Émeutes

Vent de colère à travers le pays

El Watan, 19 janvier 2010

Les actions de protestation se sont multipliées, ces derniers jours, à travers le pays, mettant à nu la dégradation des conditions de vie de larges franges de la population.

A l’Est, au Centre, comme à l’Ouest, les citoyens soulèvent les mêmes préoccupations liées à l’emploi, à la couverture sanitaire, à l’enclavement et à l’absence des commodités de base, comme l’eau, le gaz et l’assainissement. Cette année 2010 s’annonce sous le signe de la contestation sociale, et ce ne sont pas les déclarations officielles sur la baisse du taux de chômage ou le relèvement du salaire minimum, sans réel impact sur le pouvoir d’achat, qui mettront la colère ambiante sous l’éteignoir.

Par Djaffar Tamani


Inertie coupable des pouvoirs publics

Les dernières statistiques rendues publiques récemment, annonçant un taux de chômage de 10%, placent pratiquement l’Algérie au même niveau que les pays européens. Or, la réalité est tout autre.

Les présidents d’APC dans les communes rurales, interrogés sur l’emploi dans leurs localités, répondent invariablement que le taux de chômage se situe au-delà des 50%. Dans ces conditions, la stabilité sociale est mise en péril, en dépit des chiffres euphoriques sortis de l’administration centrale. Toutes les politiques sociales menées dans l’optique d’aider à l’insertion des jeunes n’ont fait qu’aggraver la précarité. Des diplômés d’universités usent leur patience durant des années au niveau des sièges des administrations chargées de mettre en œuvre les dispositifs gouvernementaux. Trois ou quatre années d’attente pour obtenir un poste sous-payé et non renouvelable. Cette frange de la population, que la formation universitaire n’a pas aidée à intégrer le monde du travail, vit le drame du chômage dans le silence, préférant tourner le regard vers des cieux plus cléments. La colère vient du pays profond, où parfois ce sont des pères de famille qui descendent dans la rue pour protester contre la désertion de tous les services étatiques chargés d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Toutes les administrations publiques paraissent en définitive équipées et programmées pour que rien ne bouge. La réalisation d’un petit tronçon d’assainissement ou la réfection d’une route deviennent subitement des projets qui dépassent les compétences et les moyens des collectivités locales.

Pourrissement

Pour rompre l’inertie des pouvoirs publics, la population a compris que le seul moyen de se faire entendre est de bloquer les routes ou d’occuper les administrations et les assemblées locales. En quelques heures, les autorités locales réagissent et annoncent le lancement des travaux pour le lendemain. Ainsi donc, les moyens sont disponibles, et c’est l’option du pourrissement et du mépris qui a prévalu, en lieu et place de la rigueur et de la compétence. Dans leurs actions de protestation, les citoyens « occupent » indifféremment les sièges de daïra et les assemblées locales, faisant porter une égale responsabilité aux élus et aux responsables de l’administration. Cette dernière a décidé, depuis bien longtemps, de s’installer dans la bureaucratie, reproduisant depuis des décennies les mêmes réflexes tatillons et sclérosants. Il est arrivé que des walis déclarent, impuissants, qu’« un seul fonctionnaire peut bloquer des projets d’envergure de toute la wilaya ». Ces postures d’indignation n’ont malheureusement aucune incidence sur le fonctionnement boiteux des administrations. Les assemblées élues, quant à elles, sont à l’origine de beaucoup de déception au sein de la population. Les programmes de campagne sont oubliés au lendemain de l’installation des exécutifs, et l’on cède à la facilité de la gestion au jour le jour, se déconnectant de la vie quotidienne des administrés. Les élus font alors preuve d’une inertie égale à celle de l’administration. Ils oublient la population qui les a élus, et qui le leur rend bien, puisque, le jour des manifestations, les protestataires réclament exclusivement la venue des autorités administratives.

Par Djaffar Tamani

 


Boumerdès : La tension reste vive à Naciria

La localité de Naciria a vécu hier des troubles dus à l’occupation de la voie publique par des jeunes ayant relayé les chômeurs qui, la veille, avaient bloqué la RN12.

Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser ces jeunes, qui tentaient d’occuper la route reliant Tizi Ouzou à Alger et de bloquer la circulation. Des escarmouches ont éclaté vers midi pour se poursuivre jusqu’en fin de journée, succédant aux affrontements de la veille avec les forces antiémeute. En effet vers 11h, des jeunes ont investi la RN12 pour la bloquer mais les forces de l’ordre sont intervenues brutalement pour les en empêcher. D’où des affrontements entre les deux parties. Pour rappel, la grogne avait débuté la veille, lors d’une manifestation de jeunes chômeurs de Naciria qui a tourné à l’émeute suite à l’intervention des forces de l’ordre pour disperser la foule qui avait investi, en début d’après-midi, la RN12. Les manifestants étaient descendus dans la rue pour bloquer, pour la énième fois, cet axe routier afin de protester contre « le nombre insuffisant de contrats de travail attribués par la direction de l’emploi de la wilaya de Boumerdès dans le cadre du dispositif de pré-emploi ».

Avant-hier, Les forces antiémeute ont fait usage de bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants, ce qui a exacerbé leur colère ; ces derniers ont riposté par des jets de pierre et autres projectiles. Les affrontements ont duré près d’une heure. Les manifestants sont, pour la plupart, des chômeurs qui ont déposé des dossiers au niveau du bureau de main-d’œuvre de Bordj Ménaïel. Ainsi, sur les 1200dossiers constitués, on ne dénombre que 420contrats accordés à la commune. Les jeunes qui n’ont pas eu la chance de décrocher ce fameux contrat d’une année payé 15000 DA par mois, avaient tenté de saccager le siège de l’APC de Naciria la semaine dernière. Après avoir été convaincus que cela ne relevait pas des services de l’APC, les jeunes ont envahi le bureau de main-d’œuvre, sis à Bordj Menaïel, pour réclamer d’autres contrats. Leurs revendications n’ayant pas abouti, ils sont sortis dans la rue. « Nous n’avons aucun autre moyen de faire valoir nos droits au travail, au logement et à une vie décente. Le pouvoir répressif ne nous laisse aucune autre alternative que l’occupation des espaces publics. Nous ne pouvons plus endurer le lot de misère qu’il nous réserve tandis que les milliards de dollars de Sonatrach sont détournés », nous déclare un jeune habitant de Naciria. Deux enfants de 12 et 13ans auraient été arrêtés, hier, et la veille on avait enregistré une dizaine d’interpellations par les forces de l’ordre. Les escarmouches d’hier ont engendré des troubles de la circulation sur la RN12.

Par Merzak M.


Grogne à Mila

A Mila, les mouvements de protestation se poursuivent à un rythme alarmant qui renseigne sur le dur quotidien de la population.

Lundi dernier, des dizaines de citoyens du quartier Ouled Salah ont pris d’assaut le centre-ville de Téleghma qu’ils ont bloqué. La raison en est la dégradation avancée du cadre de vie. L’état défectueux des routes, les carences de l’éclairage public, les lenteurs dans la répartition des logements sociaux et les quotas insuffisants en matière d’habitat rural étaient les soucis mis en avant par les manifestants. C’était aussi le cas de la population rurale de Chigara qui a paralysé trois jours durant, en septembre dernier, le siège de l’APC, en réaction notamment au chômage endémique dans la région.

Des affrontements violents s’étaient alors produits entre villageois, auxquels se sont jointes des dizaines de femmes. La Gendarmerie nationale a procédé à une cinquantaine d’arrestation parmi les jeunes manifestants. Le 3 janvier dernier, les riverains de la mechta Tarmil, dans la commune de Ferdjioua, ont fermé la RN100 pendant près de six heures pour protester contre l’absence d’eau potable et de transport scolaire. Une semaine après, ce fut au tour des habitants du douar Timridjine, relevant de la commune de Tiberguent, d’obstruer la RN79, revendiquant la réalisation du réseau d’assainissement, le revêtement de la route menant à leur hameau et la pose de l’éclairage public.

Par M. Boumelih


Attributions de logements contestées à Annaba

Des centaines de personnes se sont rassemblées, hier, devant le siège de la daïra d’El Bouni, dans la wilaya de Annaba.

L’attribution, avant-hier, de 200 logements sociaux locatifs (LSL) à la cité Boukhadra, dans le cadre de l’éradication de l’habitat précaire, en présence de Nouredine Moussa, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, a fait des mécontents. Ils étaient, hier, des centaines de pères de famille à manifester leur colère devant le siège de la daïra. Les représentants des protestataires dénoncent leur exclusion de la liste des bénéficiaires de logements. « Je suis une mère de famille. J’occupe une baraque depuis plus de 10 ans. Je n’ai pas de logement pour abriter mes enfants. J’ai fait le parcours du combattant pour en bénéficier, en vain.

Je suis là aujourd’hui tout autant que les autres pour manifester ma colère contre les services de la daïra et de la commune d’El Bouni, que j’accuse ouvertement d’avoir mal apprécié les besoins de plusieurs familles. » C’est ce qu’a tonné hier MmeBouallegue devant le siège de la daïra. La même situation s’est produite, parallèlement, à la cité Bouhdid. Là aussi, le ministre est passé et a remis les clés de 100 logements sociaux entrant dans le cadre de l’éradication des bidonvilles de Sidi Harb (Annaba). Un mouvement de protestation a fini par faire converger les mécontents sur le siège de la daïra de Annaba. Celle-ci a été assiégée, hier, par les habitants de la vieille ville, impatients d’avoir les logements qu’on leur a promis. « Depuis que nos immeubles ont été recensés parmi ceux qui menacent ruine, nous vivons avec la peur au ventre », expliquent des manifestants rencontrés devant le siège de la daïra de Annaba.

Par M. F. G.

 
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