ÉMEUTES DE SIDI-SALEM (ANNABA)

Le procès en appel fixé au 1er août prochain

Le Soir d'Algérie, 24 juillet 2010

Le procès en appel des condamnés dans les émeutes ayant affecté trois jours durant la cité populeuse de Sidi Salem, au mois de juin écoulé, aura lieu le 1er août prochain à la cour de justice de Annaba, selon une source judiciaire.
La majorité des condamnés, détenus actuellement à la maison d’arrêt de Bouzaâroura, ont estimé avoir été lourdement sanctionnés pour des faits qu’ils disent n’avoir pas commis. Certains d’entre eux n’ont cessé de répéter, lors de l’enquête et durant les deux audiences du procès en première instance au tribunal d’El Hadjar, qu’ils n’avaient rien à voir avec ces émeutes. A cet effet, ils ont entamé une grève de la faim de deux jours qu’ils n’ont arrêtée qu’après des assurances qu’ils auraient reçues pour réétude de leurs cas. Selon leurs déclarations, au moment des faits, ils se trouvaient à Sidi Salem, soit dans le cadre de leurs activités (commerces, services et autres), ou bien de passage chez des parents. Ils sont tous logés en dehors de cette cité et, de ce fait, ils n’ont aucune raison pour prendre part à des émeutes pour un relogement, précisent- ils. Cette question ne les concerne ni de près ni de loin, ont-ils affirmé au cours du premier procès. Leur arrestation par les services de sécurité s’est opérée, selon leurs avocats, dans une situation «de confusion» qui a fait suite à l’énergique intervention des éléments de la police anti-émeute pour mettre fin aux graves incidents ayant visé la destruction de biens publics et privés. Interpellés dans le lot des jeunes émeutiers, les concernés, selon la défense, ont fait l’objet de présentation à la justice, qui les a mis sous mandat de dépôt, avant d’être condamnés à des peines de deux à huit ans de prison ferme. Pour le reste des condamnés qui sont accusés de la destruction et du pillage d’institutions étatiques telles l’annexe de l’APC et la recette postale notamment, ils le sont également pour «atteinte à un symbole de l’Etat, en brûlant l’emblème national et en défilant avec celui de la France». S’ils confirment cette dernière accusation (des photos prises par les services de sécurité montrent, en effet, quelques jeunes courir en brandissant le drapeau français), les gens que nous avons rencontrés à Sidi Salem sont catégoriques. Ils nous ont affirmé qu’aucun emblème national n’a été brûlé dans leur cité, lors de ces émeutes. Et pour démontrer leur attachement et leur amour pour la patrie, les habitants du bidonville de la SAS ont hissé l’emblème national sur l’ensemble de leurs baraques. Pour eux, cette cité compte des centaines de moudjahidine, fils de chahid et patriotes ayant souffert des affres du colonialisme, d’où leur étonnement quant aux allégations sur l’atteinte à l’emblème national. Par contre et concernant le déploiement de celui de l’Hexagone, ils le lient à des jeunes inconscients qui n’ont pas vécu la douloureuse période coloniale. Leur geste est beaucoup plus une bravade aux autorités qu’un quelconque autre sentiment pour l’ancien colonisateur. Il est à mettre à l’actif de leur situation sociale (chômage, logement précaire et oisiveté), constituant un terreau idéal pour des manipulateurs bien implantés dans cette cité, notamment au niveau du bidonville de la SAS. Ces derniers sont des barons de la harga et de la drogue qui cherchent à maintenir leur mainmise et sauvegarder leurs gros intérêts en incitant les jeunes à affronter les forces de l’ordre. Il y a aussi d’irréductibles activistes islamistes tapis dans l’ombre et qui profitent du désarroi de ces jeunes pour assouvir leurs sombres desseins, expliquent de vieux habitants de ce quartier. Les représentants de la société civile de cette importante localité de plus de 40 000 habitants demandent à la justice d’être clémente envers ces derniers et de revoir les lourdes peines prononcées à l’encontre des autres condamnés qui ont toujours nié toute participation dans ces émeutes. Pour rappel, le tribunal d’El Hadjar, a prononcé, début juillet courant, au cours de deux audiences distinctes, des peines allant de 8 à 2 ans de prison ferme à l’encontre de 18 individus mis en cause dans les émeutes ayant éclaté le 18 juin écoulé à Sidi Salem. Les peines les plus lourdes (8 ans) ont concerné huit émeutiers, dont un militaire, un gendarme, un étudiant et des fonctionnaires. Il leur est reproché d’«avoir porté atteinte à un symbole de l’Etat en brûlant l’emblème national et défilé avec celui de la France». Les dix autres ont écopé de 6 à 2 ans de prison ferme pour les chefs d’inculpation de «rébellion, destruction de biens publics et privés et troubles à l’ordre public». L’autre procès, tenu deux jours auparavant, concernait 15 autres impliqués dans les mêmes émeutes de Sidi Salem. Ils ont été condamnés à des peines de 5 et 4 ans de prison ferme. Sans être impliqués dans celui d’«atteinte à l’emblème national», ces derniers répondaient par contre à des actes de «rébellion, destruction de biens publics et privés et attroupement illégal». Le bidonville de la SAS, datant de l’époque coloniale et situé en plein centre de la localité de Sidi Salem, abrite dans des conditions précaires près de 2 500 familles. Il avait connu, deux jours durant, les 19 et 20 juin écoulé, de graves émeutes ayant fait de nombreux blessés parmi les forces de l’ordre et les émeutiers. Ces derniers réclamaient des logements sociaux locatifs. Les échauffourées n’ont pris fin qu’avec l’intervention du wali de Annaba qui a réuni des représentants de la société civile de Sidi Salem au siège de la wilaya. Après un débat ouvert où chacun a pu exposer les problèmes quotidiens de cette agglomération, le chef de l’exécutif de wilaya leur avait présenté en détail les programmes de relogement concernant ces familles dont 450 logements sont déjà réalisés et deux mille autres en chantier. «Le recasement de la totalité des familles de la SAS ne pourrait excéder la fin 2011, comme nous avons signé un arrêté portant attribution exclusive de ces logements aux familles de ce bidonville. Ainsi, et même si nous ne sommes plus à la tête de cette wilaya, personne ne pourra détourner ces logements à d’autres fins ou pour des habitants d’autres quartiers », avait tenu à rassurer le wali d’Annaba, lors de cette rencontre.
A. Bouacha

 
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