Syndicats autonomes

Mise à mort administrative

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 26 février 2008

En signant le décret d'application de la nouvelle grille de salaires, le président de la République vient de signer, en même temps, une mise à mort administrative des syndicats autonomes.

Il n'en parle pas, il les ignore et pourtant ils sont là, ils ont de la voix et une force de mobilisation appréciable. Bouteflika fait l'impasse sur la reconnaissance des syndicats autonomes en évitant d'évoquer les mouvements de protestation qu'ils ont engagés au sein de la fonction publique, tous corps confondus. En contournant les grèves qui ne sont, pourtant pas, sans conséquences sur le fonctionnement du pays, le président de la République a voulu donner une estocade à des syndicalistes qu'il sait non assujettis au pouvoir. Bouteflika le fera savoir à partir de Skikda, par l'intermédiaire de son conseiller qui a lu son message de félicitations aux travailleurs réunis à l'occasion de la célébration du double anniversaire: la nationalisation des hydrocarbures et la création de l'UGTA.

Bien qu'ils aient réussi leur tour de force en paralysant depuis samedi dernier, divers secteurs d'activités, les syndicats autonomes seront privés, du moins pour la conjoncture actuelle, d'une reconnaissance légale par les pouvoirs en place. Ils ne seront pas encore considérés comme partenaires sociaux à part entière comme c'est le cas depuis toujours de la centrale syndicale. Pour le leur prouver, le président a signé le même jour, le décret d'application de la nouvelle grille des salaires. Grille qui, faut-il le rappeler, a justement suscité leur mécontentement. «Tout est clair aujourd'hui», avait dit le président à une journaliste lors de sa tournée à Tamanrasset. Il est clair en effet, que toutes les institutions publiques de tous gabarits ont été instruites pour se mettre au service des préalables à un troisième mandat présidentiel. A partir de cet instant, nul n'a le droit de perturber le cours des choses. L'UGTA a toujours compris que pour demeurer leur partenaire unique, elle doit faire preuve d'une servilité constante et sans équivoque aux pouvoirs en place. C'est pour cela, qu'elle s'est toujours comportée en grande courtisane au moindre bip des hautes sphères. Créée en pleine guerre de Libération nationale, en 1956, l'UGTA se devait, probablement, à cette époque de marquer ses territoires vis-à-vis de la France coloniale en s'engageant corps et âme dans le combat pour la libération du pays. Elle n'aura même pas le temps d'exercer sa fonction originelle, l'activité syndicale, qu'elle se mettra au service des «plus forts» du régime jusqu'à en devenir l'appendice de ses représentants. Aujourd'hui, son secrétaire général, Abdelmadjid Sidi Saïd n'hésite pas, un instant, à être cet instrument de propagande soutenue pour être dans les grâces de «celui qui est debout» comme le verrait notre culture.

Pour cette fois-ci, Sidi Saïd fait en même temps campagne pour Bouteflika et casse du syndicat autonome. Il le fait, sans remords, son maintien au poste de secrétaire général en vaut bien la peine à la veille de la tenue du 11è congrès d'une organisation que les pouvoirs, en mal de gouvernance, ont toujours placée comme paravent devant les malaises grandissants de la rue et du monde du travail.

Les ministres et les piquets

A partir de Skikda, Sidi Saïd criait de toutes ses forces pour convaincre de la nécessité d'un troisième mandat pour le président. A l'instar de tout le reste des structures satellites des pouvoirs, le SG de l'UGTA a ainsi enclenché «officiellement» la campagne électorale pour la présidentielle d'avril 2009. Il sait pertinemment qu'en haut lieu nul n'encombrera jamais des effets que pourraient engendrer ces tentatives de mise au pas de toute une Nation. Le plus décadent est que «ces gens-là» ignorent les piquets de grève aussi légitimes soient-ils mais permettent à leurs ministres d'en planter et des solides au titre de la lutte antiterroriste, dans des rues entières empêchant ainsi les automobilistes de garer dans une capitale qui suffoque par manque d'espace. C'est le cas du ministre de la PME, Mustapha Benbada et celui de l'Habitat, Noureddine Moussa, qui ont privatisé de la sorte des passages pourtant de statut public sans équivoque.

Devant cet état sarcastique du pays, l'on est en droit de s'interroger sur l'utilité d'une révision constitutionnelle et celle de l'organisation d'une élection présidentielle. Pour ce qui est de la révision constitutionnelle, l'idéal serait de remplacer les dispositions qui font du système politique en place un système rentier et corrupteur, par d'autres d'ouverture et de concurrence loyale et légale de toutes essences politique, économique, sociale et autre culturelle.... Mais s'il ne s'agirait que de l'article 74, limitant les mandats présidentiels, Ouyahia, d'il y a quelque temps, avant son ralliement des «troupes asservies», avait dit vrai en proposant que l'article en question peut être «descendu» au parlement pour être amendé.

Devenu tellement insistant et répandu par langues de bois interposées, le battage médiatique en faveur d'un troisième mandat donnerait jusqu'à la nausée. Mené de la sorte et par des personnages dont la crédibilité est sérieusement entamée, il rappelle tristement que le pays n'a pas avancé, bien au contraire, il régresse dangereusement.

L'autre utilité, celle d'une élection présidentielle, devient de fait caduque. Dans cette conjoncture de «chantages» permanents et de pressions flagrantes sur une opinion publique dont l'avis importe peu, l'organisation d'un scrutin à l'effet de départir des voix pour une élection présidentielle (télé) commandée n'a pas lieu d'être. A moins d'un impondérable politique miraculeux, elle ne servira qu'à faire encore perdre au pays, du temps, des énergies et de l'argent.

  Luttes syndicales  
www.algeria-watch.org