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L’appel des syndicats autonomes largement suivi Les fonctionnaires en grèveEl Watan, 11 février 2008 Le gouvernement, selon l’intersyndicale, doit ouvrir les canaux de négociation et satisfaire les revendications avant que la colère des travailleurs ne vire au chaos social. Ce qui intéresse les initiateurs de ce mouvement de débrayage ce sont l’éveil et la renaissance syndicaux et non la guerre des chiffres, selon les syndicats qui affichent une entière satisfaction quant au suivi du mot d’ordre de grève. La grève de trois jours décrétée par l’intersyndicale a été, pour la première journée d’hier, un grand succès et une très grande satisfaction pour ses initiateurs. » C’est là l’avis des responsables des huit syndicats autonomes composant l’intersyndicale de la Fonction publique. Une fois encore, les travailleurs des secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la santé et d’autres secteurs de la Fonction publique ont été, selon les animateurs de ce mouvement de protestation, deuxième du genre depuis le début de l’année 2008, au rendez-vous en répondant massivement, aux quatre coins du pays, au mot d’ordre de grève. La « révolte » des travailleurs exprime incontestablement leur détermination inébranlable à arracher leur droit légitime. Les centaines de travailleurs qui ont adhéré au mouvement de grève réclament tout simplement un statut leur assurant une dignité, une stabilité, des conditions de travail adéquates ainsi qu’un pouvoir d’achat leur permettant une vie décente. Ce nouveau débrayage vise, entre autres, à convaincre le gouvernement de s’asseoir autour de la table de négociations. « Nous restons attachés à notre plate-forme de revendications qui tourne autour de la consultation des syndicats autonomes dans l’élaboration des nouveaux statuts particuliers et du régime indemnitaire. Nous exigeons surtout une réévaluation du point indiciaire pour assurer des salaires décents à nos travailleurs en fonction de la cherté de la vie », ont soutenu les travailleurs en grève. Hier, les établissements du secondaire ont été paralysés à plus de 90%, les universités dans lesquelles active la coordination des sections (CNES) ont répondu favorablement au mouvement de débrayage, puisque les universités de Bab Ezzouar, Jijel, Ouargla, Béjaïa, Blida, Mascara et Oran ont été, selon M. Cherbel, représentant la section de l’USTHB, toutes bloquées. Le secteur des paramédicaux a été à 50% paralysé. Les syndicats refusent pour l’heure d’avancer un taux de suivi afin d’éviter la guerre des chiffres avec les ministères de tutelle. « La lutte syndicale ne doit pas être confinée au niveau des chiffres. Certes, nous allons faire une évaluation générale au troisième jour de grève afin d’avoir une idée approximative sur le taux de suivi », a soutenu M. Lemdani. Cependant, du côté du ministère de l’Education, les responsables de ce département ont vite fait d’établir une estimation pour la première journée en avançant un taux qui situe la moyenne nationale à 6,24%. « 30 608 travailleurs ont répondu à l’appel à la grève lancé par la Coordination des syndicats autonomes, sur un total de 490.771 travailleurs des personnels de l’éducation nationale, soit un taux de suivi de 6,24% », ont annoncé dans un communiqué les responsables du ministère de l’Education. D’après un tableau récapitulatif, le plus important taux a été enregistré à Khenchela (20,89%) et à Bouira (19,70%), suivies de Tizi Ouzou (13,98%) et Annaba (12,02%), tandis qu’à Béchar, Tamanrasset, El Bayadh et Tindouf, elle n’a pas été suivie du tout, a précisé le ministère Sur ce point, les syndicats regrettent l’indifférence affichée par le ministère par rapport à leur action en se basant sur des futilités. « Notre grève est une réussite et cela fait peur aux pouvoirs publics qui vont tenter de la minimiser », explique-t-on. M. Lemdani du Cnapest affirme que l’élément fondamental pour l’intersyndicale est l’éveil syndical. « La première journée du débrayage a été une totale réussite, car il y a eu une renaissance syndicale et une prise de conscience au niveau des fonctionnaires. Ces derniers sont prêts à défendre leurs revendications socioprofessionnelles et ceci est un acquis élémentaire et un bon départ », a-t-il indiqué en admettant que la lutte syndicale est un apprentissage et l’intersyndicale travaille dans cette optique. « Au lieu de nier une réalité claire et de s’amuser à jouer la carte des chiffres, il est préférable pour le gouvernement d’ouvrir les canaux de la négociation et la satisfaction des revendications avant que la colère des travailleurs, jusque-là canalisée par les syndicats autonomes, ne vire au chaos social », a souligné M. Sadali du Satef. L’ensemble des représentants des syndicats se félicite de la maturité et du courage des travailleurs qui ont su déjouer les manipulations des casseurs de grève et faire face aux pressions de l’administration qui se sont « apparentées, par endroits, aux méthodes policières ». Nabila Amir Échos des wilayas Le mot d’ordre favorablement accueilli à Oran- Les cadres syndicaux du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap) de l’établissement public hospitalier (EPH) d’El Mohgoun, à Oran, ont observé hier un mouvement de débrayage pour une durée de trois jours. Le mot d’ordre de grève lancé par le bureau national a été largement suivi dans les structures de santé relevant des établissements publics de la santé de proximité (EPSP) d’Arzew et l’EPH. « La première journée de la grève a été marquée par l’adhésion totale des travailleurs de la santé affiliés au Snapap. L’équipe de garde composée d’environ 47 adhérents a tenu à assurer le strict minimum selon la loi en vigueur », dira le responsable de l’organique d’Oran, M. Djelloul. Les cadres syndicaux du Snapap ont posé comme préalable à la reprise du travail la satisfaction des revendications des travailleurs de tous les secteurs de la Fonction publique. Dans le domaine de l’éducation, la grève entamée par l’intersyndicale autonome a eu un écho à Oran dans la mesure où sur les 58 lycées, 18 dont les enseignants sont affiliés au Cnapest ont entamé cette grève prévue pour les 10, 11 et 12 février avec un pourcentage qui varie d’un lycée à un autre. Le taux le plus élevé a été enregistré au niveau des technicums allant de 60 à 100%. Par ailleurs, au niveau du moyen et du primaire, les enseignants se sont abstenus de suivre ce mouvement de protestation. Le SNTE va organiser cet après-midi au niveau de leur siège, au CEM Zahana, une assemblée générale élective où il sera décidé des dates de l’arrêt de travail qui sera tenu par les adjoints d’éducation. Suite au nouveau classement du corps des adjoints de l’éducation dans le nouveau statut général des travailleurs de l’éducation nationale, ces derniers ont manifesté leur mécontentement et se disent lésés et marginalisés. Il est probable que ces journées de protestation se tiendront les 24, 25 et 26 février. Le premier jour, les adjoints de l’éducation seront accompagnés par les professeurs vacataires qui protestent pour le paiement de la prime de rendement et les salaires des vacances. Selon le représentant de cette catégorie de travailleurs, « seule la direction de l’éducation de la wilaya d’Oran ne paye pas aux vacataires la prime de rendement et les vacances, alors que la réglementation leur ouvre droit ». A l’université Mohamed Boudiaf, répondant à l’appel du Cnes, contrairement à l’université d’Es Senia, où l’accueil a été mitigé, les enseignants ont accueilli favorablement le mot d’ordre de grève. Même les examens, programmés notamment, dit-on, aux instituts d’hydraulique et d’architecture ont été annulés. Le syndicat des enseignants du supérieur a organisé hier dans la matinée une assemblée générale pour confirmer sa participation à ce mouvement. - A Sidi Bel Abbès, le taux de suivi a atteint 80% dans les lycées, selon le Cnapest. Selon M. Boukerche, coordinateur local du Cnapest, à « A midi, le mouvement de protestation a concerné 27 établissements secondaires sur 33 que compte la wilaya », avançant un taux de suivi de 86%. Le lycée Nadjah, au chef-lieu de wilaya, ainsi que ceux de Sfisef, Moulay Slissen, Marhoum, Merine et Hassi Zahana ont adhéré « timidement » à la grève, apprend-on auprès de la direction de l’éducation. S’agissant des autres paliers de l’enseignement (collèges et écoles), M. Boukerche a qualifié de « moyen » le taux de suivi de la grève. Cela s’explique notamment, a-t-il signalé, par les ponctions de salaires (3 à 4 jours) dont ont fait l’objet de nombreux enseignants le mois dernier. « Il s’agit d’une erreur dans le calcul des salaires », se défend la direction de l’éducation. Une « erreur » dont l’effet est incontestable : de nombreux enseignants craignent désormais des représailles de ce type. - A Mostaganem, la grève initiée dans les lycées aura concerné l’ensemble des 30 établissements que compte la wilaya. Selon les responsables du Cnapest, le taux de suivi tel que mesuré sur des fiches de pointage s’élève à plus de 56%. Entamée avec une certaine appréhension de la part des élèves qui auront effectué le déplacement, la grève, qui est appelée à durer jusqu’à mardi prochain, aura également permis au Cnapest de se structurer en sections syndicales. On apprendra que sur les 30 lycées, seuls 10 possèdent une section active et reconnue officiellement par le syndicat, mais également par l’administration. La date du 23 février, qui correspond à la veille de la fête de l’UGTA, devrait correspondre à la généralisation des sections syndicales à l’ensemble des établissements de la wilaya. L’action syndicale que le Cnapest entend généraliser devrait se traduire par l’éviction du syndicat officiel de la sphère de l’enseignement secondaire. Avec les actions que comptent également organiser durant cette même période d’autres syndicats autonomes, l’influence de l’UGTA serait réduite à sa portion congrue. - A Aïn Témouchent, bien que le Cnapest soit encore en voie de structuration à travers les 16 lycées que compte la wilaya, son mot d’ordre y a été largement suivi. Du côté de la direction de l’éducation, on reconnaît un taux de débrayage de l’ordre de 93,75%. Côté grévistes, on précise que les professeurs non grévistes sont pour l’essentiel des suppléants. - A Chlef, la grève de trois jours organisée sous l’égide de l’intersyndicale de la Fonction publique a été différemment suivie dans les secteurs concernés. Au niveau du Snapap, qui regroupe les fonctionnaires de l’administration et de la santé, l’on fait état d’un taux de suivi de 65%. Le Cnapest est lui aussi satisfait de l’adhésion de ses adhérents à ce mouvement, lequel a été surtout suivi dans le secondaire. Des élèves ont dû retourner chez eux dans la matinée en raison du débrayage observé par leurs enseignants. En revanche, dans les autres secteurs, la grève a touché en partie les fonctionnaires concernés. En rangs dispersés à l’Est- La grève des huit syndicats autonomes de la Fonction publique n’a pas été suivie massivement à Constantine. Mis à part le secteur de l’enseignement où plusieurs lycées de la wilaya ont connu un débrayage plus ou moins suivi, la première journée s’est déroulée sans tapage. Alors que la plupart des syndicats autonomes restent encore mal structurés dans la ville du Vieux Rocher, la seule mobilisation constatée dans la matinée d’hier était l’œuvre du Cnapest. Ce dernier a réussi, selon le coordinateur du bureau de la wilaya de Constantine, à assurer une large adhésion dans la plupart des lycées de la ville. Selon la même source, un taux de participation de 75% a été enregistré pour la première journée. Du côté de la direction de l’éducation, un communiqué transmis aux rédactions de presse hier a indiqué que le taux de participation au niveau des lycées a atteint 21,63%, alors qu’il n’a pas dépassé 0,20% dans les CEM et les écoles primaires. A Mila, le mot d’ordre a été relativement suivi, d’après les informations en notre possession. Le secteur de la santé publique n’a pas enregistré de notables perturbations, selon Dalila Zeghilèche, directrice du secteur. Ce sera le cas pour l’administration des impôts, la formation professionnelle et les collectivités locales. Joint par téléphone, le coordinateur de wilaya du Snapap, Slimane Bidi, est resté évasif quant au succès ou non du mouvement de protestation. Le coordinateur de wilaya du Cnapest, Rabïe Laâmara, estime, en revanche, que le mouvement de protestation a été massivement suivi à travers les 37 établissements du secondaire et que 87% du corps enseignant ont répondu favorablement à la grève, mais « à des taux oscillant entre les 20, 50 et 100% », a-t-il précisé. A Guelma, l’appel à la grève n’a été suivi que dans le secteur de l’éducation. Selon le directeur de ce secteur, sur les 1046 enseignants qui devaient être en poste hier matin, seuls 412 étaient en grève à travers les 29 lycées et technicums de la wilaya. A Skikda, les 40 lycées de la wilaya ont répondu favorablement à l’appel des syndicats avec un taux de participation estimé à 80%, sachant que ce débrayage n’a touché que le cycle secondaire. Par ailleurs, les travailleurs du secteur sanitaire n’ont répondu que timidement à la grève. A Jijel, le mouvement a été faiblement suivi, avec un taux estimé à seulement 4% au niveau de la wilaya. C’est le secteur de l’éducation, essentiellement le palier du secondaire qui a adhéré au mot d’ordre de débrayage. Partiellement suivie à Tizi Ouzou- La grève à laquelle a appelé la coordination des syndicats autonomes de la Fonction publique a été partiellement suivie à Tizi Ouzou, a-t-on constaté hier. Dans le secteur de l’éducation, hormis les établissements du secondaire où l’adhésion a atteint un taux de 90% selon les estimations du coordinateur du Cnapest, l’heure n’était pas à la mobilisation dans les autres paliers de l’enseignement. Idem à l’université Mouloud Mammeri où les cours ont eu lieu normalement. Au centre hospitalo-universitaire (CHU) Nédir Mohamed et dans les autres structures de santé du chef-lieu de wilaya, l’activité était assurée de façon ordinaire à travers les différents services. Au siège de la wilaya, à l’APC de Tizi Ouzou et dans la grande majorité des administrations publiques, les fonctionnaires étaient présents sur leur lieu de travail. Il y a lieu de préciser que les huit syndicats qui ont appelé à ce mouvement de protestation ne sont pas suffisamment structurés à Tizi Ouzou, c’est ce qui explique leur timide présence. Forte adhésion chez les enseignants à Béjaïa- Les conclusions de la réunion de coordination tenue par les représentants de l’intersyndicale à Béjaïa, à la fin de la première journée de contestation, étaient plutôt à la satisfaction. Ainsi, les membres du bureau de wilaya du Snapap estiment l’adhésion dans les effectifs de l’administration à hauteur de 100% chez les communaux de l’intérieur, citant dans les premières lignes El Kseur, Fenaïa, Sidi Aïch, Sidi Ayad, Tifra, Tizi n’Berber, Aokas et Toudja. Le Snapap estime moins important (entre 20 et 30% selon les établissements) le mouvement dans le corps de la formation professionnelle. Chez les enseignants du secondaire, le taux d’adhésion au mot d’ordre du Cnapest atteint les 82% au niveau de la wilaya. Les chiffres communiqués vont de 81% pour les lycées du chef-lieu de wilaya, 85% pour ceux de la région du Sahel, à 90% pour les établissements de la vallée de la Soummam. A noter que la grève reste partiellement suivie par le personnel paramédical et les enseignants de l’université Abderahmane Mira. Mouvement de grève largement suivi à Blida- La grève décidée par le Cnapest a été largement suivie à Blida, puisque 32 établissements sur les 36 que compte la wilaya ont suivi le mouvement de grève et comptent maintenir la mobilisation durant les trois journées. Contacté, un des délégués du syndicat autonome s’était montré fier de pouvoir afficher cet esprit de solidarité touchant l’ensemble du corps enseignant. Dans la matinée, un grand mouvement de jeunes élèves était observé. Renseignement pris, l’administration de leurs lycées respectifs avait décidé de les libérer. Correspondants Le Cnapest paralyse les lycées de BoumerdèsLe Cnapest a paralysé hier 26 lycées sur les 28 que compte la wilaya de Boumerdès. En effet, l’adhésion massive des enseignants au mot d’ordre de grève a contraint la quasi-totalité des élèves à rebrousser chemin dès la matinée dans 8 sur les 9 daïras de la wilaya. Seuls les 2 lycées de Khemis El Khechna ont fonctionné normalement, nous a confié Si Youcef, représentant local du Cnapest. La grève a aussi été partiellement suivie dans les autres paliers de l’éducation comme les collèges de Beni Amrane, Figuier, Tidjelabine et Boudouaou. Par ailleurs, le Cnapest a installé hier 3 nouvelles sections syndicales dans autant de lycées. Ce qui porte à 26 le nombre d’établissements où il est représenté. M. N. L’administration publique perturbéeLes personnels de l’administration publique se sont mis au rythme de la contestation portée par l’intersyndicale autonome de la Fonction publique. Les chiffres annoncés, hier, par le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), par la voix de la secrétaire générale Mme Ghozlane, font état d’un suivi du débrayage au niveau national qui a atteint les 80%. Notre source ajoute que dans certaines wilayas, à l’instar de Béjaïa, Oran ou M’sila, l’administration publique a été quasiment paralysée avec un taux d’arrêt allant de 90% à 100%. Ainsi, illustre Mme Ghozlane, les services administratifs de la santé, de l’enseignement supérieur et des collectivités locales relevant de la wilaya de M’sila ont été bloqués à 95%, alors que le centre hospitalo-universitaire (CHU) d’Oran a été réduit à une activité de service minimum. La même responsable fait état d’un débrayage au ministère des Travaux publics avec un taux de 95%. Pour sa part, le secrétaire général du Snapap à l’USTHB (université Bab Ezzouar) a annoncé un niveau d’arrêt de 90% dans l’ensemble des services administratifs de l’établissement, tandis qu’à Béjaïa et Oran, la contestation a été suivie à 90% dans les administrations des lycées, des universités et d’autres établissements publics. En guise de riposte, l’administration n’a pas lésiné sur les moyens pour faire avorter ce mouvement de grève de trois jours. « A l’Institut national supérieur technique d’Oran, une syndicaliste du Snapap a été agressée par un sous-directeur », témoigne la SG du Snapap. Elle ajoute que l’administration a tenté un détournement de la date de la grève pour les 24 et 25 février, ce qui explique le déplacement, hier, de plusieurs sections Snapap à la direction du syndicat pour la confirmation de la date du mouvement de contestation fixée pour les 10, 11 et 12 février. A Alger-Centre, cependant, la mobilisation a été timide au niveau des administrations des APC, à l’instar de l’APC de La Casbah, d’Alger-centre, ou de la circonscription administrative de Sidi M’hamed où l’ensemble du personnel était en poste. Même rythme habituel aux lycées Delacroix et Omar Racim dont le personnel administratif vaquait à ses activités en toute tranquillité. Mustapha Rachidiou Enseignants des écoles paramédicales : « Nous ne demandons pas l’aumône »A l’entrée de l’école de l’enseignement paramédical de Hussein Dey, à Alger, aucun signe de grève n’est visible. Ni banderoles accrochées aux murs ni foule dans la cour. En s’enfonçant dans l’immeuble, on constate qu’il y a des classes qui font cours en cet après-midi du premier jour de la grève de trois jours à laquelle a appelé l’intersyndicale de la Fonction publique. « Ce sont les vacataires », nous précise un enseignant rencontré dans un couloir de cet établissement qui compte quelque 740 étudiants. Préférant témoigner sous le sceau de l’anonymat, ce professeur, qui a dans sa carrière 26 ans de service, affirme avoir suivi le mot d’ordre de grève lancé par l’intersyndicale. « J’adhère entièrement aux revendications que porte cette structure syndicale », atteste-t-il, jugeant « inconcevable » que l’enseignant paye de sa poche la documentation nécessaire pour la formation qu’il assure. « Non seulement nous avons des salaires bas, mais nous nous retrouvons souvent contraints de dépenser 8000 à 10 000 DA dans des livres et autres documents et matériel indispensables pour la formation. De toute façon, nous ne leur demandons pas l’aumône », lance-t-il avec désolation. Un autre enseignant nous fait savoir qu’après 19 ans de service à l’école, il perçoit à peine une mensualité de 31 000 DA. « Savez-vous ce que représente ce salaire sur le marché des produits alimentaires ? Rien ! Oublions donc de parler du transport, du logement, de la scolarité des enfants et des soins médicaux », fulmine-t-il.« En plus du statut, des primes, du régime indemnitaire et de la suppression de l’article 87 bis, nous demandons que nos salaires soient désormais indexés sur la base du taux de l’inflation », indique-t-il. A l’intérieur de l’école, toujours aucune affiche appelant à la grève. « Nous avons collé quelques affiches au mur, mais une main invisible les a arrachées. Certains enseignants ont été même approchés par des gens qui se réclament de l’UGTA, leur demandant de ne pas suivre la grève », fait remarquer Smaïn Hadjih, secrétaire général du Syndicat national des professeurs de l’enseignement paramédical (SNPEPM), pour lequel la grève a été relativement suivie. « Elle a été suivie à hauteur de 50%. Je n’ai pas une évaluation exacte du fait qu’il y a des enseignants qui n’ont pas cours aujourd’hui. Mais aussi du fait que les vacataires constituent le double de l’effectif des enseignants », explique-t-il. Les vacataires n’ont pas fait grève. « Ce n’est pas que nous n’adhérons pas à ce mouvement de grève, mais parce que nous pouvons perdre notre place », avoue une enseignante vacataire qui exprime son insatisfaction de la situation socioprofessionnelle. M. Hadjih évoque la « peur » des enseignants de subir des représailles de l’administration centrale. Comme les autres syndicats autonomes, le SNPEPM demande la prise en charge des vacataires. Cela en plus de la revalorisation du point indiciaire, de la révision du régime indemnitaire et l’abrogation de l’article 87 bis qui bloque les augmentations des salaires. « Le statut particulier est globalement bon, mais nous émettons des réserves sur la classification des corps et grades », souligne M. Hadjih qui relève aussi la suppression de deux indemnités qui représentent 10 000 DA du salaire de base de cette catégorie des enseignants. Il s’agit, selon lui, de l’indemnité de sujétion spéciale (ISS) et de l’indemnité complémentaire du revenu (ICR). « Elles ont été supprimées, mais nous ne savons pas par quoi elles seront remplacées », précise-t-il, ajoutant que c’est pour cela que le syndicat a demandé à être associé à la commission chargée du dossier au niveau de la direction générale de la Fonction publique. M. A. O. Le FFS soutient les syndicalistesLe FFS soutient l’action de l’intersyndicale. « Le FFS exprime son soutien aux syndicats autonomes et aux travailleurs grévistes et les assure de sa solidarité pleine et entière », affirme le vieux parti de l’opposition dans un communiqué rendu public hier. Pour le FFS, la lutte pour le respect des libertés syndicales qui ne peut se dissocier de la lutte pour toutes les autres libertés individuelles et collectives est une nécessité dans la voie de la construction démocratique et de la justice sociale. « Cette grève décidée afin de dénoncer la dégradation des conditions de vie des travailleurs et de voir ces syndicats autonomes reconnus comme interlocuteurs des pouvoirs publics est une lutte légitime pour la dignité humaine et la justice sociale », indique encore le FFS. M. M. Démonstration de force dans les lycées et l’université de la capitaleLes lycées et les universités étaient paralysés hier. L’appel à la grève de trois jours lancé par l’intersyndicale de la Fonction publique a été massivement suivi dans les deux secteurs de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale. Les lycées de la capitale étaient, à majorité, bloqués. A Alger-Centre, à Ben Aknoun, à Kouba, à Bab El Oued et partout où sont implantés les deux syndicats, le Conseil national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest) et le CLA, il n’y a pas eu cours. Les élèves étaient libérés dès les premières heures de la matinée. « Le taux de suivi de la grève à Alger a atteint 94% », estime, au début de la journée, le chargé de communication du Cnapest, Ali Lemdani. « La grève est suivie à 100%, là où le Cnapest est implanté », déclare Aoudjit Ahmed, enseignant de physique au lycée Amara Rachid de Ben Aknoun et membre du conseil national du Cnapest. Les enseignants, selon lui, ont adhéré massivement à l’action de l’intersyndicale et partagent les revendications exprimées par l’organisation. A 11h, il n’y avait aux alentours de cet établissements qu’une dizaine d’élèves. Pour eux, la grève des enseignants est légitime. « S’ils n’ont pas leurs droits, ils ne peuvent pas assurer un enseignement de qualité », affirment des élèves rencontrés devant ce lycée. Même décor au niveau des lycées El Mokrani 1 et 2. Au niveau des lycées d’Alger-Centre, des piquets de grève ont été également observés, dans la matinée. L’adhésion au mouvement était aussi importante au niveau de l’université Houari Boumediène de Bab Ezzouar (USTHB). La section CNES et le Snapap implantés dans cette université ont fait un forcing. La mobilisation était forte. Les nombreuses affiches et les campagnes de sensibilisation menées par les représentants de ces deux syndicats ont porté leurs fruits. L’UGTA veut casser la grèveEn dépit de la contre-campagne menée par le bureau local de l’UGTA qui a lancé, la veille, un appel à ignorer le mouvement, la grève a été massivement suivie. « Nous demandons à tous les travailleurs de rester prudents et de ne pas écouter les rumeurs qui peuvent mener à la dérive », écrivent les responsables du bureau de l’UGTA, dans une affiche collée dans différents départements de l’USTHB. « Ils veulent créer un sentiment de peur chez les travailleurs », déclare, Mustafaoui Mourad, secrétaire général du Snapap de Bab Ezzouar. En effet, enseignants et travailleurs de cette université ont répondu massivement à l’appel des syndicats. Ici, les protestataires ont d’abord organisé un piquet de grève. C’était vers 10h. Ensuite, ils ont improvisé une marche vers le rectorat. « Ouverture des négociations avec les syndicats autonomes », « Pour un salaire de dignité » et « Respect des libertés syndicales » sont des slogans scandés par les grévistes qui ont marché sur quelques centaines de mètres avant d’arriver au siège du rectorat. Après la lecture d’une déclaration, les contestataires ont quitté les lieux. Les syndicalistes, quant à eux, poursuivaient l’évaluation du mouvement. « A 11h, 23 amphis sur les 24 sont fermés », précisent-ils. Pour Farid Cherbal, secrétaire général de la section CNES-USTHB, « cette action a permis la mise en place d’une solidarité syndicale et le rétablissement de l’espoir de la société algérienne ». Selon lui, en plus de l’USTHB, les enseignants de l’Institut national d’agronomie (INA) et l’Institut national d’informatique (INI) ont adhéré à la grève. Au niveau de l’université de Bab Ezzouar, les travailleurs et les enseignants organiseront aujourd’hui encore un piquet de grève, avant de tenir demain, dernier jour du mouvement, une assemblée générale. Madjid Makedhi |
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