Grève largement suivie dans la fonction publique

« Le gouvernement a privilégié la casse au dialogue »

El Watan, 15 avril 2008

Au deuxième jour du débrayage déclenché par les syndicats autonomes regroupés dans deux grandes structures syndicales qui sont la Coordination nationale des syndicats autonomes de la fonction publique (CNSAFP) et l'Intersyndicale autonome de la fonction publique (IAFP), les animateurs de cette action parlent d'une réussite totale de la grève qui a vu l'adhésion d'un grand nombre de fonctionnaires.

Selon les estimations, le taux de suivi a dépassé les 80% dans les différents secteurs, notamment l'éducation et la santé. Il est clair que les intimidations et les menaces de l'administration n'ont fait qu'attiser la flamme des mécontents qui revendiquent aujourd'hui plus que jamais l'occupation de la rue comme seule alternative pour la prise en charge définitive de leurs revendications justes et légitimes. « Le gouvernement a utilisé tous les moyens pour casser notre mouvement de protestation et faire face aux syndicats autonomes. Il a tout utilisé à l'exception de la négociation qui est pourtant l'unique clé pour le règlement de tous les conflits », a déploré hier M. Saadali, porte-parole du Satef et membre de l'IAFP. Notre interlocuteur ne comprend également pas le comportement de l'Exécutif qui se permet de se substituer à la justice en décrétant à chaque fois la grève des syndicats autonomes illégale. « Le chef du gouvernement refuse de nous écouter. Il nous ignore, il nous qualifie de non-représentatifs, mais il nous envoie des correspondances pour nous intimider et pour nous traîner devant les tribunaux », ont soutenu les membres de la coordination qui ont opté pour l'unification de l'action pour répondre fortement aux pouvoirs publics. M. Saadali estime que cette nouvelle initiative caractérisée par l'unification des rangs de toutes les organisations syndicales est historique dans le domaine des luttes syndicales. Percutant, notre interlocuteur a rappelé que les fonctionnaires ne font pas grève par gaieté de cœur, ni pour faire dans l'exhibition, mais plutôt pour faire pression et rendre visible leur mécontentement social et leur lutte syndicale. « Pour ce mois-ci, la fiche de paie des fonctionnaires a été sensiblement gonflée. Il y a eu la comptabilisation de la prime complémentaire ainsi que les augmentations insignifiantes et les rappels de plusieurs mois. Ceci vise à faire croire au fonctionnaire qu'il a bénéficié d'une augmentation conséquente. Ces détails ont été rendu publics à la veille de notre protestation dans l'unique but de nous casser », a soutenu M. Saadali. M. Mériane qualifie, quant à lui, le gouvernement de tricheur. « Le fonctionnaire se rendra compte de la réalité de ces augmentations à partir du mois prochain et ce, lorsqu'il percevra une fiche de paie maigre avec juste un net des plus dérisoires », a-t-il souligné. Hier, les premiers responsables des syndicats autonomes structurés au sein de la coordination se sont déplacés au Palais du gouvernement pour demander audience au chef du gouvernement afin de lui remettre la plateforme revendicative des fonctionnaires et lui faire part de leurs propositions ainsi que de leurs problèmes ayant trait à la situation sociale marquée par l'inflation, l'exclusion des syndicats de toutes les négociations, la non-reconnaissance par les pouvoirs publics des syndicats autonomes comme étant un partenaire social et la révision de la grille des salaires. Néanmoins, comme attendu, les portes de la chefferie du gouvernement sont restées fermées devant les syndicalistes qui ne cessent de réclamer un dialogue sincère et constructif. Les porte-parole des syndicats se sont vu dans l'obligation de déposer leur missive au niveau du bureau d'ordre en espérant un « droit de regard ». Par ailleurs, pour ce qui est de la journée d'aujourd'hui, la coordination compte remettre une lettre détaillée de leurs préoccupations à tous les partis siégeant à l'APN. Autre activité, les hospitalo-universitaires organiseront dans l'enceinte de l'hôpital Mustapha Bacha une assemblée générale suivie d'un sit-in. Il est également prévu un rassemblement général de tous les délégués syndicaux affiliés à l'intersyndicale à hauteur du Palais du gouvernement. Les fonctionnaires à travers cette manifestation veulent exprimer leur désarroi, rendre plus visibles leur mécontentement et leur refus de la politique prônée par le gouvernement à l'égard des fonctionnaires et des syndicats autonomes. « Nous n'allons pas demander audience à M. Belkhadem et nous n'allons pas lui remettre une lettre revendicative d'autant plus qu'il connaît parfaitement nos problèmes et nos besoins. Nous allons démontrer à tout le monde, et plus particulièrement à nos responsables qui font la sourde oreille, que nous en avons ras-le-bol de cette situation. Le fonctionnaire était et reste le maillon faible de la chaîne », a souligné M.Saadali.

Nabila Amir



Deuxième jour du débrayage des syndicats autonomes

Ecoles et hôpitaux au ralenti à Alger

Au deuxième jour de la grève lancée par une vingtaine de syndicats autonomes de la Fonction publique, la périphérie Est d'Alger était au rythme de la protesta qui a ciblé, notamment, les établissements hospitaliers et scolaires.

Selon des témoignages recueillis sur les lieux, le taux du débrayage frôle les 85% dans les deux secteurs. Première escale : polyclinique des urgences de Baraki qui assure les services de médecine interne, endocrinologie, médecine du travail, chirurgie dentaire. Hormis les paramédicaux et les femmes de ménage qui ont assuré timidement leur activité, l'ensemble du personnel soignant, dont des médecins spécialistes, généralistes et dentistes était en grève. Le médecin en chef avance un taux de grève de 100%. « Les paramédicaux ont travaillé car ils ont fait, récemment, leur grève et ils ont eu gain de cause concernant le LMD », explique-t-il. A quelques encablures, l'école Colonel Amirouche (Baraki) était presque déserte, sauf deux vacataires qui assurent les cours, n'ayant plus droit à la grève. « Tous les enseignants titulaires ont séché les cours dimanche et lundi », témoigne un agent, déplorant, au passage, les promesses non tenues de la tutelle. Une virée dans cette bourgade renseigne sur un arrêt quasi-total dans les établissements scolaires. A l'école du 11 Décembre 1960, la grève a été suivie à 100%. Même paralysie à l'école de Bentalha. A l'école Doukani Saïd, seuls les contractuels étaient visibles sur les lieux. Globalement, à Baraki, Bentalha et Sidi Moussa, l'activité des écoles a été réduite au point mort. A El Harrach, où se trouve l'établissement hospitalier spécialisé, Salim Zmirli, les services orthopédie et traumatologie, chirurgie générale, médecine interne, neurochirurgie et réanimation activent au ralenti. « L'hôpital fonctionne comme une chaîne. Si un seul maillon manque, l'ensemble de la machine s'arrêtera », explique d'emblée un maître assistant qui semble acquis au mot d'ordre de grève. En effet, les maîtres assistants et les médecins docents ont répondu massivement à l'appel du débrayage dont le taux avoisine les 100%. Seuls les généralistes et les résidents prodiguent des soins d'urgence. Les paramédicaux, aussi, n'ont pas adhéré au mouvement de grève. Un médecin explique : « Les blessés et les traumatisés ou les malades hospitalisés sont pris en charge normalement. Cependant, les malades programmés ont été bloqués. » Un maître assistant, démoralisé au plus haut point, dénonce « le dénigrement » dont est victime la corporation de la santé. Le problème nodal, selon lui, réside dans la sourde oreille affichée par la tutelle envers les médecins. « Il y a absence totale de prise en charge des revendications », assène-t-il. Pour lui, la revendication portant révision de la grille des salaires n'est qu'une partie infime d'un ensemble de revendications socioprofessionnelles. L'essentiel, juge-t-il, consiste à garantir un profil de carrière pour les personnels de la santé. La grève ? « On est arrivé à une impasse. C'est un échec pour les deux parties (tutelle et syndicats), car seul le pauvre malade paie les frais », déplore-t-il. « On est arrivé à une situation où des Algériens partent en Tunisie ou au Liban pour se faire soigner d'un simple mal de tête », ironise-t-il, non sans regret.

Mustapha Rachidiou


 

Benbouzid menace les grévistes de sanctions

Tout en appelant les syndicats autonomes au dialogue afin de « trouver une issue favorable » au conflit, le ministre de l'Education nationale, Boubekeur Benbouzid, s'est montré menaçant à l'égard des grévistes ayant répondu à l'appel de l'intersyndicale.

Il a déclaré hier lors de la visite d'inspection qu'il a effectuée à Tizi Ouzou : « Les portes du dialogue sont entièrement ouvertes. Toutefois, pour ceux qui veulent poursuivre la grève, la loi sera appliquée. Ils seront tout simplement sanctionnés. » « Concernant l'augmentation des salaires, les prérogatives sont du ressort de la Fonction publique. Il n'y a pas aujourd'hui un enseignant qui touche moins de 20 000 DA en Algérie », s'est-il contenté d'ajouter sur le débrayage de trois jours enclenché depuis samedi par les travailleurs de l'éducation, à l'instar de ceux de divers secteurs de la Fonction publique. Par ailleurs, au niveau du nouveau lycée de la ville des Genêts, les enseignants, dont 30% des effectifs sont vacataires, n'ont pas laissé passer cette occasion sans interpeller le ministre sur leur cas qui perdure, selon eux, depuis une année. Les doléances sont multiples. Il s'agit, entre autres, de leur salaire qui n'a pas été versé depuis, disent-ils, plus d'une année. « On est des diplômés maltraités. On travaille sans répit mais on n'a aucun droit », ont-ils fait remarquer à l'endroit du représentant du gouvernement. Sur un autre registre, le ministre a annoncé des nouveautés dans son secteur. Celles-ci consisteront essentiellement en des mesures d'ordre pédagogique. Il a en effet confirmé la suppression, à partir de la rentrée prochaine, de la demi-journée du jeudi pour les classes du primaire qui bénéficieront également d'un allégement dans l'emploi du temps, dont le nombre d'heures d'étude sera réduit à 24 heures par semaine au lieu de 27. Evoquant le préscolaire, M. Benbouzid a annoncé que son secteur procédera au recrutement de 16 000 nouveaux enseignants destinés aux classes préparatoires.

H. Azzouzi




  Luttes syndicales  
www.algeria-watch.org