Franc dialogue

El Watan, 13 février 2008

La grève de trois jours des syndicats autonomes de l’administration, de l’éducation et de la santé a été largement suivie. L’activité dans ces secteurs a été sensiblement réduite, en dépit de ce qu’a déclaré le ministère de l’Education nationale qui, à force de chiffres difficilement vérifiables, prétend qu’à peine un peu plus de 6% des personnels auraient répondu à l’appel des syndicats. Pour ces derniers regroupés autour d’une intersyndicale, par contre, refusant de s’engager dans cette bataille de chiffres, ce deuxième mouvement de grève depuis le début de l’année est, sans aucun doute, un succès. Les syndicats autonomes ont fait montre d’une certaine maturité. L’adhésion massive des personnels de la Fonction publique, à cette nouvelle « protesta », en est sans doute la preuve. L’autre partie des syndicats autonomes regroupés autour de la coordination lancera, quant à elle, son deuxième mouvement de grève pratiquement le jour même du 52e anniversaire de l’UGTA. Un sacré pied de nez à la vieille centrale syndicale fondée par Aïssat Idir, débordée aujourd’hui par les mouvements qui lui échappent totalement. On pourra toujours essayer de supputer sur les raisons qui ont poussé coordination et intersyndicale qui regroupent ces syndicats à ne pas unifier leurs actions. Mais sans doute que le pluralisme syndical, c’est aussi cela... Au vu de l’écho favorable qu’ont eu ces actions auprès des travailleurs, il est évident par contre que les syndicats autonomes ont trouvé une certaine crédibilité que l’UGTA a perdue depuis quelque temps. Et ce, en dépit de la volonté du pouvoir qui persiste à en faire encore aujourd’hui un partenaire incontournable du dialogue social. En vérité, les autonomes n’ont sans doute plus rien à prouver en matière de représentativité à travers les revendications légitimes des catégories de personnels qui ont pris part à ces mouvements de grève. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics. La réponse attendue n’est certainement pas celle qui consiste à travers des statistiques discutables à essayer de prouver que la grève n’a pas du tout affecté le fonctionnement des secteurs concernés. Mais elle tient plutôt dans l’ouverture d’un dialogue franc et sincère avec les syndicats autonomes autour des revendications qui sont mises sur la table. D’autant plus qu’aujourd’hui, la plupart d’entre eux, pour ne pas dire tous, estiment que les mesures arrêtées par le gouvernement sont nettement insuffisantes. Parmi les revendications, la révision des salaires à travers le relèvement du point indiciaire et du régime indemnitaire figurent en tête de liste. Viennent ensuite la révision des statuts sectoriels des personnels et la lutte contre la précarité de l’emploi avec l’intégration des agents vacataires, estimés à des dizaines de milliers dans l’enseignement et l’administration locale. Des revendications qui persistent depuis des années et auxquelles l’UGTA est restée sourde préférant s’engager dans la « surenchère politique » avec l’appel au président de la République à briguer un troisième mandat.

Reda Bekkat


Fin du débrayage de l’intersyndicale autonome de la fonction publique

Les syndicats déplorent l’arrogance et le mépris des pouvoirs publics

El Watan, 13 février 2008

L’intersyndicale autonome de la Fonction publique qualifie le mouvement de débrayage, deuxième action de protestation depuis le début de l’année 2008, de grande réussite et de succès total.

L’arrogance et le mépris des pouvoirs publics envers les syndicats autonomes de manière générale et les fonctionnaires plus particulièrement mèneront inévitablement vers une escalade de la contestation sociale. » C’est là le constat établi hier au troisième et dernier jour de la grève, à laquelle a appelé l’intersyndicale autonome de la Fonction publique, par les représentants des huit syndicats formant cette nouvelle structure. Les initiateurs de cette action qualifient ce mouvement de débrayage, deuxième du genre depuis le début de l’année 2008, de grande réussite et d’un succès total. De ce fait, les syndicats envisagent, vu la détermination et la mobilisation des fonctionnaires, de radicaliser leur mouvement et de hausser le ton, si les pouvoirs publics continuent à les ignorer et à leur tourner le dos. Les syndicats regrettent, dans ce sillage, l’attitude des pouvoirs publics qui continuent à appliquer la politique de l’indifférence à l’égard non seulement des fonctionnaires mais du peuple dans son ensemble. « Face à cette situation, nous pensons que les pouvoirs publics se plaisent dans les grèves et ne se soucient guère du devenir ni des élèves ni des étudiants. De notre point de vue, ce sont les pouvoirs publics qui prennent en otages les collégiens et non pas les organisations syndicales », a soutenu M. Lemdani, chargé de l’information au niveau du Cnapest. A l’unanimité, les représentants de l’intersyndicale se sont interrogés sur le comportement et le mutisme du gouvernement. « Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement veut créer un climat de confrontation avec les syndicats autonomes ? Nous avons l’impression que les pouvoirs publics utilisent tous les moyens pour nous provoquer », se sont-ils exclamés. Les syndicats se sont réunis hier pour évaluer leur mouvement à l’échelle nationale. Le secteur de l’éducation a connu, selon les syndicalistes, une perturbation notable et un taux de suivi très élevé. A Bouira et Tipaza, pour ne citer que ces deux wilayas, la grève a été observée même par les enseignants des cycles primaire et moyen. « Nous sommes satisfaits du taux d’adhésion des enseignants et du personnel des structures à ce débrayage. Au sein du CLA, l’on estime que la grève a été massivement suivie. Un nombre très infime de lycées n’a pas suivi cette grève », a souligné un membre du CLA qui précise que sur les 140 établissements secondaires existants dans la wilaya, seuls 10 lycées ont fait défection. En outre, les fonctionnaires des secteurs de l’administration publique, santé, enseignement supérieur ont répondu « favorablement » au mot d’ordre de grève. Le débrayage des fonctionnaires a atteint, à l’échelle nationale, le taux de 80%, estiment les représentants de l’intersyndicale en précisant que les fonctionnaires de l’administration publique, notamment les collectivités locales, ont, en dépit de différentes pressions de la part de l’employeur, répondu à l’appel de l’intersyndicale. M. Lemdani fait part, toutefois, de cas d’abus constatés à tous les niveaux et déplore le recours de certains responsables aux menaces de retenue sur salaire. Revenant au sit-in que devaient observer les membres de l’intersyndicale devant la chefferie du gouvernement, les représentants des fonctionnaires n’ont fait que confirmer le manque de considération à leur égard par les pouvoirs publics. « Nous avons décidé de nous adresser à la source en remettant au chef du gouvernement une motion contenant nos revendications, malheureusement les services de sécurité nous ont sommés de rebrousser chemin et de laisser notre missive au niveau du bureau d’ordre. Nous avons rejeté cette option », a expliqué M. Lemdani. Cela dénote, de l’avis de tous les représentants des syndicats, que le gouvernement ne veut pas de véritables négociations mais plutôt une pseudo rencontre et cette stratégie ne va nullement régler les problèmes des fonctionnaires qui vivent dans des conditions insoutenables. Par ailleurs, les huit syndicats ont décidé de se réunir prochainement pour décider des actions à venir, après consultation de leurs bases respectives. Les syndicats restent en outre attachés à leur plateforme de revendications qui tourne autour de la consultation des syndicats autonomes dans l’élaboration des nouveaux statuts particuliers et du régime indemnitaire. Ils exigent surtout une réévaluation du point indiciaire pour assurer des salaires décents aux travailleurs en fonction de la cherté de la vie.

Nabila Amir


Intersyndicale de la fonction publique

Les grévistes empêchés de tenir leur sit-in

Le rassemblement de l’intersyndicale autonome de la Fonction publique devant le Palais du gouvernement n’a pas eu lieu hier.

Les délégués de cette organisation composée de sept syndicats (Cnapest, CLA, Satef, Snapap, SNTE, Snapem et Ceca) ont été empêchés d’atteindre les lieux. C’était prévisible, mais les syndicalistes sont allés au bout de leur action et ont marqué le point. Le décor est planté dès les premières heures de la matinée. Il était 9h45. Les syndicalistes commencent à se rassembler devant la Grande Poste, premier lieu de rencontre avant le départ vers le Palais du gouvernement. Les policiers, eux, étaient déjà là. En uniforme et en civil, ils bouclaient toutes les ruelles menant vers le lieu du sit-in. Vers 10h, de nombreux fonctionnaires ont rejoint la foule. Elles étaient environ 200 personnes. Brandissant des banderoles et des pancartes sur lesquelles sont inscrites leurs revendications, les contestataires s’apprêtaient à marcher. C’est à ce moment-là que les policiers interviennent pour disperser la foule. « Partez ! Dispersez-vous », lance un des policiers à leur adresse en les bousculant. « Ouladna harraga, ntouma haggara » (nos enfants sont des harraga et vous vous êtes injustes) et « Djazaïr horra dimoqratiya » (l’Algérie libre et démocratique) scande la foule en réaction à l’attitude des agents de l’ordre qui veulent la pousser à quitter les lieux. Un syndicaliste du Snapap a été tabassé et un autre représentant du Cnapest a failli être embarqué. Malgré la pression des policiers, les protestataires tentent de marcher vers le Palais du gouvernement en empruntant la rue principale. Repoussés, ils décident alors de prendre un raccourci. Ils empruntent les escaliers de la rue El Idrissi. En vain. Postés au niveau du boulevard docteur Saâdane, menant vers le siège du gouvernement, les policiers les repoussent à nouveau. Rassemblés au niveau des mêmes escaliers, les protestataires scandent à nouveau des slogans hostiles aux pouvoirs publics et aux policiers. « Ce sont des policiers misérables comme nous qui nous tabassent », crient-ils encore avant de procéder à la prise de parole. C’est le coordinateur du Cnapest, Nouar Larbi, qui prend la parole en premier pour lire une déclaration et proposer la constitution d’une délégation des représentants de chaque syndicat. Une délégation qui devait se rendre au Palais du gouvernement pour y rencontrer le chef de l’exécutif. Venant épauler les syndicalistes, des députés du RCD, Ali Brahimi et Tahar Besbas, prennent aussi la parole pour témoigner le soutien de leur parti au mouvement. « Le groupe parlementaire du RCD proposera, dès la prochaine session du Parlement, l’ouverture d’un débat sur le pouvoir d’achat des Algériens », déclare Ali Brahimi sous un tonnerre d’applaudissements. Des représentants du FFS et d’autres organisations étaient également présents. Une fois constituée, la délégation tente de se rendre vers le Palais du gouvernement. Empêchés une nouvelle fois, les membres de l’organisation invitent alors les contestataires à rentrer chez eux. « Aujourd’hui, nous avons confirmé que les portes du dialogue sont scellées devant les syndicats autonomes », résume Hadj Djilani, chargé de la communication du Snapap (aile conduite par Rachid Malaoui). Avant de quitter les lieux, les leaders des sept syndicats affirment que le mouvement ne va pas s’essouffler. « Nous pouvons augmenter la pression, si nos bases le veulent », concluent-ils.

Madjid Makedhi

 


Un mouvement de « résistance sociale » apparaît

Les syndicats autonomes, représentants des travailleurs de la Fonction publique, semblent décidés à aller jusqu’au bout pour s’imposer en tant que partenaire social incontournable.

Tels sont en tout cas la détermination et l’objectif qu’ont affichés hier les principaux animateurs d’une assemblée générale organisée à l’USTHB par la section syndicale du Syndicat autonome du personnel de l’administration (Snapap) de l’USTHB et le Conseil national de l’enseignement supérieur (Cnes). Ces deux syndicats ne comptaient pas baisser les bras et accepter ce qu’ils qualifient d’« humiliation » des pouvoirs publics. Farid Cherbal, membre de la coordination du Cnes, a estimé qu’« un mouvement de résistance sociale est en train de se construire jour après jour dans la Fonction publique ». Son collègue du Snapap, Mourad Mostefaoui, abonde dans le même sens en estimant que « c’est le début d’une nouvelle ère » pour les syndicats de la Fonction publique. La salle polyvalente de l’USTHB s’était avérée exiguë pour contenir l’assistance venue à cette AG où d’aucuns n’ont pas manqué d’appeler à la nécessité de la construction d’une solidarité syndicale à l’échelle nationale. Le syndicaliste du Cnes a tenu à rappeler dans son intervention : « Nous sommes là à l’appel de l’intersyndicale de la Fonction publique autour d’une plate-forme de revendications commune. » Il s’agit, a-t-il rappelé, de la défense du pouvoir d’achat, l’amendement du passage relatif – dans la nouvelle grille des salaires – au point indiciaire, la concertation avec les partenaires sociaux sur le statut particulier et la défense des libertés syndicales. « La liberté syndicale est sacrée », dira M. Mostefaoui du Snapap. « Nous devons être déterminés. S’il n’y a rien, d’autres actions vont suivre », promet-il. « Ça suffit, assez d’humiliations ! A partir d’aujourd’hui, plus personne ne touchera aux droits des travailleurs », criera-t-il encore. Aux yeux de ce syndicaliste du Snapap, « le gouvernement nous a humiliés avec des salaires minables » et a exhorté les fonctionnaires à rester unis pour arracher leurs revendications. La nouvelle grille des salaires « n’apporte rien », selon M. Mostefaoui qui estimera aussi que « les nouveaux statuts particuliers n’ont fait que rétrécir nos droits ». Les pouvoirs publics, pour lui, « n’ont fait que créer des misérables. » « Le pouvoir d’achat des travailleurs s’est nettement détérioré », poursuit pour sa part M. Cherbal. Ce dernier appelle le gouvernement à faire des mécanismes civilisationnels urgents de défense du pouvoir d’achat des travailleurs et à amender l’article relatif au point indiciaire dans la nouvelle grille des salaires. La promulgation des statuts particuliers irrite aussi M. Cherbal qui estimera qu’« on ne peut pas faire des statuts par improvisation et sans le respect des lois 90-02 et 90-14 ». M. Cherbal regrette le fait qu’« un simple communiqué du gouvernement en octobre 2004 remette en cause tout un article de la Constitution ». Pour M. Cherbal, « ce mouvement syndical va obliger les pouvoirs publics à ouvrir les portes des négociations ».

Rabah Beldjenna

 


Des organisations internationales se solidarisent avec l’intersyndicale

La solidarité syndicale internationale s’organise. En effet, plusieurs organisations syndicales de France, d’Espagne, du Maroc et de Tunisie ont témoigné hier leur solidarité avec l’intersyndicale autonome de la Fonction publique.

Les syndicalistes français ont annoncé l’organisation d’un rassemblement devant le consulat d’Algérie à Paris. « Nous voulons exprimer notre solidarité avec les syndicats autonomes et leurs militants et donner de la visibilité en France à ces luttes qui sont trop souvent occultées », écrivent les syndicats français dans un communiqué rendu public hier. Ces derniers affirment qu’ils vont demander à être reçus par le consul général. Pour sa part, la Confédération général du travail (CGT), syndicat espagnol, dénonce « la marginalisation des syndicats autonomes des débats concernant l’avenir des travailleurs et l’absence de dialogue avec leurs véritables représentants, en rejetant le pacte économique et social signé par l’UGTA avec le gouvernement ». L’Organisation démocratique du travail (ODT), un syndicat marocain, a exprimé également son soutien à l’intersyndicale en affirmant « que même au Maroc les syndicats mènent un combat similaire contre la fuite en avant du pouvoir local ». Le même soutien est venu aussi de la Confédération générale tunisienne du travail.

M. M.

  Luttes syndicales  
www.algeria-watch.org