Sondage réalisé par Liberté et El Khabar

Violence dans les stades : Pourquoi ?

Par : AZZEDDINE BENSOUIAH, Liberté, 10 mars 2009

Le phénomène de la violence dans les stades a pris, ces dernières années, une ampleur telle qu’il devient plus qu’urgent de s’y pencher sérieusement.

Quoi de mieux qu’un sondage effectué par deux spécialistes en la matière, MM. Okba Khiar et Mustapha Aïnouche, experts dans la réalisation des enquêtes et le traitement des enquêtes statistiques. Les quotidiens Liberté et El Khabar se sont associés pour contribuer à comprendre les causes de ce phénomène. L’enquête, qui a débuté le 6 février pour se terminer le 18 du même mois, a touché un échantillon de 1 340 jeunes représentatifs de l’ensemble des jeunes Algériens âgés entre 15 et 39 ans, interrogés dans la rue par 14 enquêteurs selon la méthode des quotas. Le sondage a permis de confirmer que les raisons qui poussent les jeunes à avoir un comportement agressif lors des rencontres de football sont liées, d’abord, à la tricherie et la corruption dans le milieu footballistique. Elles sont également liées au mauvais arbitrage. Évidemment, les causes sont également à chercher du côté de l’exacerbation du phénomène de chômage et de l’absence de perspectives d’avenir. Il y a lieu de relever aussi le fait que les forces de l’ordre ne savent pas s’y prendre face aux jeunes. D’autres facteurs, comme la mauvaise gestion des clubs et l’inadéquation des infrastructures sportives, sont considérés comme favorisant la violence dans les stades. Cette violence se traduit, généralement, par des actes hostiles à l’encontre des joueurs et des dirigeants du club que les jeunes supportent. Mais, souvent, ce sont les supporters qui sont victimes des violences d’autres supporters.
Le sondage a permis d’établir que 21,3% des personnes interrogées ont subi des violences verbales, alors que 14,6% ont subi des violences physiques et que 19,2% affirment avoir assisté à des scènes de violence. En revanche, une grande majorité des interrogés (61,7%) approuvent l’idée de création d’un fichier des fauteurs de troubles afin qu’ils soient interdits d’accès aux stades.
L’arbitrage est cité comme principale cause du déclenchement de la violence lors des matchs de football, même si une bonne partie de l’échantillon estime que les personnes sous l’effet des psychotropes y sont pour beaucoup, ainsi que des fauteurs de troubles étrangers aux clubs. Et, dans une moindre mesure, les dépassements des services de l’ordre et le jeu dur pratiqué par certains joueurs favorisent le déclenchement de la violence. La majorité des personnes interrogées ne sont pas tendres envers les arbitres. 46,5% d’entre elles jugent que les arbitres ne dirigent pas les rencontres de façon correcte et 34% estiment que les arbitres sont dépassés par les rencontres qu’ils dirigent. Les instances du football national (fédération et ligue) ne sont pas épargnées. Elles sont responsables, selon 62,6% de l’échantillon, de cette situation, dans la mesure où elles favorisent, par leurs décisions, certains clubs par rapport à d’autres. La presse sportive n’est pas, non plus, épargnée. 48,1% des personnes interrogées pensent qu’elle incite à la violence à travers la publication d’articles subversifs.
En revanche, la majorité de l’échantillon (65,5%) reste opposée à l’idée de faire jouer les rencontres de football sans public. Le huis clos ne constitue pas, selon les personnes interrogées, une solution à la violence. Même si la majorité d’entre elles (63,6%) pense que la violence dans les stades va se poursuivre. Quant à la lutte et la prévention contre ce phénomène, les avis divergent. Même si une bonne partie (34,8%) pensent que l’installation et la généralisation de la vidéosurveillance y contribuera grandement, d’autres (17,3%) estiment que c’est le rôle de l’éducation (école et famille) qu’il faudrait mettre en avant. Les avis divergent également concernant l’appréciation du travail accompli par les forces de l’ordre pour éviter le déclenchement des violences dans les stades. 40,7% des personnes interrogées estiment que ce travail ne se fait pas, alors que 32,2% pensent le contraire.
Pour la majorité de l’échantillon (74,4%) il y a une relation directe entre les conditions de vie amères des jeunes et la violence dans les stades. Même si bon nombre d’entre eux affirment que les scènes de violence les désolent et les rendent nerveux. Le sondage a le mérite de cerner les principales causes de la violence dans les stades. Il reste, à présent, aux responsables du secteur d’en tirer toutes les conclusions.

A. B.

 
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