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Université La grève s’installeLe Quotidien d'Oran, 27 février 2006 Le mouvement de grève s’installe dans les universités et les écoles nationales supérieures de l’enseignement technique (ENSET). A la deuxième journée de grève, la majorité des universités du pays ont été totalement paralysées et le CNES se félicite déjà des taux de suivi qui avoisinent les 100% . Toutefois, les syndicalistes disent subir des pressions exercées par des administrations de certaines universités contre les responsables des sections syndicales du CNES. Selon M. Ali Boukaroura, coordonnateur national du syndicat autonome, les recteurs ont reçu des instructions du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour empêcher les syndicalistes de tenir des assemblées générales dans les amphithéâtres des universités. «A l’université de Biskra, notre section a été empêchée de tenir une AG dans un amphithéâtre par l’administration. Il y a eu aussi une décision de justice du tribunal de Biskra pour la suspension de la grève. L’administration de cette université a même supprimé la ligne téléphonique et le fax du bureau de la section syndicale. D’autres cas similaires nous ont été signalés dans d’autres universités, notamment à Sétif», déplore le même syndicaliste. Il précise, dans ce contexte, que ce sont les sections syndicales qui sont en train de diriger le mouvement de grève et elles sont libres de décider des actions de protestation pour dénoncer ces intimidations. «Nous allons attendre la fin de cette semaine pour tenir des rencontres régionales avec les sections syndicales afin de faire le bilan de ce mouvement», signale-t-il. De son côté, M. Mechab Mustapha, coordonnateur régional du CNES a annoncé la tenue, mercredi prochain, d’un regroupement régional des sections syndicales des universités de l’Ouest à Oran pour décider des «nouvelles actions d’envergure». «Nous avons fait des arrêts de cours et on compte organiser, dans les prochains jours, des rassemblements dans toutes les universités pour appuyer nos revendications. Nous espérons éviter la radicalisation du mouvement mais si le ministère continue à camper sur ses positions, les choses vont prendre une autre tournure et des réactions des étudiants sont à craindre», déclare notre interlocuteur. Et d’ajouter: «c’est le ministère qui prend en otage les enseignants et les étudiants, puisqu’il a laissé traîner nos revendications durant des années sans intervenir». Il est à signaler que les maîtres-assistants vont observer aujourd’hui une journée de débrayage en solidarité avec les enseignants du supérieur. Selon les syndicalistes, c’est une grève reconductible et les maîtres-assistants ne vont assurer ni les cours, ni les soins durant toute la journée d’aujourd’hui. A la fac centrale d’Alger, on ne fait plus les grèves comme avant. Les enseignants semblent avoir abandonné les revendications bruyantes pour une forme de protestation discrète mais porteuse de revendications socioprofessionnelles. Vue de l’extérieur, à l’inverse des grèves des étudiants, l’université n’offrait pas une image d’un centre universitaire agité, aucune banderole n’était accrochée à l’extérieur. Des professeurs rentraient et sortaient de la faculté à travers la porte qui leur est réservée à l’autre bout de l’université Ben Youssef Ben Khedda. Les passants ne se rendaient même pas compte du débrayage auquel a appelé le CNES, il y a quelques jours. Comme d’habitude, la porte centrale donnant sur la rue Didouche n’a pas désemplie. Les étudiantes et étudiants interrogés disent «soutenir leurs enseignants» et estiment qu’ils «méritent des conditions plus décentes pour l’accomplissement de leur mission». Le timing de cette grève, disent-ils, les arrange beaucoup du moment que les examens ont eu lieu avant le début de ce débrayage. En ce deuxième jour de grève, le moral des enseignants n’était pas au beau fixe. Rencontrés, hier, à l’université d’Alger, trois enseignants livrent leur impression sur la grève. S.K, chargé de cours depuis 7 ans, visage serein, lui aussi syndiqué au CNES, fait remarquer que son institut a adhéré à 100% à la grève. Cet enseignant à la faculté des sciences politiques et de l’information, qui était en grève durant la matinée d’hier, affirme que sa grande colère vient du fait que «la tutelle a anticipé sur la grève pour l’interdire par la justice alors que les enseignants ne l’avaient pas encore entamée». C’est cette façon de procéder qui le révolte. Tout en faisant allusion à son salaire et en tant qu’enseignant qui prépare un doctorat, il s’interroge: «comment exiger un enseignement de qualité dans des conditions socioprofessionnelles aussi dégradées?». Il s’étale sur les salaires et puis sur ses conditions à lui. Il fait remarquer que le salaire des enseignants du supérieur est de quatre fois moins que celui que perçoivent nos voisins Tunisiens ou Marocains. Sur ses conditions sociales, il indiquera que le salaire qu’il perçoit lui suffit à peine à tenir. Il dit que son loyer engloutit la moitié de son salaire. Pas du tout aigri, il espère quand même, qu’un jour l’université lui offrira un gîte. Sur la question relative à l’augmentation des salaires, Z.R, adhérant au CNES, enseignant depuis 28 ans à la faculté de sociologie de Bouzaréah, dit arriver à peine à 37.000 DA. Il est au 8e échelon. S’il arrive à plus ou moins s’en sortir, il signale que des camarades à lui ont le même salaire que celui d’un agent de sécurité dans une banque. Et de se demander si «cela est juste». Etalant un peu sa colère, il dira que le secteur de l’Enseignement supérieur n’est pas un secteur économique. «On ne peut conditionner les augmentations demandées par les enseignants et l’amélioration des conditions socioprofessionnelles par une quelconque productivité». L’échec de la productivité hors hydrocarbures n’incombe pas aux enseignants, soutient-il. Et il ajoute «qu’en 2000, le nombre de diplômés universitaires a atteint 500.000 depuis l’indépendance». «Voilà notre productivité à nous», dit-il et conclut que «si la productivité du secteur économique est insuffisante, il y a lieu de chercher les causes ailleurs». Signalons que selon ces professeurs, l’arrêt de travail à l’appel du CNES a été suivi avec un taux très élevé variant entre 90% et 100% dans les 17 facultés que compte l’université d’Alger. A Constantine les enseignants ont organisé, hier matin, une marche sur le campus central de l’université Mentouri. Contacté par nos soins, le coordinateur de la section syndicale du CNES Constantine M. Bessila Khaled, nous fera savoir que les enseignants ont participé massivement à cette grève, estimant le taux de participation proche des 100% . Notre interlocuteur précise qu’un nombre très réduit d’enseignants continuent toutefois d’assurer leurs cours régulièrement. Sofiane M. |
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www.algeria-watch.org
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