Une décision politique et non technique, selon Moscou

Un «scud» russe sur les «Mig algériens»

par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 25 mars 2008

Les Russes n'en démordent pas: leurs Mig-29 sont clean. C'est la politique et non la qualité des Mig qui explique l'annulation de la commande algérienne des 34 chasseurs russes, pour un montant de 1,3 milliard de dollars.

La question de l'annulation du contrat était au menu de la dernière visite du Président Abdelaziz Bouteflika, mais elle n'a donné lieu à aucune communication. Une « tradition », côté algérien, à plus forte raison quand il s'agit du domaine militaire. Côté russe, on en parle encore. Mais la communication ne vient pas des politiques mais des industriels, soucieux de défendre leur crédibilité commerciale. Ils rejettent l'explication avancée dans les journaux russes, selon laquelle l'Algérie aurait annulé le contrat en raison de la mauvaise qualité du matériel livré. Le président de l'Agence fédérale russe de l'Industrie (Rosprom), Andreï Doutov, a estimé dans une interview au journal « Vedomosti », que l'annulation du contrat n'était pas due à la qualité des Mig-29 mais obéissait à des considérations politiques propres à Alger. « Les raisons du refus en ce qui concerne le contrat algérien sont plutôt d'ordre politique », a-t-il déclaré.

C'est la première confirmation officielle de l'annulation du contrat, l'information étant jusque-là le fait de la presse russe. Il abonde largement dans le sens de la lecture « politique » donnée par les journaux russes à cette annulation, certains d'entre eux n'hésitant pas à écrire que Nicholas Sarkozy a pesé dans l'annulation du contrat, afin d'essayer de placer des chasseurs français. « La France renvoie les Mig algériens en Russie », avait écrit en février le journal Gazeta-ru, en soulignant que les « spécialistes qualifient unanimement les actions de l'Algérie de politiques et voient un lien évident entre ce renvoi et l'activité intense du président français Nicolas Sarkozy». Une « pression politique» en vue de promouvoir le Rafale en mal de marchés après avoir perdu celui du Maroc. Le journal Kommersant, le premier à avoir révélé l'affaire, avait cité un responsable du service fédéral russe de la coopération militaire et technique qui indiquait que le « contrat Mig est simplement tombé au mauvais moment : il a été choisi (par Alger) comme instrument de démonstration politique, parce qu'il était le premier contrat dans le cadre duquel la Russie effectuait une importante livraison ».

Un «coup dur» au prestige de la Russie

Un commentateur russe a estimé qu'un « coup dur avait été porté au prestige de la Russie en tant qu'exportateur d'armes, ce qui peut laisser présager de gros ennuis en perspective. Sur le marché mondial des armements, les erreurs se paient cash, et très cher ». C'est sur ce terrain de défense de la qualité des chasseurs russes que le président de l'Agence fédérale russe de l'industrie se place en avançant l'explication par les considérations politiques. Pour Andreï Doutov, « Les raisons du refus de la partie algérienne sont plutôt à rechercher dans la sphère politique, et sont sans relation avec l'industrie. Chaque pays mène une recherche indépendante de partenaires, et le domaine de l'armement n'échappe pas à cette règle ». S'il ne désigne aucun pays, comme le fait la presse russe, le fond de l'argumentaire est le même.

Le 12 mars dernier, dans un commentaire consacré à la conclusion d'un contrat d'un milliard de dollar entre le groupe aéronautique RSK Mig et l'Inde pour la modernisation de chasseurs, le quotidien Gazeta.ru revenait sur les « motivations d'Alger ». La signature du contrat avec l'Inde montre que les réclamations faites par l'Algérie sur la qualité des chasseurs russes n'ont pas eu d'incidences et cela « souligne, une fois de plus, le caractère politique et non technique de ce litige ». Le président de la Rosprom a indiqué que les autres contrats avec l'Algérie, qui portent notamment sur la livraison d'avions de combat Soukhoï Su-30 MK et de Yak d'entraînement, ne sont pas menacés. Alger ne communiquant guère sur ce dossier, il faudra se contenter des lectures politiques des Russes qui n'ont pas l'air d'avoir avalé la rebuffade essuyée par leurs chasseurs, même si on leur a promis un os de consolation sur les contrats ferroviaires.

   
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