Dans l’éducation, la santé et l’administration

Grève pour la dignité

El Watan, 16 janvier 2008

Le mot d’ordre de grève a été largement suivi par les enseignants, les universitaires, le corps de la santé et les fonctionnaires de l’administration. Un membre de la coordination qualifie le gouvernement d’« autiste » et dénonce le mépris et l’indifférence affichés à leur égard par les hauts responsables du pays.

Le chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem était hier à Madrid. Il devait participer au forum sur l’alliance des civilisations. Le déplacement du chef de l’Exécutif en Espagne ne susciterait pas des interrogations s’il ne coïncidait pas avec le mouvement de protestation observé par douze organisations syndicales affiliées à la Coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique en plus du CLA. M. Belkhadem, estime le porte-parole de cette nouvelle structure, aurait pu déléguer un membre de son gouvernement pour le représenter à cette rencontre afin de se consacrer aux doléances des initiateurs de ce débrayage. Notre constat se confirme davantage sur le terrain. Les hauts responsables de ce pays méprisent le peuple. Nous appelons depuis des années à l’ouverture d’un dialogue avec les partenaires sociaux les plus représentatifs, en vain, et M. Belkhadem donne en Espagne une leçon sur la notion du dialogue. Un dialogue inexistant dans son pays ! », s’exclame M. Rahmani, premier responsable du Cnes, qui qualifie sans hésitation le gouvernement algérien d’« autiste ». Toutefois, les syndicats autonomes ne désespèrent pas et ne comptent pas baisser les bras, bien au contraire ils envisagent de radicaliser le mouvement jusqu’à la satisfaction de leurs revendications. Hier, les animateurs de la grève ont affiché leur entière satisfaction quant au taux de suivi du mot d’ordre de débrayage qui a dépassé dans toutes les wilayas, notamment dans quelques secteurs, les 80%, en dépit de « certaines manœuvres visant à casser le mouvement ».

Des pics de 100 %

M. Meriane, porte-parole de la coordination, a parlé d’« un raz-de-marée et d’une grève massivement suivie ». Elle a atteint les pics de 100% dans les régions où le marasme a dépassé son paroxysme. Aux environs de 13h, la ville de Tizi Ouzou était complètement paralysée, que ce soit au niveau des structures sanitaires, des établissements scolaires ou de l’administration publique. Pour ce qui est du secteur de l’éducation, les établissements scolaires n’ont pas été opérationnels à plus de 90%, notamment à Adrar, Saïda, Oran, Oum El Bouaghi, Béchar, Annaba, Constantine. « En moyenne, 70 à 80% des établissements du secondaire n’ont pas prodigué de cours alors que les écoles primaires et moyennes n’ont pas été opérationnelles à hauteur de 90% et ce à l’échelle nationale. » Concernant le corps de la santé, la grève, fera remarquer notre interlocuteur, a été très bien suivie malgré la manœuvre du ministère de la Santé visant à démobiliser les gens. Sur justement ce point, Docteur Yousfi, président du SNPSSP, a tenu à dénoncer les agissements du ministère. Le DRH au niveau du département de M.Tou a adressé hier matin une note à tous les médecins les informant de l’illégalité de la grève du 15 en arguant que la tutelle n’a pas été mise au courant d’un quelconque débrayage. Pourtant, il y a huit jours, les animateurs du mouvement ont remis un préavis de grève en bonne et due forme au service du ministère. Docteur Yousfi regrette une telle démarche qu’il qualifie d’« une initiative maladroite ». « Après le dépôt du préavis de grève, nous avons attendu un signal des hauts responsables ou une invitation au dialogue, en vain. Je dénonce cette manœuvre », a soutenu notre interlocuteur en rappelant que les syndicats autonomes du secteur de la santé savent pertinemment que leurs revendications ne relèvent pas des prérogatives de la tutelle, mais plutôt du gouvernement.

Un signal fort

Cependant, M. Yousfi se réjouit du sens élevé de responsabilité des fonctionnaires de la santé qui ont répondu favorablement à l’appel lancé par les syndicats pour l’observation d’une journée de protestation. La fourchette varie, selon notre interlocuteur, d’une région à une autre. A Béjaïa, Oum El Bouaghi, Ghardaïa, Mascara, la grève a été suivie à hauteur de 100%, ailleurs elle avoisine les 85%. Du côté de l’université, M. Rahmani tient à préciser qu’à l’exception d’Alger, où le taux de participation à la grève était timide du fait que les universités de la capitale fonctionnent avec 40% d’enseignants vacataires, et ces derniers n’ont pas le droit d’adhérer à un mouvement de contestation, dans les autres villes, notamment Oran, Annaba, Sidi Bel Abbès, Tizi Ouzou, la grève a eu l’écho souhaité par ses initiateurs. Cette grève est un signal fort adressé au gouvernement qui renseigne sur la détresse des universitaires. Aujourd’hui, tonne M. Rahmani, les universités algériennes sont en train de se vider, certains la quittent pour fuir à l’étranger et d’autres pour s’installer à leur compte. « Il y a un grand problème de management. Actuellement, douze syndicats autonomes et pas des moindres ont enclenché une grève. Ces syndicats représentant une force de proposition peuvent contribuer à trouver des solutions à la crise dans laquelle se débattent les fonctionnaires. Ce débrayage n’est qu’un début », a soutenu l’orateur estimant que le gouvernement doit se décider à ouvrir le dialogue avec eux. « C’est une responsabilité et une décision historique que d’ouvrir le champ aux syndicats autonomes, car les museler n’est nullement une solution puisque nous n’allons pas nous taire », a-t-il précisé. Pour sa part, le Snapap s’est également félicité du taux de suivi de la grève au niveau de certaines administrations, en dépit de l’opération du « porte-à-porte » initiée par un clan et visant à dissuader les fonctionnaires à prendre part au débrayage. L’action d’aujourd’hui, tient à rappeler le responsable de ce syndicat, a pour but d’inciter les pouvoirs publics à les reconnaître en tant que partenaires incontournables dans les négociations. « Il est temps que l’on prenne en charge le champ social. Nous ne demandons pas l’assistanat ou la rente. On souhaite seulement un salaire digne de notre fonction », a rappelé le responsable du Snapap.

Nabila Amir


La grève à travers plusieurs wilayas du pays

Chiffres contradictoires à l’Est

La grève du personnel de la fonction publique, des 15 et 16 janvier, a apparemment donné de bons résultats à Constantine.

Selon les différents communiqués qui nous sont parvenus de divers syndicats, SNTE, Snapest, UNPEF et Snapap, les taux de participation « sont plus qu’appréciables », puisque des secteurs comme la formation professionnelle, la santé, la jeunesse et les sports, la culture et l’enseignement enregistrent des « scores » qui dépassent allégrement les 80%. Le seul bémol a été le chiffre de 40% enregistré dans les secteurs relevant du ministère de l’Intérieur. Une marche intra-muros a même été organisée au CHU par les adhérents aux syndicats concernés. « La plupart des adhérents sont d’accord pour que l’action, entamée hier, puisse se poursuivre aujourd’hui », devait nous dire un membre de l’UNPEF. Au niveau de l’enseignement, les chiffres avancés par les différents syndicats, comme 90% dans la commune de Aïn Abid et plus de 80% à Didouche Mourad, El Khroub et Constantine, contrastent avec ceux communiqués par la direction de l’éducation, qui assure que « le taux de participation n’a pas dépassé les 12% car, au niveau des lycées, seulement 4% ont suivi le mot d’ordre, avec 19,59% pour le moyen et 11,54% pour le primaire ». Dans la wilaya de Souk Ahras, la grève décrétée par la coordination nationale des syndicats autonomes a été différemment suivie. Ce sont surtout les secteurs de l’éducation et de la santé qui ont exprimé à travers le débrayage d’hier leur mécontentement contre la nouvelle grille des salaires, la situation socioprofessionnelle qui prévaut depuis des années et le monolithisme imposé à l’exercice du droit syndical. Officiellement, le mot d’ordre a été suivi à plus de 40% dans les deux secteurs précités. Des taux variant entre 50% et 80% ont été toutefois avancés par les grévistes. D’autres secteurs de la fonction publique, non encore affiliés aux syndicats autonomes, ont observé une heure d’arrêt de travail en signe de solidarité et d’approbation de cette manière de lutte pour faire valoir les droits des travailleurs de la fonction publique. A Jijel, la grève à laquelle a appelé la coordination de 12 syndicats autonomes a été diversement suivie dans les différents secteurs d’activité. Le taux de suivi aussi est diversement estimé quand il s’agit de chiffres avancés par l’administration ou par un syndicat. Selon des estimations syndicales concernant le secteur de l’éducation, la perturbation a essentiellement touché les CEM avec un taux d’adhésion au mouvement de grève de 71% et les écoles primaires avec 55%. Quant aux lycées qui ont connu une grève au début de la semaine, le débrayage est évalué à seulement 20%. Dans l’éducation, le taux global de suivi selon les sources syndicales serait de 47%. Les chiffres avancés pour ce secteur représentent seulement la moitié, puisqu’il s’établit à 24%. Dans le secteur de la santé, le débrayage qui a été principalement suivi par les praticiens, l’adhésion a atteint 42% selon les chiffres officiels communiqués. Enfin, pour les autres administrations de la fonction publique, le suivi de la grève semble marginal puisqu’on avance officiellement un pourcentage de 3,27%. A l’issue de cette journée de grève, le taux global établi par les services de la wilaya pour l’ensemble des 28 communes est de 10,16%. Quant aux données récoltées par les différents syndicats à l’origine de cette action de protestation, elles n’étaient pas disponibles.

Hamid Bellagha

A. Djafri

Fodil S.


Massivement suivie dans les secteurs de la santé et de l’éducation à M’sila

L’appel lancé par les syndicats autonomes pour l’organisation d’une journée de protestation a été largement suivi à la wilaya de M’sila, notamment pour les secteurs de la santé et de l’éducation et d’une manière plus mitigée au niveau de l’administration, dans laquelle une profonde crise traverse le Snapap à l’échelle de la wilaya et « où les tentatives de casser le syndicat ont fini par étouffer les revendications des travailleurs », nous dira Nacer Keddad, responsable du Snapap version Malaoui à l’échelle de la wilaya. L’administration a fonctionné normalement durant cette journée, sauf pour certaines APC, à l’image de M’sila et ses différentes annexes réparties à travers la ville. Dans le secteur de la santé, le mouvement de protestation a été massivement suivi dans les hôpitaux et polycliniques, notamment à M’sila, où seuls les services des urgences et de l’hémodialyse ont assuré un service minimum. Le SNPSP, le Snapap version Felfoul, et le SNPSSP ont participé à ce mouvement. C’est dans le secteur de l’éducation (primaire et moyen notamment) où le taux a été élevé, atteignant respectivement 61% et 93%. Pour l’enseignement secondaire, le mouvement de grève a touché seulement 6 lycées sur les 45 que compte la wilaya.

S. Ghellab


Largement suivie à Adrar

L’appel à la grève a été largement suivi par le personnel de l’enseignement de la wilaya d’Adrar, selon les déclarations de Baghdadi Menad et Salem Djaâmi, respectivement coordinateur régional du Sud-Ouest du Snapest et coordinateur de wilaya de l’UNPEF, joints hier par téléphone. Selon M. Menad, sur les 6040 travailleurs que compte le secteur de l’éducation, une bonne partie a répondu favorablement à l’appel de la coordination des syndicats autonomes. D’après lui, 19 lycées sur les 22 répartis à travers les communes de la wilaya auraient débrayé à 100% hier. Du côté du représentant de l’UNPEF, les autres paliers de l’enseignement, comme les CEM et les écoles primaires, ont suspendu, eux aussi, leurs cours.

A. A.


Grève sous tension dans l’éducation à Béjaïa

La grève à laquelle a appelé la coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique a trouvé à Béjaïa un écho plus important dans la santé que dans d’autres secteurs, à l’exemple de celui de l’éducation, terrain traditionnellement partagé entre le CNAPEST et le SETE/UGTA, deux syndicats qui n’émargent pas à cette nouvelle coordination.

Hier, des établissements scolaires ont été la proie de quelques scènes de troubles, sans grande gravité, qui ont nécessité quand même l’intervention des forces de l’ordre. Durant la matinée, des grappes d’élèves se sont déversées dans la rue dans la confusion totale qui est née au sortir des classes. Parti depuis un collège au niveau d’un quartier de la ville (Aamriw), selon quelques petits marcheurs que nous avons questionnés, ce mouvement a grossi au fur et à mesure que les classes de trois autres CEM ont été vidées, au passage des marcheurs dont quelques-uns ont même usé de jets de pierres pour ce faire. C’est ce qui s’est passé au niveau d’un établissement scolaire du même palier et mitoyen du siège de la wilaya (CEM Nacéria, base 7), témoignent certains de ses fonctionnaires. Agitée, la foule a pris la route de Sidi Ahmed pour enjoindre à leurs camarades d’autres établissements de quitter leurs bancs d’école. Plus loin, en haute ville, les enseignants et la direction du lycée Ibn Sina ont préféré libérer leurs élèves sous la menace de pierres jetées de l’extérieur et qui ont fait voler en éclats quelques vitres. Des dizaines de collégiens ont afflué des collèges voisins à l’assaut du lycée dont le personnel n’a pas suivi la grève, à l’instar de la majorité des effectifs des établissements du secondaire de la ville. Même scénario au lycée de Sidi Ahmed où les pare-brise de deux véhicules d’enseignants ont volé en éclats lorsque l’établissement a été attaqué vers 10h. Là aussi, les élèves seront libérés par l’administration. Parallèlement à la grève de la coordination, celle qui paralyse toujours l’université vit son deuxième mois. Hier, des centaines d’étudiants ont pris place, assis à même le sol, aux Quatre- chemins où la circulation sur les deux axes de la RN9 et la RN12 est complètement bloquée. La manifestation est observée au moment où un blocage total est décrété une nouvelle fois au niveau de l’université. La décision a été prise au cours d’une AG tenue au campus d’Aboudaou deux jours après qu’un nombre d’étudiants, mécontents du prolongement de cette grève, ont repris leurs cours dans un climat de tension.

K. Mejdoub

 


Les hospitalo-universitaires appellent à une grève de trois jours

Les syndicats des professeurs docents et maîtres assistants appellent à une grève générale de soins et d’enseignement de trois jours en février.

La décision a été prise lors de l’assemblée générale organisée hier à l’hôpital Mustapha. Cette rencontre a coïncidé avec la journée de protestation (une grève d’une journée) de la coordination nationale des syndicats autonomes constituée de 12 syndicats des secteurs de l’enseignement supérieur, de la santé et de l’éducation nationale en guise de solidarité. Des assemblées générales similaires étaient organisées dans l’ensemble des 10 facultés d’Algérie, a fait savoir le président du syndicat des professeurs, le Pr Zidouni, pour manifester leur soutien et marquer leur mécontentement contre ces décisions gouvernementales qui ne répondent pas à leurs aspirations. Après avoir annoncé l’ordre du jour de l’AG, à savoir le plan d’action des deux syndicats, les intervenants ont rappelé les actions entreprises depuis l’assemblée générale du 6 octobre 2007. Il s’agit de la lettre ouverte au président de la République, publiée dans la presse nationale, aux députés, à la chefferie du gouvernement et l’adhésion à la coordination des syndicats autonomes. Le recours à la grève pour protester contre la nouvelle grille des salaires et le statut général de la Fonction publique qu’ils considèrent comme une insulte aux praticiens et la marginalisation des syndicats autonomes dans la prise de décisions les concernant a été décidé par l’écrasante majorité des adhérents. Elle reste, selon eux, l’unique moyen pour faire valoir leurs droits et exiger plus de respect à ces centaines de praticiens et de fonctionnaires. L’assemblée générale a décidé ainsi de procéder à un vote à bulletin secret qui a été organisé dans un amphithéâtre plein à craquer pour décider du oui ou non pour le mouvement de grève avec l’intersyndicale pour le mois de février prochain. Sur les 254 maîtres assistants, 253 ont voté pour la grève ainsi que la majorité des professeurs, qui étaient 90, dont deux bulletins nuls. La date de la grève de 3 jours renouvelable n’est pas encore fixée, mais les deux syndicats se sont entendus pour la première semaine du mois de février (entre le 16 et le 21 février). Rendez-vous est alors pris pour cette semaine qui sera suivi d’une assemblée générale au troisième jour de la grève. Des correspondants locaux ont été alors désignés pour chaque établissement et seront chargés d’informer l’ensemble des praticiens de l’évolution de la situation. Un site internet a été communiqué pour de plus amples informations (WWW.SNMASM.com). Par ailleurs, les deux syndicats ont décidé de fusionner en une seule organisation syndicale et un dossier sera déposé au niveau du ministère du Travail.

Djamila Kourta

  Luttes syndicales  
www.algeria-watch.org