Nouvelle contestation dans le secteur de l’éducation nationale

40 000 contractuels dans l’incertitude

El Watan, 26 décembre 2007

La contestation dans le secteur de l’éducation nationale ne cesse de grossir. Et pour cause, c’est l’entrée de la Maison de la presse Tahar Djaout, sise à la place du 1er Mai, à Alger, qui sert de quartier général aux contestataires.

Le lieu, qualifié par les enseignants grévistes de « dernier carré des libertés », accueille encore plusieurs dizaines de professeurs de lycées et de CEM ainsi que des instituteurs du primaire. La revendication comme nous l’avons rapportée dans une précédente édition demeure leur intégration dans le corps de la Fonction publique. Selon une source syndicale, ils seraient 40 000 contractuels à enseigner dans les trois paliers de l’éducation nationale. Cette frange importante de l’élite nationale s’interroge cependant sur le mutisme affiché jusque-là par le ministère de l’Education nationale. Pourquoi refuser l’intégration à des enseignants qui, plus est, occupent des postes vacants ? Laisser les choses en l’état, c’est-à-dire suspendre l’épée de Damoclès sur la tête de l’enseignant suppléant siginifie-t-il que l’école est appelée un jour à fermer ses portes ? Où sont les engagements pris par la tutelle, concernant justement la situation des enseignants contractuels ? Autant de questions auxquelles les contestataires n’arrivent pas à trouver réponse. En tout cas, la gronde a pris ces derniers jours de l’ampleur. Cela d’autant que des dizaines de diplômés de l’ENSET (Ecole normale supérieure de l’enseignement technique d’Oran) ont élu domicile devant la maison de la presse. « Vous, les gens de la presse, êtes notre ultime recours. Le ministère ne semble pas prêt à régler notre situation », tonnent ces professeurs de l’enseignement secondaire dont une majorité est en chômage. « Nous venons d’Oran, de Relizane, de Sidi Bel Abbès, de Tiaret, de Médéa et d’autres wilayas du pays. Nous sommes ici pour dénoncer un arbitraire sans précédent dans les annales du secteur », s’écrie Abdelouahab Sadoudi, le porte-parole du groupe. L’« arbitraire » dont il est question est que depuis 2004, les diplômés de l’ENSET d’Oran (une des plus grandes écoles d’Algérie, destinée à former des professeurs de l’enseignement secondaire) ne sont plus versés d’office en dépit d’un contrat signé par le futur professeur. Il faut souligner que sur chaque contrat signé sucessivement par l’ENSET et l’élève-professeur, il est clairement mentionné ceci : « A l’issue de sa formation, l’élève-professeur est tenu de rejoindre immédiatement le secteur de l’éducation nationale. » « Le meilleur d’entre nous occupe un poste de suppléant. Pourtant, nous avons été soumis à une formation de haut niveau. Nous avons la capacité d’enseigner aussi bien les matières techniques que les mathématiques où les sciences physiques », explique encore le délégué. Lors de la rentrée 2005-2006, le ministre de l’Education nationale, Boubekeur Benbouzid, avait déclaré à Blida que les besoins de son secteur étaient estimés à 10 712 postes budgétaires. Deux ans plus tard, le développement de la carte scolaire aidant, les mêmes besoins ont été revus à la hausse et seraient estimés, selon les spécialistes, à plus de 20 000 postes de titulaires permanents dans les trois paliers de l’éducation nationale.

Djamel Zerrouk


Amina Benzebouchi. Porte-parole de la Coordination des enseignants contractuels d’Alger (CECA)

« Nous demandons notre intégration en tant que fonctionnaires permanents »

- C’est quoi la CECA, est-ce un syndicat ?
- La Coordination nationale des enseignants contractuels ou CECA n’est pas un syndicat. Il s’agit d’un cadre organisé pour les milliers d’enseignants contractuels-suppléants, tous diplômés de l’enseignement supérieur, qui se battent pour leur intégration dans le corps de l’éducation nationale, c’est-à-dire fonctionnaires à part entière.

- Inutile donc de solliciter un agrément ?
- Tout à fait. Notre mission devrait être limitée dans le temps. Nous n’avons pas l’intention de durer d’autant plus que notre objectif est inscrit pour le court ou le moyen terme. Si nous nous sommes organisés en tant que tel, c’est pour faciliter le dialogue avec les pouvoirs publics. C’est bénéfique pour tout le monde. Pour les contractuels et pour la tutelle qui ne serait pas en mesure de discuter avec des milliers d’enseignants en même temps.

- Quelle est la revendication principale de votre mouvement ?
- Comme je l’ai déjà dit, nous demandons un droit fondamental : notre intégration dans le corps de l’éducation nationale en tant que titulaires et fonctionnaires permanents. Nous estimons qu’il ne fallait même pas en arriver là dans la mesure où l’école algérienne est faite pour durer. Et avec qui ? Avec l’enseignant, bien entendu. Comment voulez-vous qu’une école puisse durer avec un enseignant suppléant, contractuel, que l’on peut mettre à la porte à n’importe quel moment ? Nous demandons aux pouvoirs publics de régler définitivement cette lamentable situation. Nous sommes en fonction depuis plusieurs années. Cela veut dire que l’Etat nous a fait confiance en nous confiant pendant toutes ces années des enfants de tout âge. L’Etat est en mesure de nous intégrer en recourant à l’ancien système, autrement dit l’évaluation de l’inspecteur territorialement compétent. Sans subir ces concours qui tardent à venir et qui ne permettent qu’à une infime partie d’être intégrée.

- La CECA c’est Alger, alors que cette frange sociale se trouve partout en Algérie...
- Nos collègues des 48 wilayas sont en train de s’organiser de la même manière que nous, en CEC (Coordination des enseignants contractuels). Nous recevons des échos favorables. Cela dit, le côté organique une fois réglé, nous passerons à une étape supérieure, consistant à fédérer toutes les CEC du pays. Entre-temps, nous sommes prêts à dialoguer avec le ministre de l’Education nationale si la tutelle n’y voit pas d’inconvénient.

Djamel Zerrouk

   
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