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L'ancien et le neufpar K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 30 avril 2008 Le 1er Mai, fête des travailleurs ? Certes, mais avant d'être une fête, la tradition universelle veut qu'elle soit l'occasion pour les travailleurs de montrer qu'ils sont combatifs, qu'ils sont mobilisés pour arracher une amélioration des conditions de vie et de travail. Dans un pays où le jour est officiellement férié, le sens profond de cette journée a été pendant longtemps neutralisé par les commémorations unanimistes. L'émergence des syndicats autonomes qui ont réussi récemment une grande mobilisation unitaire dans la fonction publique lui redonne du sens. La sympathie réelle des Algériens pour les syndicats autonomes tient fondamentalement au fait qu'ils sont perçus comme des mouvements combatifs, à l'opposé d'une UGTA, enkystée car n'ayant pu se renouveler en prenant la distance nécessaire avec le pouvoir. Le fait que le gouvernement persiste, contre l'évidence du mouvement social, à tout faire pour maintenir la Centrale dans le statut de syndicat unique et de partenaire unique ne lui apporte pas un surcroît de crédit, bien au contraire. C'est dans l'absence d'aggiornamento de l'UGTA que s'est créé le besoin d'un syndicalisme autonome. Structurellement et au-delà de la qualité de ses dirigeants, l'UGTA ressemble encore à celle qui existait dans les années 70, c'est toujours une «organisation de masse», terme désuet de la caporalisation sous parti unique, au lieu d'être un syndicat. Le tournant n'a pas été pris alors que le contrat social imparfait qui existait auparavant n'a pas résisté à la marche forcée vers le marché. S'il est absurde de reprocher aux syndicats de faire de la politique - ils en font toujours dès lors qu'ils contestent ou approuvent une politique économique et sociale -, faire la «politique du pouvoir» pose un sérieux problème. Cette proximité n'apportant aucun gain aux travailleurs et ne préservant aucun «acquis», il n'est pas surprenant que l'autonomie devienne un leitmotiv des syndicalistes les plus combatifs. Cette autonomie aurait pu être une revendication de l'UGTA si le sens de «faire de la politique» avait changé de nature, au lieu de rester confiné à une vague association au pouvoir en contrepartie d'un monopole, octroyé, de la représentation. Quoi de plus normal dès lors que la notion d'autonomie exprime la même distance à l'égard du gouvernement que de l'UGTA ? Le passage de «l'organisation de masse» au syndicat qui défend les intérêts de ses adhérents ne s'étant pas fait, l'émergence des syndicats autonomes est devenue une réponse naturelle. Le combat social depuis une dizaine d'années s'imbrique totalement avec celui de l'autonomie syndicale. L'actualité récente le montre bien. Entre un congrès UGTA à forte «présence gouvernementale» et une grève réussie des autonomes, la différence entre l'ancien et le neuf est devenue largement perceptible. La combativité est chez les autonomes. L'avenir aussi...? |
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