Après les inondations de mercredi dernier

La colère des sinistrés de Sidi-Khaled

Par : B. Aziz, Liberté, 22 avril 2007

Les habitants des deux quartiers les plus touchés ont bloqué la route plusieurs heures durant.

Se sentant délaissés par les pouvoirs publics après les inondations de mercredi dernier qui ont touché leur commune, surtout après la visite de vendredi dernier effectuée par le ministre de l’Emploi et de la Solidarité à Moulay, les citoyens de la commune de Sidi-Khaled située, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest du chef-lieu de wilaya, et notamment ceux des deux quartiers les plus touchés par les inondations, à savoir : les 50-Logements et les 20-Logements de la rue de la Gare ont bloqué la route pour manifester leur colère contre les responsables et dénoncer ainsi la lenteur des secours. Ces derniers en furie s’en sont pris aux engins des privés qui sont venus dégager la route. À notre arrivée dans cette commune de l’ex-Palissy, les citoyens nous ont entourés pour manifester leur colère. “Nous voulons que vous soyez nos porte-parole, car avant tout nous remercions la presse écrite d’avoir assuré la couverture médiatique. En ce qui nous concerne, il faut que tout le monde sache que depuis mercredi soir, personne n’est venu nous voir. Nous manquons de tout : ni eau potable ni électricité, ni couvertures et ni même de la nourriture”, nous déclare Benhadene, un père de famille de 8 enfants habitant la rue de la Gare et qui a tout perdu. Ce dernier a sa maison, au même titre que les autres, embourbée. À côté de lui, la famille Missoum dont ses 4 enfants sont blessés suite à des chutes de zinc ; ils sont actuellement hospitalisés. En face de ce lotissement, se trouve la mosquée qui depuis mercredi passé est restée inondée et personne ne s’est inquiété de son nettoyage. À tel point que, selon les citoyens, la prière du vendredi n’a pas eu lieu : “Nous ne demandons pas la lune, où est cette solidarité des communes voisines, où sont les élus (députés, APW)”, nous dit-t-on.
Un autre citoyen nous a indiqué : “Tout ce qu’on a reçu, c’est juste de l’eau, alors que nous manquons de tout”. Et d’ajouter : “Vous pouvez dire qu’à Sidi-Khaled, l’État est absent.” Chez la famille Touhami de la rue de la Gare, la mère nous montre son bébé Azzedine âgé de quelques mois et qui manque de lait. Le père de famille nous a révélé qu’il a tout perdu et qu’il n’a même pas de quoi s’habiller.
Au haï de la Nouvelle-Mosquée, la colère des citoyens se lit encore sur tous les visages. À cet endroit, toutes les habitations ont été envahies par les flots et seuls les pères de famille, enfants et femmes nettoyaient les chambres.
À l’intérieur de chaque maison visitée, il ne restait absolument rien et tout a été dévasté par la crue surtout chez la famille Boussouar. À cet instant, un fermier dénommé Beloufa Miloud et vraisemblablement délaissé est venu nous voir pour nous informer de l’état de sa ferme qui a été dévastée par la crue. “Venez voir MM. les journalistes, ma ferme se trouve à 1 km d’ici. J’ai tout perdu, même mes bêtes, il ne me reste absolument rien. Hier, le ministre est passé par-là à Moulay Slisseau. Dites-leur de faire quelque chose pour nous. Depuis mercredi, on passe la nuit sur la terrasse et parfois sous la pluie et personne n’est venu nous porter secours”, s’emporte
M. Beloufa.
Selon les témoignages recueillis sur place, aucune perte humaine n’est à déplorer à Sidi-Khaled, seuls quatre blessés ont été évacués vers le CHU de Sidi Bel-Abbès, plusieurs vies humaines ont été sauvées grâce à la solidarité et la mobilisation des citoyens qui ont tous installé leur famille et leurs biens sur les terrasses et en des lieux plus sûrs. En se déplaçant à travers les quartiers du village, nous avons constaté que certains commerces ont été submergés par les eaux, surtout à proximité de l’hôtel de ville. Les éléments de la Protection civile étaient là, secondés par des travailleurs communaux, dégageant la boue des trottoirs. Pour le moment, aucun bilan n’a été rendu public sur les dégâts occasionnés par ces inondations, chose qui laisse supposer qu’aucune perte n’est à signaler. Néanmoins, au vu de ce que nous avons constaté sur les lieux, il est à croire que des cas de sinistrés seront révélés à travers la commune de Sidi-Khaled. Il est 15h40, alors qu’on s’apprête à quitter Palissy, une sirène retentit dans le village alertant les citoyens de l’arrivée d’un nouveau déferlement de la crue de l’oued Mekerra. Panique générale, une pluie diluvienne commença à tomber et tout le monde courait dans tous les sens cherchant un lieu sûr. On est immédiatement pris en charge par le chef de la famille Benhadène qui nous emmena sur la terrasse de sa maison avec sa femme et ses filles. Très inquiet sur notre sort, un garde communal est venu nous chercher pour nous indiquer les ruelles les plus sûres jusqu’à notre voiture.

B. Aziz

 
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