L’Algérie célébrera demain la journée internationale du travail

Révolte des salariés, forcing des syndicats

Par : Hafida Ameyar, Liberté, 30 avril 2011

Pour faire face à la grogne sociale, le gouvernement a recouru à l’augmentation des dépenses publiques.

En 2011, la Journée internationale du travail prend un relief particulier dans un monde en grande mutation, marqué par les répercussions de la crise financière. En Algérie, le 1er Mai 2011 se déroule dans un contexte particulier, de tension sociale assez forte liée aux préoccupations des salariés en matière d’emploi, de salaires et de conditions de travail. On notera que les mouvements sociaux interviennent à un moment crucial pour le pays où la “révolution” dans les pays arabes, en particulier en Tunisie et en Égypte est suivie de très près par la population et où le risque de contagion n’est pas à écarter. Mais, il est difficile aussi de faire abstraction du fait que la Fête internationale des travailleurs est célébrée au lendemain de la levée de l’état d’urgence, laquelle a généré notamment des promesses de “changements imminents et globaux” et suscité des appels de partis politiques et d’associations à des marches pour réclamer “le changement”.
Dernièrement, Ahmed Ouyahia, qui porte la double casquette de Premier ministre et de secrétaire général du RND, a reconnu que l’Algérie traversait des “crises sociales”. Il a également admis que notre pays connaissait “une crise sociale et non politique”, en accusant cette fois des partis politiques de l’opposition de “transposer les tensions sociales sur le terrain politique”.
Sur un autre plan, M. Ouyahia a été intraitable sur la question relative à la réunion de la tripartite gouvernement-UGTA-patronat qui, selon lui, interviendra “en temps voulu”, puisqu’il n’y a aucune “urgence” pour le moment. De l’avis de certains observateurs, ces aveux traduiraient “une impasse de l’actuelle politique socioéconomique et l’absence d’une vision stratégique concernant des segments porteurs de croissance durable”.
Dans les faits, le gouvernement a opté pour “la paix sociale” pour faire face à la grogne sociale, en recourant à l’augmentation des dépenses publiques. En effet, la loi de finances complémentaire pour l’année 2011 (LFC 2011) prendra en charge les dépenses complémentaires qui seront versées en application des mesures prises, le 22 février dernier, par le Conseil des ministres, en plus des conséquences financières faisant suite à la signature des statuts particuliers de différents secteurs d’activité, dont ceux de la santé et des finances.
Dans une interview accordée dernièrement à l’agence APS, le ministre des Finances, Karim Djoudi, a révélé que la LFC 2011 s’inscrit dans “un contexte économicosocial caractérisé par la hausse à l’international des prix des différents produits et par la mise en œuvre des différents statuts professionnels des secteurs”. Selon le ministre, la LFC 2011 “vient apporter des correctifs à des décisions exceptionnelles qui seront prises durant un exercice donné” et portera sur les mesures visant la pérennité de “l’aide de l’État qui subventionne une large partie des produits de consommation et qui prend en charge les dépenses liées à la création et au maintien de l’emploi”. En d’autres termes, il sera question de “soutien des prix à la consommation de plusieurs produits vitaux pour la vie quotidienne des citoyens par la baisse de la pression fiscale et la facilitation de l’impôt”. Mais, face à la démarche de l’État qui ne lésine plus sur les moyens financiers, c’est tout le monde qui veut profiter de cette générosité, pour satisfaire les revendications relevant notamment des salaires, des indemnités et des primes.


 

Le Dr Mohamed Yousfi, président du SNPSSP

“Ce n’est pas en attribuant de l’argent que nous allons résoudre les problèmes”

Par : Djazia Safta

Liberté : À quoi attribuez-vous la montée en puissance de la contestation sociale en Algérie ?
Dr Mohamed Yousfi : C’est une question très vaste qui renvoie à plusieurs raisons. On ne peut pas parler de montée de la contestation, mais plutôt de conjoncture internationale et de ce qui se passe dans les pays proches. Il y a un sentiment chez le citoyen algérien qui le pousse à exprimer ses revendications. Nous, nous ne sommes pas insensibles à ce qui se passe dans les pays voisins et le pouvoir est prêt à faire le plus de concessions pour qu’il n’y ait pas d’explosion sociale. Alors, les différentes franges sociales trouvent l’environnement propice pour avancer leurs revendications.
Pour revenir à la contestation sociale, celle-ci existe mais elle a été réprimée en Algérie parce que le pouvoir était sourd à la grogne ou alors elle n’était pas bien organisée. Nous avons toujours dit que lorsqu’un pouvoir public tend à déserter ses responsabilités, que lorsqu’il y a une gestion de crise et la répression des gens, cela veut dire qu’il n’y a pas de démocratie. Les dirigeants gèrent dans l’urgence. Il n’y a pas de règlement approprié dans la gestion des demandes et attentes du citoyen. Dans les pays où il y a démocratie, il y a un dialogue : les dirigeants écoutent leurs citoyens et anticipent sur la contestation. Même quand la contestation est là, elle se déroule de manière pacifique.

Pensez-vous que les mesures et décisions prises jusque-là par les pouvoirs publics répondent aux revendications du monde du travail ?
Les mesures et décisions prises jusque-là par les pouvoirs publics ne répondent pas du tout aux revendications du monde du travail. Nous sommes en train de faire du replâtrage. Nous sommes en train de régler des problèmes par des coupes d’argent, tout réprimant à l’extrême les partenaires sociaux et en les écartant de la prise de décision. Ce n’est pas en distribuant de l’argent à droite et à gauche que nous allons résoudre les problèmes des travailleurs ! Dans notre pays, il faut un véritable changement et avoir des responsables élus par le peuple pour faire décoller le pays.

Comment expliquez-vous le silence de l’UGTA dans ce contexte de contestation ?
Il faut poser la question à l’UGTA. Au niveau de la Fonction publique, on ne voit pas ce syndicat et même le secteur économique est délaissé. L’UGTA ne représente personne du moment que la plupart des fonctionnaires sont affiliés à des syndicats autonomes. Cette organisation n’a pas de contact avec la base, alors elle ne peut pas la représenter. L’UGTA est utilisée à la place des syndicats autonomes dans la prise de décision ou la finalisation de négociations et la signature des accords. En tout cas pour nous, l’UGTA est déconnectée.


 

Malik Rahmani, coordonnateur national du CNES

“Comment sortir de l’économie rentière et préparer l’avenir”

Par : Nabila Afroun

Liberté : À quoi attribuez-vous la montée en puissance de la contestation sociale en Algérie ?
Malik Rahmani : La contestation sociale est le résultat d’un désir profond des citoyens de défendre leurs intérêts face à une situation socioéconomique qui ne rassure pas et qui semble échapper totalement au gouvernement. L’absence de larges débats politiques qui concourent à vulgariser les grandes décisions économiques et sociales, la déficience d’une communication constante et percutante ont largement contribué à fragiliser l’ensemble des segments de la société, en provoquant de fait une perte de confiance et une “peur” chronique. Les pouvoirs publics ont la lourde responsabilité d’accompagner cette dynamique pour qu’elle puisse être une démarche positive et non nihiliste.

Pensez-vous que les mesures et décisions prises jusque-là par les pouvoirs publics répondent aux revendications du monde du travail ?
Les décisions prises dans les circonstances actuelles ne peuvent être que provisoires. Cela, parce que les vraies décisions nécessitent, au préalable, des réformes politiques profondes à même de mobiliser l’ensemble des forces vives de la nation. La situation est certes complexe mais nous avons largement les moyens humains et matériels pour y faire face à condition bien sûr de laisser émerger une conscience citoyenne à travers la promotion des libertés collectives et individuelles. La question, qui doit être débattue maintenant, c’est comment sortir de l’économie rentière et préparer l’avenir sereinement, sans perdre encore de temps à tenter des réformes transitoires, juste pour gagner temporairement la “paix sociale”. Tout le monde doit être prêt à faire des sacrifices.

Comment expliquez-vous le silence de l’UGTA dans ce contexte de contestation ?
L’UGTA a été décrédibilisée dans la sphère syndicale car elle s’est tenue loin des préoccupations des travailleurs en général et des fonctionnaires en particulier. En outre, la montée des syndicats autonomes a largement gêné l’UGTA dans ses manœuvres avec le gouvernement.
Les temps ont changé et le monde du travail s’est émancipé graduellement : les travailleurs se battent pour défendre le droit à l’expression libre de leurs problèmes et préoccupations.


 

Belkacem Felfoul, président du SNAPAP

“Les travailleurs sont confrontés à la cherté

Par : D. S.

Liberté : À quoi attribuez-vous la montée en puissance de la contestation sociale en Algérie ?
Belkacem Felfoul : Nous pensons que la première raison de la montée en puissance de la contestation sociale est liée au retard dans la parution des statuts particuliers. De plus, les travailleurs sont confrontés à la cherté de la vie.

Pensez-vous que les mesures et décisions prises jusque-là par les pouvoirs publics répondent aux revendications du monde du travail ?
Nous pensons que les mesures prises jusqu’à présent par les pouvoirs publics sont insuffisantes. Nous sommes toujours en attente des statuts et ceux qui sont promulgués ne répondent pas aux attentes et revendications des fonctionnaires. Pour cela, nous demandons leur révision.

Comment expliquez-vous le silence de l’UGTA dans ce contexte de contestation ?
Nous savons que l’UGTA, qui représente le secteur économique, n’a pas de base dans l’administration publique. C’est ce qui explique que cette organisation syndicale est silencieuse.


 

Le CLA commente le mutisme de la Centrale syndicale

“L’UGTA a toujours pris le parti du gouvernement”

Par : Nabila Afroun

L’Algérie, à l’instar de la communauté internationale, célèbre le 1er Mai, la Fête internationale du travail. Cette journée puise son origine dans l’histoire des revendications pour une amélioration des conditions de travail et de vie.
Pour le Conseil des lycées d’Algérie (CLA), le temps et les adaptations locales de l’évènement ont entraîné une banalisation de la signification originelle de cette journée, ne donnant aucune prise de conscience des autorités publiques pour améliorer la situation des travailleurs algériens. “Nous vivons dans la précarité, et le gouvernement ne veut même pas voir la réalité et apporter une solution à la situation des travailleurs”, a déclaré Idir Achour, porte-parole du syndicat du CLA à Liberté.
Ce dernier explique que, depuis 1994, la situation des travailleurs ne cesse de se détériorer. Selon lui, le licenciement massif, l’érosion des salaires ainsi que la politique de contractualisation, prônée par le gouvernement, ont créé une situation de précarité qui a poussé les travailleurs à des mouvements de contestation dans plusieurs secteurs, notamment dans la Fonction publique. “Cette année encore, la Fête du travail intervient dans un contexte socioprofessionnel marqué par la grogne sociale”, déplore-t-il. Pour Idir Achour, la contestation, qui touche tout le pays, est tout à fait légitime puisqu’elle exprime “leur mécontentement ainsi que leur refus à subir une misère imposée par une mauvaise gestion des richesses”.
À propos des mesures prises par les autorités publiques pour apaiser le front social, le CLA estime qu’“en réalité, il n’y a aucune mesure prise concernant le régime indemnitaire, encore moins sur la grille des salaires”. Par ailleurs, les déclarations faites par le gouvernement sont qualifiées de “trompe-œil, destiné à calmer la grogne sociale que vit le pays”. Concernant les augmentations annoncées, M. Idir précisera qu’elles sont “déjà absorbées par l’inflation, ainsi que par la détérioration du pouvoir d’achat”. Le responsable syndical soutient également que les mesures prises pour baisser le taux de chômage, notamment la facilité d’acquisition des crédits pour la création des petites entreprises et que l’emploi de jeunes, ne sont qu’“une solution à court terme à défaut de créer d’une vraie allocation-chômage”.
Le CLA ne se fait pas d’illusion sur l’ouverture politique annoncée par le gouvernement. Sur ce registre, son porte-parole signale que les syndicats n’ont toujours pas obtenu leur agrément. “Il faut nous expliquer en quoi consiste l’ouverture politique, car même le droit de manifester et d’exprimer sa colère est encore interdit, voire même confisqué, en Algérie”, précise-t-il.
À la question se rapportant au silence de la Centrale syndicale, alors que le front social est en ébullition, Idir Achour répond sans hésitation : “L’UGTA est le partenaire social de l’État. L’UGTA ne représente plus les travailleurs algériens puisque ce syndicat adopte toutes les décisions du gouvernement au détriment des intérêts des travailleurs.”
Le porte-parole du CLA tient néanmoins à saluer certains syndiqués de l’UGTA qui, allant à l’encontre de leurs dirigeants, ont mené des grèves et qui ont paralysé plusieurs secteurs névralgiques du pays afin de faire valoir leurs droits.


Réveil tardif de l’UGTA

Sept propositions pour soutenir le pouvoir d’achat

Par : Djilali Benyoub

En plus des constantes, “la subvention des produits de large consommation et l’encouragement de l’augmentation de la production nationale”, l’UGTA réclame l’activation de textes sur la concurrence.

Longtemps en décalage avec la réalité des travailleurs, submergée par l’activisme des syndicats autonomes, l’UGTA, principal interlocuteur des pouvoirs publics, a mis toute son attention sur le pouvoir d’achat des Algériens qui ne cesse de dégringoler sous le double effet de “l’inflation et de la spéculation”. La Centrale syndicale a, pour remédier à cette situation, émis des suggestions, sept propositions à même d’amortir le choc sur les salaires qui, malgré leur revalorisation, sont vite rattrapés par les fluctuations “artificielles” des prix des produits de large consommation. En plus des constantes “subvention des produits de large consommation et l’encouragement de l’augmentation de la production nationale”, l’UGTA réclame l’activation de textes sur la concurrence pour freiner les situations monopolistiques et oligopolistiques. Il y a lieu de relever que c’est la première fois où ce syndicat hausse le ton et utilise cette terminologie qui sous-entend un danger sur l’économie et le marché s’ils sont détenus par une minorité d’opérateurs. En premier lieu, selon l’UGTA, il y a nécessité de l’ouverture et de l’organisation des marchés de gros des fruits et légumes. La centrale propose la construction de 10 marchés de gros, un marché pour trois wilayas avec la multiplication des marchés de détail ainsi que la réactivation de l’Ofla et de l’Onaco. La mise en place de ce dispositif est estimée à 82 millions de dollars, mais la contrepartie se mesure en emplois à créer. Pendant l’investissement, l’exploitation et en comptant les postes indirects, ce sont pas moins de 92 100 emplois qui seront créés. L’impact sur les prix sera certain en ce sens qu’il y aura diminution des prix à la consommation, diminution des marges et incidemment le plafonnement des prix au détail. La réactivation de l’Onaco permettra de son côté de réguler les prix des produits importés. Elle propose, également, l’organisation de la filière viandes à travers le plafonnement des prix, le soutien des prix des aliments, l’acquisition des équipements de collecte de lait et la création d’un office des viandes. En plus de la régulation du marché, le plafonnement des prix et de l’augmentation de l’offre, l’UGTA prévoit la création de plusieurs centaines d’emplois, une fois le dispositif lancé. La fermeture et l’abandon des grandes surfaces, galeries et Souk el-Fellah, ont laissé un vide que n’ont pas réussi à combler les nouvelles surfaces privées, les supérettes. Pour rattraper le coup, la centrale UGTA demande leur réouverture en partenariat avec le secteur privé. Sans donner de détail sur cette opération, l’UGTA met l’accent sur les chiffres. 150 grandes surfaces à réhabiliter pour un montant de 115 millions de dollars avec à la clé, plus de 36 000 emplois à créer. Pour les milieux professionnels, les coopératives de consommation reviennent comme un outil efficace et l’UGTA demande le réexamen du crédit à la consommation. Dans ce cas, le coût financier est assumé par les œuvres sociales des entreprises. Après enquête, selon le document élaboré par la centrale, le syndicat aboutit à la conclusion que pour des raisons d’évolution sociologique, la demande sur le logement sera accrue. D’où la conclusion-proposition : “soutenir fortement le prix du ciment et les matériaux de construction produits localement pour répondre à une demande sociale de logement de plus en plus importante et source de tensions difficilement gérables”. L’UGTA s’attaque, enfin, à la fiscalité et taxes douanières qui, d’une certaine manière entravent la production nationale. Aussi propose-t-elle leur révision de manière à les mettre en adéquation avec “les objectifs de soutien au produit local, la création d’emploi et la défense du pouvoir d’achat des citoyens”. En plus du retard de la réaction de l’UGTA qui n’a pas semblé avoir saisi les signaux de la société opportunément, l’organisation de Sidi-Saïd n’apporte aucune innovation dans ses propositions puisqu’une partie importante est déjà contenue dans des décisions et mesures déjà prises, notamment par le président de la République concernant les produits agricoles et les filières lait et viandes, le ministère du Commerce, le ministère de l’Agriculture… En définitive, l’UGTA n’a pas dérogé à sa règle de conduite et à sa nature de pompier des pouvoirs publics, mieux encore, elle intervient quand le feu a déjà pris avec un extincteur à la poudre périmée.


 

Des syndicats autonomes veulent en finir avec son hégémonie

L’UGTA craint-elle le jeu pluraliste ?

Par : Hafida Ameyar

Alors que le front social connaît une agitation sans précédent, la direction de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) garde le silence, donnant ainsi l’impression d’être dépassée par les évènements.
Le vieux syndicat, qui nous a habitué, ces dernières années, à le voir intervenir en pompier avisé, se tient en retrait, ne serait-il pas piégé par la signature du pacte économique et social (en 2006) et la caution du processus de “paix sociale” en général ?
En tout cas, le silence de la Centrale syndicale UGTA contredit l’esprit de ses textes, qui définissent l’organisation comme “une organisation syndicale démocratique, revendicative et indépendante de toute tutelle”.
Il contraste également avec le contexte (théoriquement) plurisyndical, surtout avec les missions d’“organisation syndicale unitaire ouverte à tous les travailleurs”, à l’écoute des problèmes et des préoccupations des travailleurs.
Pourtant, l’année dernière, l’organisation dirigée par Sidi-Saïd a fait parler d’elle, en s’impliquant dans la hausse du SNMG et l’élaboration des conventions collectives et de branches.
En optant pour le mutisme, alors que des luttes sont menées actuellement dans le monde du travail, y compris chez des syndicats qui lui sont affiliés, l’UGTA, seule organisation reconnue officiellement par les pouvoirs publics et seul syndicat membre de la tripartite, risque de conforter ceux qui persistent à dire que “l’UGTA n’est plus ce qu’elle était”, ou encore ceux qui pensent que “l’hégémonie de l’UGTA est bel et bien terminée sur le terrain”.
Pour ces derniers, l’arrivée en force des syndicats autonomes ou de corporation, dont certains ont déjà apporté la preuve de leur grande capacité de mobilisation, aurait fait perdre le gros des troupes de l’UGTA, dans la Fonction publique, essentiellement dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur.
Les plus importants reproches dirigés contre la direction de l’UGTA sont, outre la “logique carriériste” dominant au secrétariat national, son soutien inconditionnel au pouvoir sous l’argument de “la stabilité nationale” et son indifférence vis-à-vis des autres syndicats ou son “affront à l’esprit de solidarité syndicale” qui devrait l’animer.
En février dernier, à l’occasion de la célébration du 54e anniversaire de la création de l’UGTA, le secrétaire général de ce syndicat, Abdelmadjid Sidi-Saïd, a réitéré son “soutien total” au président Bouteflika, à son programme d’investissement et de développement 2010-2014, de même qu’aux mesures économiques prises dans le cadre des lois de finances depuis 2009. Très récemment, le patron de l’UGTA a salué les dernières mesures annoncées par M. Bouteflika, lors du dernier Conseil des ministres, considérant que celles-ci “sont de nature à ancrer davantage la dynamique dans la voie de la cohésion nationale et du développement économique et social” en faveur du monde du travail.
L’UGTA s’est également exprimée sur le dernier discours de M. Bouteflika à la nation, soulignant que les réformes proclamées sont “une réponse claire et sans équivoque aux aspirations des travailleuses et des travailleurs”.
Si dans les rangs de l’UGTA, des syndicalistes de la base poursuivent la lutte “sans toutefois reconnaître cette Centrale bureaucratique et figée dans ses positions” et ambitionnent de la “libérer (…) pour la rendre aux travailleurs”, le point de vue des syndicats autonomes diffère.
Dans ce milieu, d’aucuns ont compris que l’actuelle grogne sociale est une des rares occasions d’en finir avec “l’hégémonie de l’UGTA, derrière laquelle se cache le pouvoir pour empêcher l’émergence du pluralisme syndical”.


Des grèves et des menaces de débrayage

Le front social en ébullition en Algérie

Par : Hafida Ameyar

Le front social bouillonne en Algérie depuis le début de l’année en cours. En effet, depuis les émeutes du début janvier, une série de grèves a été initiée dans tout le pays, touchant différents secteurs.
Outre l’enseignement supérieur, l’éducation et la santé (médecins résidents, médecins spécialistes, paramédicaux), d’autres corporations sont également en effervescence.
Le mouvement de débrayages a aussi touché des secteurs habituellement peu frondeurs comme celui de la justice, avec un mouvement des greffiers, et ceux des agents municipaux et des gardes communaux. Même les chômeurs, les cheminots et le secteur du commerce relevant de la Direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes (DGCERF), ainsi que celui des médias publics (radio et presse écrite) et le secteur névralgique par excellence des hydrocarbures (zones pétrolières et gazières du sud du pays) se sont mis de la partie.
Le mois d’avril, à lui seul, a enregistré plusieurs grèves, notamment dans les secteurs de la Fonction publique, de la poste, des technologies de l’information et de la communication (débrayage à Algérie Poste), et de la pêche, chez les auxiliaires médicaux en anesthésie et réanimation
(de Bouira) et chez les postiers de six wilayas de l’est du pays (Annaba, Souk-Ahras, Guelma, El-Tarf, Tébessa et Skikda). Sur la longue liste des revendications figurent, en premier lieu, l’augmentation des salaires et des primes, la révision du régime indemnitaire, la promulgation de statuts particuliers adéquats, le droit à la formation, la promotion dans la carrière professionnelle, l’amélioration des conditions de travail et le respect du libre exercice syndical.
Dans l’éducation, la fin du monopole de la gestion des œuvres sociales par l’UGTA représente également une des revendications des contestataires.
À peine une grève est arrêtée qu’une autre s’annonce.
Les syndicats, essentiellement ceux dits autonomes, ne semblent pas avoir enterré la hache de guerre.
La grève annoncée dans le secteur de l’éducation nationale, à partir du 26 avril dernier, à l’initiative des trois syndicats (Snapest, Cnapest et Unpef), a seulement été gelée sous prétexte que le ministre de tutelle s’est engagé à prendre en charge toutes leurs revendications.
Par ailleurs, un appel à la grève dans le secteur des médias (public et privé) a été lancé pour le 3 mai prochain.
Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSS) menace également d’un débrayage en mai si ses revendications ne sont pas satisfaites.


Selon l’article 87 de la Convention de l’OIT

L’Algérie tenue de respecter les libertés syndicales

Par : Hafida Ameyar

En juin 2010, l’Algérie était inscrite sur une liste de 41 pays (aux côtés du Royaume-Uni, du Canada, de l’Égypte, du Maroc, etc.) devant être traduits devant la Commission de l’application des normes de la Conférence internationale du travail (CIT), l’équivalent d’un tribunal syndical international. Sur plainte des syndicats autonomes, l’État algérien a, en effet, été poursuivi pour “non-respect de l’article 87 de la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical”. Que dit au juste cet article ? Il stipule que “tout membre de l'Organisation internationale du travail pour lequel la présente convention est en vigueur s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées, en vue d’assurer aux travailleurs et aux employeurs le libre exercice du droit syndical”. En 2010, la délégation algérienne, conduite par le secrétaire général de l’UGTA, M. Sidi-Saïd, est parvenue à bloquer la tentative de traduire notre pays devant la commission de la CIT. Seulement, cet épisode ne saurait être gommé des procès-verbaux de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de sa CIT. Le fait d’avoir été porté parmi des États non respectueux de la liberté et des droits syndicaux pèsera certainement dans les rapports ultérieurs, surtout si le gouvernement algérien est de nouveau la cible de plaintes pour non-respect de normes de la CIT, au cours de la 100e session de la CIT qui aura lieu du 1er au 17 juin prochain, en Suisse. Cette hypothèse est à prendre au sérieux, si l’on se réfère aux déclarations du secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), Mohamed Salem Sadali, qui est également membre de la CNCD-Barakat Satef. Le 5 avril 2011, ce dernier a, en effet, révélé que la CNCD-Barakat appelle à l’union du front social, pour marquer la journée du 1er Mai. Sur le registre des libertés et droits syndicaux, M. Sadali a informé qu’après “une concertation entre tous les syndicats autonomes, nous allons procéder à un dépôt de plainte collective au Bureau international du travail”. L’OIT, pour rappel, est une institution tripartite spécialisée des Nations unies. Elle comprend actuellement 183 États membres, qui se réunissent chaque année à la CIT, à Genève (Suisse), au mois de juin. Chaque pays est représenté par une délégation composée de deux délégués gouvernementaux, un délégué employeur et un délégué travailleur, assistés de conseillers.

 
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Luttes syndicales  
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