit le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP). L’un des représentants du syndicat, M. Ghachi, avance que près de 90% des paramédicaux algériens ont réagi favorablement au mot d’ordre de grève. « Tous les hôpitaux du pays étaient paralysés hier et ils le seront encore aujourd’hui et demain », nous a-t-il affirmé. De son côté, le ministère de la Santé a usé d’un ton menaçant auprès des grévistes. Dans plusieurs wilayas du pays, les protestataires ont reçu un fax leur signifiant que la grève de trois jours était « illégale ». « Malgré les intimidations de la tutelle, notre mouvement de protestation ne s’arrêtera pas. En envoyant ce fax, ils ont fait une erreur, car ils ont renforcé notre détermination », a estimé M. Ghachi. Et d’ajouter : « S’il y a une ponction sur salaire, nous lancerons trois autres jours de protestation. »

Nous ne sommes même plus des infirmiers diplômés d’Etat, nous sommes considérés comme de simples farmli, si vous saviez comme les paramédicaux ont horreur de ce mot. » Dans la cour de l’hôpital Mustapha Bacha, à Alger, les infirmiers en blouse blanche portant une petite inscription « Paramédical en grève », discutent de leurs problèmes. Le ras-le-bol y est palpable. « Nous travaillons dans des conditions catastrophiques. Nous sommes sous pression. La charge de travail est tellement importante que même nos congés sont sacrifiés. Nous ne sommes pas des robots. Le comble, c’est que lorsqu’on tombe malade, il n’y a personne pour nous prendre en charge », s’exclament-ils. Il semble que les anciennes blessures ne sont pas encore guéries. Les infirmiers du Centre Pierre et Marie Curie (CPMC) se souviennent encore du cas tragique de l’un de leurs anciens collègues, aujourd’hui décédé, et qui n’a même pas trouvé une ambulance pour l’emmener à l’hôpital. « Toutes les 48 heures, les autres membres du personnel médical vont aux Etats-Unis pour des formations pendant que nous bouffons de la Chémio. Pourquoi n’avons-nous pas droit à une formation continue ? », s’énerve l’une des infirmières en grève. Une autre ajoute : « Nous subissons les maladies professionnelles, la pression, les insultes. Les salaires qu’on nous donne ne suffisent pas pour vivre. C’est à peine s’ils nous permettent de subsister. On dirait que c’est de l’aumône qu’ils nous donnent. On ne peut pas dire que nous travaillons pour gagner notre croûte, nous trimons ! » Dans les jardins de l’hôpital, tout y passe. Les protestataires pestent contre le fait de placer « des personnes sans diplômes à la tête des services », l’administration qui « se contente de refaire la peinture et la faïence au lieu d’améliorer les conditions de travail », « l’insécurité dans les services » et surtout « le manque de protection contre les maladies ». « Je suis infirmière dans le service d’oncologie (service de soins en cancérologie), c’est un service à haut risque. Je suis confrontée à un grand risque de contagion. Pourtant, je ne bénéficie d’aucune forme de protection. Il n’y a pas de prime de risque. Je ne peux bénéficier d’un congé de contagion. Si un malheur survenait, je n’aurais que mes yeux pour pleurer. Nous n’avons même pas le droit de réclamer quoi que ce soit. Nous sommes traités comme des minables », s’indigne-t-elle. Dans ce brouhaha, un professeur du Centre Pierre et Marie Curie s’avance vers le groupe de contestataires pour leur apporter son soutien. « Dans un hôpital, il n’y a pas de personnel, tout le monde a sa place. Sans l’infirmier, toute la chaîne est chamboulée. Il faut se battre pour l’équipe soignante », assène-t-il. Un radiologue se plaint de la « différenciation » qui existe entre les paramédicaux ayant les mêmes références. « Non seulement nous sommes très mal payés, mais en plus, il y a une différenciation qui n’a aucun lieu d’être entre des paramédicaux qui ont le même nombre d’années d’expérience, le même diplôme et les mêmes compétences. Certains touchent la prime d’intéressement et d’autres, pour des raisons obscures, n’y ont pas droit », explique-t-il. Et de poursuivre : « Nous ne bénéficions pas non plus des primes de transport et de panier. Ce qui est bizarre. » Selon les paramédicaux que nous avons interrogés, la nouvelle grille des salaires n’a rien changé à leur situation. « Si on est arrivés à la grève, c’est que rien n’a été appliqué », nous dit-on. « Les catégories ont été revues à la baisse. Alors que nous étions classés à la 14, nous sommes aujourd’hui à la 10e catégorie », expliquent nos interlocuteurs. « Même si je bénéficie de la prime d’intéressement et celle de contagion, mon salaire atteint difficilement les 21 400 DA. Et ce, après plus de quinze ans de service et une classification au 5e échelon », nous dit Gueddou Hanafi, représentant du syndicat des paramédicaux à Sétif. Le ministère de la Santé a envoyé hier au Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) un fax leur signifiant que la grève de trois jours était « illégale ». Dans les hôpitaux, hier en fin d’après-midi, le doute commençait à s’installer…

Amel Blidi

 


Adhésion massive à l’Ouest

- A Sidi Bel Abbès, les structures de santé ont tourné au ralenti hier. Le mouvement de grève, largement suivi par les paramédicaux, a en effet sérieusement perturbé l’activité hospitalière. Une grève de trois jours décidée à l’appel du conseil national du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) pour dénoncer la « dévalorisation » de la profession paramédicale par la tutelle. « Le service minimum est assuré et les soins d’urgence sont dispensés », rassure M. Mekamane, responsable du bureau de wilaya du SAP. Il estime à 90% le taux de suivi de la grève en se basant sur un premier sondage effectué en fin de matinée. Tout en exprimant la « frustration » et « la colère » de l’ensemble des paramédicaux de la wilaya de Sidi Bel Abbès, M. Mekamane ne manque pas de s’interroger sur l’attitude de la tutelle qui fait « cavalier seul » dans l’élaboration du statut particulier.

- A Tlemcen, la grève a été également massivement suivie. Le personnel du CHU Damerdji de Tlemcen affilié au Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) a répondu favorablement hier à l’arrêt de travail de trois jours. Les paramédicaux, qui avaient pratiquement paralysé le secteur de la santé hier, considèrent que « leurs conditions socioprofessionnelles sont précaires et leurs salaires très bas, alors que nous sommes un noyau essentiel dans le secteur de la santé ».

- A Ghazaouet, l’appel à la grève a été aussi largement suivi par les professionnels paramédicaux de l’établissement public hospitalier de Ghazaouet. Plus de 90% des paramédicaux ont répondu favorablement à ce débrayage de 3 jours. Cependant, au niveau de l’établissement public hospitalier de proximité, la participation est moins importante puisque le taux a atteint seulement 41%.

- A Chlef, les infirmiers étaient peu nombreux à avoir suivi le mot d’ordre de grève. Au niveau du principal établissement de santé du chef-lieu de wilaya, à savoir l’hôpital Ouled Mohamed, les agents paramédicaux vaquaient normalement à leurs activités, comme nous avons pu le constater sur place. Un infirmier rencontré sur les lieux explique la non-adhésion au mouvement par l’absence d’une représentation du SAP au niveau de la structure sanitaire. Selon les informations que nous avons pu recueillir, une centaine de paramédicaux sur les 1736 que compte le secteur de la santé a suivi le mouvement.

- A Nâama, les syndicalistes du SAP affirment que le mouvement de grève a été suivi à 99% à travers les structures de soins. A Mécheria, l’appel à la grève a été aussi largement suivi par les paramédicaux appartenant au SAP. Ce syndicat représenterait 32,5% du personnel paramédical de l’hôpital.

- A Relizane, les services de maternité, des prélèvements et des analyses ainsi que le bloc opératoire ont été totalement paralysés où aucune prestation n’a été assurée. Notre interlocuteur affirme que l’établissement public hospitalier (EPH) a été partiellement paralysé. Les paramédicaux affiliés au SAP ont partiellement adhéré au mouvement en totalisant, selon leur représentant, un taux de 30%.

- A Tiaret, seul (es) quelques adhérent (es) de syndicats ont tenu à exprimer leur solidarité avec le mouvement de grève, en portant un brassard à l’intérieur de l’hôpital Youssef Damerdji, a fait savoir une source proche de la DSP.

- A Mostaganem, la grève nationale des personnels paramédicaux n’a eu aucun impact sur le fonctionnement des douze structures de santé que compte la wilaya. Le débrayage n’aura été suivi par aucun des 1586 fonctionnaires concernés.

- A Tindouf, la grève n’a pas eu d’écho. Au niveau de l’hôpital comme dans toutes les annexes de santé de la wilaya, le personnel paramédical accomplissait le plus normalement ses fonctions. « Ceci est dû au fait que le SAP n’est pas représenté dans cette wilaya », explique-t-on.

- A Saïda, les paramédicaux n’ont pas observé un débrayage. Beaucoup d’infirmiers que nous avons interrogés ne sont même pas informés de la grève ou en ont vaguement entendu parler. « Il n’y a pas de grève, car il n’y a pas de syndicat autonome qui représente les paramédicaux », a déclaré le secrétaire général de l’UGTA. De son côté le directeur de l’hôpital Ahmed Medeghri dira : « Aucun agent paramédical n’est en grève. »

Correspondants

 


Sit-in des infirmiers à Frantz Fanon (Blida)

Les infirmiers de l’hôpital Frantz Fanon de Blida ont largement suivi le mot d’ordre de grève du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP).

« Nous nous devions de présenter un front uni et d’être solidaires », dira un des infirmiers, puis d’autres expliqueront le mal-vivre et la nécessité de revoir le statut de l’infirmier en Algérie. D’autres iront jusqu’à étaler les mauvaises conditions de travail ainsi que les salaires octroyés. « Il faudra venir les jours de semaine et observer comment se passe la journée d’un paramédical », tente d’expliquer une jeune femme avant que d’autres viennent parler des salaires. « Il faudra penser sérieusement à augmenter les primes liées à notre métier puisque la moindre faute est payée cash », dira un autre, travaillant dans les services des urgences.

A. Mekfouldji

 


Fort taux de participation à l’Est

- A Constantine, la grève, décidée pour les 17, 18 et 19 février par le conseil national du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), a été largement suivie hier avec une paralysie totale des services du CHU de la ville des Ponts. Des centaines de paramédicaux, toutes branches confondues, ont observé un sit-in devant le siège de l’administration avant d’organiser une marche à l’intérieur du CHU. « Le mouvement a connu un taux de participation de plus de 80% du corps des paramédicaux du SAP au CHU, alors que le service minimum a été scrupuleusement respecté au niveau des services névralgiques, à l’exemple des urgences chirurgicales, gynécologiques, ophtalmologiques et réanimation », apprend-on auprès du chargé de la communication du SAP. Le mouvement de grève, dont les principales revendications sont liées à l’application d’un statut particulier digne de la corporation, a été observé massivement dans trois autres établissements hospitaliers, selon le bureau du SAP de la wilaya de Constantine. Ce dernier a avancé un taux de participation de 99% à la clinique rénale de la cité Daksi, 78% à l’hôpital de Zighoud Youcef et 100% à la clinique de cardiologie de la cité Erriadh.

- A Jijel, l’appel à la grève du SAP a été largement suivi, pour sa première journée, par les paramédicaux des trois secteurs sanitaires de la wilaya, d’après les chiffres avancés par les syndicalistes. En effet, selon un animateur du SAP du secteur sanitaire de Jijel, les paramédicaux en activité ont adhéré à 80% au niveau de l’établissement public hospitalier (Eph) de Jijel et à 90% au niveau des établissements publics de santé de proximité (Epsp). Des animateurs du SAP à El Milia ont avancé des chiffres établissant le débrayage au niveau de l’EPH à 86,20%. Quant au secteur sanitaire de Taher, une source syndicale nous fera savoir que le taux d’adhésion a dépassé les 90%, ce qui a provoqué la déprogrammation d’une dizaine d’interventions chirurgicales. D’un autre côté, les services de la wilaya ont donné un taux de suivi de la grève de seulement 32%.

- A Annaba, les paramédicaux des 3 hôpitaux de la ville, en majorité affiliés à l’UGTA, n’ont pas été concernés par l’appel à la grève lancé par le SAP. Sans service minimum, le centre de santé de Annaba était le seul établissement de santé dont la totalité des paramédicaux a répondu à l’appel du SAP. Les rares agents présents sur les lieux étaient beaucoup plus préoccupés par les conséquences de ce débrayage. « Dans le système de santé algérien, les effectifs du corps paramédical sont les plus marginalisés et n’ont jamais fait l’objet d’un suivi de carrière. Avec ses 22 filières de travail, ce corps auquel on attribue des qualifications douteuses est considéré comme un sous-ordre », argumentera un TS de la santé.

- A Bordj Bou Arréridj, le débrayage a été massivement suivi à l’hôpital Bouzidi du chef-lieu de wilaya, où seul le service des urgences a assuré le minimum. Le coordinateur de wilaya du SAP, M. Makhloufi, avance un taux de suivi de 100%. Pour ce qui est du secteur sanitaire de Ras El Oued, tous les services ont fonctionné le plus normalement du monde, tandis qu’à l’EPH de Medjana, le syndicat avance un taux de 87%. On notera, par ailleurs, qu’à Oum El Bouaghi, la grève n’a pas mobilisé tous les travailleurs du secteur de la santé. A titre d’exemple, sur les 24 paramédicaux que compte la polyclinique Allaoua Berthil de Meskiana, seulement 17 ont répondu au mot d’ordre du SAP. A Aïn Beïda, par contre, M.Samri, assesseur auprès du syndicat de cette ville, parle d’un suivi de 94,42%. En tout état de cause, de nombreux cadres paramédicaux ont répondu au mot d’ordre de grève par esprit de solidarité, n’étant pas affiliés au SAP.

- A Mila, les infirmiers, les sages-femmes, anesthésistes, techniciens en soins, techniciens et accoucheuses rurales ont, dans une proportion assez significative, répondu favorablement au mot d’ordre de grève, a-t-on appris auprès d’un responsable de la direction de la santé. Le taux d’adhésion enregistré hier au niveau de l’ensemble des établissements sanitaires de la daïra de Chelghoum Laïd aurait atteint les 95%, selon une source syndicale, qui précise que le service minimum a été assuré. Par ailleurs, les personnels relevant des établissements publics hospitaliers (EPH), à savoir les hôpitaux, les urgences et les maternités et ceux des établissements publics de santé de proximité (EPSP), regroupant les polycliniques et les salles de soins de Ferdjioua et de Mila, n’ont pas, selon des informations recueillies auprès de responsables de ces institutions, adhéré au mouvement de grève du SAP. Même constat à Skikda, Guelma et Biskra, où les secteurs sanitaires de ces wilayas n’ont pas adhéré, dans leur majorité, au mot d’ordre du débrayage. Une défection qui s’explique par l’absence d’une représentativité syndicale, puisque l’UGTA reste globalement assez présente dans la sphère syndicale du secteur.

Correspondants

  Luttes syndicales  
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